La Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), a annoncé jeudi 29 mai 2026 un plan d’investissement de 100 milliards d’euros d’ici à 2030 pour financer la construction de 650 000 logements abordables en France. Selon BFM Immo, 90 % de cette enveloppe proviendront de prêts, le solde étant couvert par des fonds propres. Ce programme s’inscrit dans un contexte marqué par une crise persistante du logement neuf, aggravée par la remontée des taux d’intérêt et l’inflation, elle-même alimentée par le conflit au Moyen-Orient.
Ce qu'il faut retenir
- 100 milliards d’euros dédiés à la construction de 650 000 logements abordables d’ici 2030, dont 500 000 logements sociaux.
- Un financement réparti entre 90 % de prêts et 10 % de fonds propres, contre 90 milliards de prêts sur le précédent programme de 2023.
- En 2025, la Banque a déjà mobilisé 22,9 milliards d’euros de prêts, permettant la construction de 122 000 logements et la rénovation de 43 000 autres.
- Le dispositif inclut 90 000 logements intermédiaires (loyers plafonnés) et 45 000 logements en bail réel solidaire (BRS), favorisant l’accession à la propriété à moindre coût.
- 122 000 logements sociaux ou intermédiaires financés en 2025, représentant près de la moitié de l’objectif annuel.
- Un accent mis sur la rénovation des centres-villes anciens, des copropriétés dégradées et la reconversion de bureaux en logements.
Un plan de relance face à la crise du logement neuf
Le secteur du logement neuf traverse une période de morbidité prolongée, comme l’a souligné Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des territoires et directeur adjoint de la CDC. « La crise du logement est forte et la reprise qu’on avait espérée avec un maintien des taux d’intérêt est compromise », a-t-il déclaré à l’AFP. La guerre au Moyen-Orient, en alimentant l’inflation, a contribué à faire remonter les taux d’intérêt, rendant le financement des projets immobiliers plus coûteux pour les promoteurs et les ménages. Autant dire que, dans ce contexte, « le secteur du neuf va rester déprimé pendant encore un certain temps ».
Pour pallier ces difficultés, la Banque des territoires renforce son engagement en faveur du logement abordable. Le plan annoncé jeudi vise à soutenir massivement la construction de logements sociaux, intermédiaires et en BRS, tout en accélérant la rénovation du parc existant. Antoine Saintoyant a rappelé que l’organisme est déjà le premier financeur du logement social en France, avec le financement de près d’un logement social sur deux.
Une répartition ciblée entre neuf et rénovation
Sur les 650 000 logements prévus d’ici 2030, la Banque des territoires table sur 500 000 logements sociaux, 90 000 logements intermédiaires (avec des loyers plafonnés sous les prix du marché) et 45 000 logements en bail réel solidaire (BRS). Ce dernier dispositif permet aux ménages modestes d’accéder à la propriété à moindre coût, en dissociant le foncier du bâti. « Nous avons territorialisé cette feuille de route en identifiant des territoires où les besoins en logements sont particulièrement forts », a expliqué Antoine Saintoyant, citant notamment les bassins de réindustrialisation.
Outre la construction neuve, le plan inclut des mesures pour la rénovation des centres-villes anciens, le soutien aux copropriétés dégradées et la transformation de bureaux en logements. En Île-de-France, la Préfecture accompagne par exemple 61 projets de réhabilitation sur l’ensemble du territoire. Ces actions s’ajoutent aux dispositifs locaux déjà en place pour répondre à la diversité des besoins.
Des résultats encourageants en 2025, mais des défis persistants
En 2025, la Banque des territoires a déjà mobilisé 22,9 milliards d’euros de prêts sur un total de 41,7 milliards d’euros accordés, permettant de financer 122 000 logements sociaux ou intermédiaires et d’en rénover 43 000 autres. Ces réalisations ont permis de loger 275 000 personnes. Par ailleurs, l’organisme a lancé en 2024 un plan de 5 milliards d’euros pour créer 75 000 logements étudiants d’ici à 2030. « Plus de 27 000 logements étudiants ont été financés en un an, soit un tiers de notre objectif », s’est félicité Antoine Saintoyant. Il a également indiqué une hausse de 80 % des prêts accordés pour le logement des seniors, avec un total de 945 millions d’euros en 2025.
Pour les années à venir, la Banque des territoires prévoit aussi de déployer des outils d’intelligence artificielle afin d’aider les collectivités locales à optimiser leurs politiques de logement. Un programme pilote devrait être lancé dans les prochains mois pour tester ces nouvelles technologies.
Un alignement avec les objectifs nationaux et les attentes du gouvernement
Ce plan s’inscrit dans la droite ligne des objectifs fixés par le gouvernement, qui vise la production de 2 millions de logements supplémentaires (privés ou sociaux) d’ici à 2030. Un projet de loi de relance du logement, présenté par Matignon, devrait être soumis au Conseil des ministres courant juin, avec un premier examen au Sénat prévu début juillet. L’objectif affiché est de simplifier les procédures de construction et de lever les freins administratifs qui ralentissent les projets immobiliers.
Antoine Saintoyant a souligné que cette mobilisation s’appuie sur des priorités déjà évoquées par Emmanuel Macron, notamment la réindustrialisation et le redéploiement des logements dans les zones où les besoins sont les plus criants. « Nous ciblons les territoires où les déséquilibres sont les plus marqués », a-t-il précisé, sans entrer dans le détail des régions concernées.
Reste à suivre l’impact de ce programme sur les prix de l’immobilier et la disponibilité des logements, dans un marché où la demande reste structurellement supérieure à l’offre. Une première évaluation pourrait être réalisée d’ici la fin de l’année 2026, alors que les premières constructions financées dans le cadre de ce plan devraient commencer à émerger.
La Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), agit comme le premier financeur du logement social en France. Dans ce plan, elle mobilise 100 milliards d’euros jusqu’en 2030, dont 90 % sous forme de prêts à taux avantageux pour les bailleurs sociaux et les collectivités, et 10 % en fonds propres. Son rôle est de faciliter l’accès au logement pour les ménages modestes et de soutenir les collectivités dans leurs projets de construction ou de rénovation.
Le bail réel solidaire (BRS) est un dispositif qui permet à des ménages aux revenus modestes d’accéder à la propriété à moindre coût. Le principe repose sur la dissociation du foncier (le terrain) du bâti (la maison ou l’appartement). L’acquéreur achète uniquement le bâti et signe un bail emphytéotique avec un organisme public ou une fondation, lui permettant d’occuper le terrain à un prix très réduit. Ce mécanisme limite le coût d’achat tout en garantissant un logement abordable sur le long terme. Dans le cadre de ce plan, 45 000 logements en BRS sont prévus d’ici 2030.