Alors que les chiffres de la Banque de France pour avril 2026 affichent des volumes de crédits immobiliers encore solides, les professionnels du secteur commencent à percevoir les premiers signes d’un essoufflement. Selon Capital, seulement 12 milliards d’euros de nouveaux crédits ont été accordés ce mois-là, hors renégociations, soit 600 millions de moins qu’en mars. Pourtant, ce montant reste supérieur à la moyenne mensuelle enregistrée depuis le début de l’année (11,8 milliards).

Pour Pierre Chapon, cofondateur du courtier Pretto, cette apparente stabilité cache une réalité plus contrastée. Les chiffres publiés correspondent aux dossiers finalisés, c’est-à-dire aux compromis signés plusieurs mois auparavant. « Ces montants reflètent des projets lancés en début d’année, analyse-t-il. Or, les débuts de projets sont aujourd’hui bien moins dynamiques, ce qui laisse présager une poursuite du ralentissement. » Le mois de mai confirme cette tendance, avec une activité particulièrement atone chez la plupart des acteurs du marché.

Ce qu'il faut retenir

  • 12 milliards d’euros de nouveaux crédits immobiliers accordés en avril 2026, un chiffre en légère baisse par rapport à mars mais supérieur à la moyenne mensuelle de 2026.
  • Les taux moyens se maintiennent autour de 3,22 % selon la Banque de France et 3,25 % selon l’Observatoire Crédit Logement CSA.
  • La haute saison pour les recherches de prêt (mai à juillet) s’annonce plus calme que prévu, avec peu de contacts enregistrés par les courtiers.
  • Les banques conservent une bonne capacité à prêter, avec des offres ciblées pour séduire les primo-accédants et les jeunes actifs.
  • Les taux d’intérêt ont un impact davantage psychologique que financier, les emprunteurs bénéficiant encore de conditions attractives malgré l’inflation.

Un marché moins dynamique, mais des taux toujours attractifs

Les données de la Banque de France révèlent une stabilité remarquable des taux d’intérêt. En avril, le taux moyen s’établissait à 3,22 %, tandis qu’en mai, l’Observatoire Crédit Logement CSA le situait à 3,25 %. Une hausse modeste, loin d’être alarmante pour les emprunteurs. Pierre Chapon souligne d’ailleurs que « les taux ont un impact plus psychologique que financier. » Il rappelle que les ménages empruntent encore à des niveaux proches de 3,2 %, 3,3 % ou 3,4 %, bien en deçà des coûts d’emprunt de l’État, qui se situe autour de 3,70 % à 3,80 % pour l’OAT 10 ans.

Cette différence s’explique en partie par la persistance des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et le retour de l’inflation, qui influencent directement les coûts de refinancement des banques. Pourtant, malgré ce contexte, la concurrence entre établissements bancaires reste vive. Certains n’hésitent pas à ajuster leurs barèmes à la baisse pour attirer de nouveaux clients, tandis que d’autres lancent des offres promotionnelles destinées aux primo-accédants ou aux jeunes actifs.

Des acheteurs qui hésitent, mais des opportunités à saisir

Le ralentissement actuel du marché immobilier s’accompagne d’une prudence accrue des ménages. « La reprise de 2025 s’essouffle au pire moment, estime Pierre Chapon. La haute saison pour les recherches de prêt, qui s’étend traditionnellement de mai à juillet, devrait être le moment où les acheteurs passent concrètement à l’action. Or, les courtiers constatent un manque d’engagement notable. » Cette frilosité s’explique en partie par un environnement géopolitique jugé instable, même si, sur le plan strictement immobilier, la situation reste stable.

Pourtant, cette période de ralentissement pourrait bien profiter aux acheteurs les mieux préparés. Avec moins de visites et des délais de vente qui s’allongent, les vendeurs deviennent plus enclins à négocier. Un dossier solide – apport personnel conséquent, accord de principe bancaire, financement bouclé – peut ainsi faire la différence. « Quand le marché est mou, les acheteurs ont beaucoup de pouvoir, souligne Pierre Chapon. Ceux qui ont anticipé leur projet et sécurisé leur financement peuvent négocier des conditions avantageuses, voire une baisse des prix. »

Une stabilité des taux qui rassure sur le long terme

Malgré les incertitudes économiques, les taux fixes proposés en France conservent un attrait certain pour les emprunteurs. Contrairement aux loyers, qui augmentent avec l’inflation, les mensualités d’un crédit immobilier restent stables tout au long de la durée du prêt. Une sécurité non négligeable dans un contexte où l’inflation grignote le pouvoir d’achat.

Pierre Chapon insiste sur cette dimension : « Un achat immobilier, c’est un engagement sur le long terme. En France, les taux fixes offrent une visibilité rassurante. Aujourd’hui, les acheteurs qui ont les moyens de se lancer ont les cartes en main pour réaliser de bonnes affaires. » Il rappelle que les banques disposent toujours de liquidités importantes à prêter, ce qui maintient les conditions de crédit dans une fourchette raisonnable.

Et maintenant ?

Si la tendance actuelle devait se poursuivre, le marché immobilier pourrait connaître un nouveau ralentissement d’ici la fin de l’été, surtout si les ménages maintiennent leur prudence. Les prochains mois seront déterminants : une reprise des visites et des transactions en septembre ou octobre pourrait indiquer un rebond, tandis qu’un maintien de la morosité prolongerait la période favorable aux acheteurs. Les professionnels surveilleront de près l’évolution des taux d’usure et la capacité des banques à maintenir leurs offres attractives.

En attendant, les candidats à l’achat sont invités à profiter de cette période pour préparer leur dossier et négocier au mieux leurs conditions. Les taux restent bas, les banques sont en concurrence, et les vendeurs, moins exigeants, pourraient ouvrir la porte à des opportunités intéressantes. Autant dire que le marché, bien que moins dynamique, conserve des atouts pour ceux qui savent en tirer parti.

D’après les analyses de Capital et des professionnels du secteur, rien n’indique une baisse significative des taux dans l’immédiat. Les établissements bancaires maintiennent leurs barèmes, et l’OAT 10 ans, qui sert de référence, reste stable autour de 3,70 % à 3,80 %. Une baisse dépendrait d’un apaisement des tensions géopolitiques et d’une stabilisation de l’inflation, deux facteurs encore incertains.

Les primo-accédants et les jeunes actifs bénéficient actuellement d’offres ciblées de la part des banques, qui cherchent à élargir leur clientèle. Les ménages disposant d’un apport personnel important et d’un financement déjà bouclé ont également un avantage certain, car ils peuvent négocier plus facilement avec les vendeurs dans un marché où la demande est moins forte.