Selon BFM Business, l’économie chinoise montre des signes de faiblesse persistants. En mai 2026, les ventes au détail dans le pays ont reculé pour la première fois depuis décembre 2022, enregistrant une baisse de 0,6 % sur un an. Ce chiffre, publié mardi 16 juin par le Bureau national des statistiques (BNS) chinois, confirme une tendance déjà observée en avril avec une croissance anémique de 0,2 %. Ces données, inférieures aux prévisions des experts interrogés par Bloomberg qui anticipaient une baisse limitée à 0,2 %, illustrent les difficultés structurelles de la deuxième économie mondiale.

Ce qu'il faut retenir

  • Les ventes au détail en Chine ont chuté de 0,6 % en mai 2026, une première depuis décembre 2022
  • La production industrielle a progressé de 4,5 % sur la même période, dépassant les attentes des analystes
  • L’investissement en actifs fixes a reculé de 4,1 % entre janvier et mai 2026 par rapport à 2025
  • Le gouvernement chinois tente de rééquilibrer son modèle économique, trop dépendant des exportations
  • Les tensions commerciales avec l’Europe et les États-Unis pourraient s’aggraver face à la vitalité des exportations chinoises
  • Le sommet du G7 à Évian, en France, aborde la question de l’excédent commercial record de la Chine

Fu Linghui, porte-parole du BNS, a évoqué lors d’une conférence de presse un « environnement international complexe et volatil », tout en pointant du doigt des conditions météorologiques défavorables en Chine. « Les températures élevées et les fortes précipitations ont perturbé l’offre et la demande sur le marché », a-t-il expliqué. Malgré ce recul de la consommation, d’autres indicateurs restent positifs : la production industrielle a progressé de 4,5 % en mai, légèrement au-dessus des prévisions des experts qui tablaient sur 4,4 %. Un contraste qui souligne les déséquilibres persistants de l’économie chinoise.

Un modèle économique à bout de souffle

La baisse des ventes au détail s’inscrit dans un contexte plus large de fragilités économiques. La Chine fait face à plusieurs défis majeurs : une crise immobilière persistante, un endettement record des collectivités locales, des surcapacités industrielles, des pressions déflationnistes et un chômage des jeunes toujours élevé. Depuis des années, Pékin tente de réorienter son modèle de croissance, historiquement tiré par les exportations et l’industrie manufacturière, vers une économie davantage centrée sur la consommation intérieure. Pourtant, les résultats récents montrent que cette transition reste difficile à concrétiser.

Les chiffres du commerce extérieur de mai 2026 confirment par ailleurs la dépendance persistante de la Chine à ses exportations. Malgré les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, les exportations chinoises ont dépassé les attentes, avec une progression significative vers les États-Unis. Cette dynamique s’est renforcée après la visite de Donald Trump à Pékin, ouvrant la voie à une reprise des échanges commerciaux entre les deux pays. « Les données de mai suggèrent que l’économie continue à peiner, même si nous nous attendons à ce que la vigueur des exportations soutienne la croissance du PIB cette année », analyse le cabinet Capital Economics.

Des tensions commerciales qui s’intensifient

Cette vitalité des exportations, si elle soutient temporairement l’activité économique, risque d’alimenter les tensions avec les partenaires commerciaux de la Chine. Zhiwei Zhang, président de la société de conseil Pinpoint Asset Management, met en garde : « Le dynamisme des exportations peut contribuer à compenser la faiblesse de la demande intérieure à court terme, mais la taille de l’économie chinoise fait qu’une forte croissance des exportations risque d’entraîner des tensions avec les partenaires commerciaux ». Il ajoute : « Un éventuel conflit commercial avec l’Europe constitue un risque à surveiller dans les mois à venir ».

Cette problématique sera au cœur des discussions lors du sommet du G7 qui se tient actuellement à Évian, en France. La présidence française du G7 a déjà exprimé ses inquiétudes face à l’excédent commercial record de la Chine, ainsi que face à la dépendance des économies avancées (États-Unis, Allemagne, France, Japon, etc.) aux chaînes d’approvisionnement chinoises pour des secteurs stratégiques comme les minerais critiques, les terres rares ou les composants électroniques. La Chine, désormais un acteur majeur dans le domaine de l’intelligence artificielle, est également perçue comme un compétiteur redoutable par les pays du G7.

Les analystes de Capital Economics soulignent par ailleurs que la croissance de la production industrielle, bien qu’en hausse en mai, reste « languissante » globalement. Après un mois d’avril marqué par la plus faible progression depuis juillet 2023, l’industrie manufacturière chinoise peine à retrouver un rythme soutenu, malgré le développement de secteurs high-tech comme l’intelligence artificielle.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si la Chine parvient à stabiliser sa demande intérieure. Les autorités chinoises pourraient annoncer de nouvelles mesures de relance, notamment pour soutenir la consommation des ménages et relancer le marché immobilier. Côté international, les tensions commerciales avec l’Europe et les États-Unis devraient s’accentuer, avec des risques de mesures protectionnistes dans les deux camps. Le sommet du G7 à Évian pourrait également donner lieu à des annonces ou des déclarations visant à encadrer les échanges avec Pékin. Autant dire que la période s’annonce délicate pour la deuxième économie mondiale.

Pour les observateurs, la clé réside dans la capacité de la Chine à concilier son rôle de puissance exportatrice avec une relance durable de son marché intérieur. Les prochaines publications de données économiques, notamment celles du troisième trimestre 2026, permettront d’évaluer si les efforts engagés portent leurs fruits. Une chose est sûre : dans un contexte géopolitique et économique aussi incertain, chaque point de pourcentage compte.

La baisse de la consommation en Chine s’explique par plusieurs facteurs structurels : un marché immobilier en crise, un chômage des jeunes élevé, des pressions déflationnistes et un environnement international incertain. Les exportations, elles, profitent d’une reprise des échanges avec les États-Unis et d’une demande mondiale pour les produits high-tech, mais elles ne suffisent pas à compenser la faiblesse de la demande locale.