La hausse des prix de l’immobilier, l’exposition croissante aux contenus haineux en ligne et les difficultés persistantes d’intégration des travailleurs étrangers figurent parmi les principaux défis des Européens. Selon BFM Business, ces enjeux, détaillés dans le rapport annuel 2025 de l’Agence européenne des droits fondamentaux (FRA), illustrent une « crise prolongée du coût de la vie » qui pèse sur les droits fondamentaux des citoyens.

Publié jeudi, le rapport souligne que la situation économique internationale, marquée par des conflits géopolitiques et une inflation persistante, a des répercussions directes sur la sécurité et le bien-être des populations. L’agence, basée à Vienne en Autriche, couvre l’ensemble des 27 États membres de l’UE ainsi que l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Serbie.

Ce qu'il faut retenir

  • Hausse de 53,4 % des prix de l’immobilier dans l’UE entre 2015 et 2024, avec une progression des loyers de 16,8 % sur la même période.
  • 1,287 million de personnes sans domicile fixe en 2025, selon les estimations de la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abris (Feantsa).
  • Plus d’une personne sur trois dans l’UE a été confrontée à des contenus haineux en ligne, malgré l’existence de lois européennes.
  • Les travailleurs étrangers mettent en moyenne cinq ans pour atteindre un taux d’emploi équivalent à celui des nationaux, hors dispositifs d’accueil des réfugiés ukrainiens.
  • Les demandeurs d’emploi étrangers sont surreprésentés dans les emplois précaires et subissent des discriminations accrues.

L’immobilier, symbole d’une précarité croissante

Les chiffres révélés par la FRA sont sans équivoque : entre 2015 et 2024, les prix de l’immobilier ont bondi de 53,4 % dans l’ensemble de l’Union européenne. Dans le même temps, les loyers ont augmenté de 16,8 %, accentuant la pression sur les ménages les plus modestes. Sirpa Rautio, directrice de la FRA, rappelle dans ce rapport que « partout dans l’UE, les gens subissent des pressions au quotidien en raison de la crise prolongée du coût de la vie ».

Cette flambée des prix s’inscrit dans un contexte économique international marqué par des tensions géopolitiques et des guerres en cours, dont les répercussions se font sentir jusqu’au niveau local. Les inégalités sociales s’en trouvent creusées, avec une accessibilité réduite au logement, un droit fondamental souvent compromis. En 2025, la Feantsa estime que 1,287 million de personnes vivaient sans domicile fixe dans l’UE, un chiffre qui reflète l’ampleur de la crise.

La haine en ligne, un fléau difficile à endiguer

Le rapport de la FRA met également en lumière la persistance des contenus haineux sur internet. Selon les données recueillies, plus d’une personne sur trois dans l’UE a été exposée à ce type de discours au cours de l’année écoulée. Pourtant, l’Union européenne dispose de cadres législatifs pour réguler ces dérives, comme le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2024.

Cependant, leur application se heurte à des obstacles majeurs. « L’application de ces lois se heurte à des difficultés, notamment pour réclamer des comptes aux grandes plateformes technologiques et en raison de certaines résistances politiques en dehors du bloc », explique Sirpa Rautio. Malgré les efforts de l’UE, les géants du numérique peinent à modérer efficacement les contenus toxiques, laissant une partie de la population vulnérable aux discours de haine.

Intégration des travailleurs étrangers : des progrès inégaux

Troisième volet majeur du rapport : les obstacles persistants rencontrés par les travailleurs originaires de pays tiers. Si les mesures d’accueil mises en place pour les réfugiés ukrainiens ont permis une intégration plus rapide sur le marché du travail, d’autres ressortissants extra-européens peinent à obtenir un emploi correspondant à leurs qualifications. Selon la FRA, il leur faut en moyenne cinq ans pour atteindre un taux d’emploi équivalent à celui des nationaux.

Les demandeurs d’emploi étrangers sont souvent surqualifiés pour les postes qu’ils occupent, tout en subissant des discriminations et un risque accru d’exploitation. Un paradoxe alors que l’UE fait face à une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés. Malgré des campagnes de recrutement ciblant les talents internationaux, l’Union peine à attirer et à retenir des travailleurs hautement qualifiés, freinée par des obstacles bureaucratiques et des réticences persistantes.

« L’environnement international imprévisible et les guerres en cours ont des répercussions ici même, chez nous – notamment sur le sentiment de sécurité et de bien-être des populations. »

Sirpa Rautio, directrice de l’Agence européenne des droits fondamentaux (FRA), dans le rapport annuel 2025.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour l’UE consisteront à renforcer l’application des réglementations existantes, notamment en matière de modération des contenus en ligne et de lutte contre les discriminations sur le marché du travail. Plusieurs États membres devraient présenter d’ici la fin de l’année des plans nationaux pour améliorer l’accès au logement, un dossier qui pourrait figurer en bonne place à l’agenda du prochain Conseil européen. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, alors que les tensions économiques et géopolitiques continuent de peser sur la stabilité sociale.

Ce rapport de la FRA rappelle que les droits fondamentaux des Européens sont directement impactés par des enjeux structurels. Entre inflation, précarité du logement et montée des discours de haine, les défis à relever restent immenses. Pour les institutions européennes, l’urgence est double : protéger les populations les plus vulnérables tout en garantissant un cadre juridique efficace pour endiguer les dérives les plus graves.

Les États membres doivent publier d’ici la fin 2026 des rapports nationaux sur l’application du Digital Services Act, qui imposera aux plateformes de renforcer leur modération des contenus illégaux, dont les discours de haine. La Commission européenne effectuera ensuite un bilan en 2027.

Le rapport encourage les États membres à développer des aides au logement ciblées, comme des subventions pour les primo-accédants ou des plafonds de loyer dans les zones tendues. Il suggère également de renforcer les mécanismes de contrôle des prix dans les secteurs où la spéculation immobilière est forte.