Face aux critiques répétées sur la fiabilité du diagnostic de performance énergétique (DPE), le gouvernement a présenté, ce jeudi 21 mai 2026, une charte dédiée à la profession des diagnostiqueurs immobiliers. Selon BFM Immo, cette initiative vise à encadrer leur activité et à mettre un terme aux accusations de fraudes qui pèsent sur eux.
Lancée lors des Assises de la profession organisées par le ministère de la Ville et du Logement, cette charte s’articule autour de trois axes : la déontologie, la formation continue et la représentation des professionnels. « Qu’on arrête le diagnostiqueur-bashing », a lancé le ministre Vincent Jeanbrun, qui souhaite ainsi « changer l’image des diagnostiqueurs immobiliers ». L’objectif affiché est clair : redonner confiance dans un outil devenu central pour le marché immobilier et les objectifs de rénovation énergétique de l’État.
Ce qu'il faut retenir
- Une charte de déontologie pour les diagnostiqueurs immobiliers a été présentée le 21 mai 2026 par le ministre Vincent Jeanbrun, selon BFM Immo.
- Cette charte, co-construite avec les professionnels, inclut des règles strictes de formation, de déontologie et de représentation.
- Le DPE, outil clé pour la vente et la location, est au cœur des tensions en raison de son manque de fiabilité perçue.
- Le gouvernement envisage de réduire à nouveau le coefficient de conversion de l’électricité pour le calcul du DPE, passant de 1,9 à 1,7, voire 1.
- Un abaissement à 1,7 pourrait retirer 382 000 logements supplémentaires de la catégorie « passoire thermique » (DPE F ou G).
- L’Alliance du diagnostic immobilier critique cette décision, la jugeant politique et en contradiction avec l’avis d’un comité technique.
Une charte pour redonner confiance aux diagnostiqueurs et aux ménages
Le DPE est devenu un document incontournable pour tout propriétaire souhaitant vendre ou louer son bien. Pourtant, sa crédibilité est régulièrement remise en cause, notamment en raison de modifications fréquentes de ses méthodes de calcul. « Les changements continus du DPE ont amené à un sentiment de confiance perdue, de difficulté à appréhender cet outil, alors qu’il reste indispensable dans la lutte pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », a expliqué Annaïg Le Meur, députée Renaissance, lors des Assises de la profession.
Pour y remédier, Vincent Jeanbrun mise sur une refonte des règles encadrant la profession. La charte, dont les contours seront définis « dans les semaines à venir » en collaboration avec les professionnels, pourrait prévoir la création d’un ordre des diagnostiqueurs ou l’instauration d’une carte professionnelle. « C’est aux professionnels d’apporter la réponse, ils ont envie de fiabiliser le DPE, de lutter contre la fraude, de lutter contre les brebis galeuses qui sont une extrême minorité », a-t-il affirmé, tout en soulignant que ces ajustements ne relèvent pas de leur responsabilité.
Le DPE, entre impératifs écologiques et controverses techniques
Le diagnostic de performance énergétique est au cœur des tensions entre impératifs écologiques et réalités techniques. Depuis 2021, ses modalités de calcul ont été modifiées à plusieurs reprises, notamment pour refléter plus fidèlement la consommation réelle des logements. En janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité a été abaissé de 2,3 à 1,9, une mesure qui a déjà sorti 895 000 logements de la catégorie des « passoires thermiques » (DPE F ou G).
Le gouvernement envisage désormais de pousser ce coefficient jusqu’à 1,7, voire 1, comme le prévoit le minimum européen. « Le Premier ministre a voulu envoyer un message fort autour des enjeux d’électrification et faire en sorte que l’électricité ait un coefficient un petit peu différent », a justifié Vincent Jeanbrun. Cette décision s’inscrit dans le cadre du plan d’électrification du pays, mais elle suscite des réserves. L’Alliance du diagnostic immobilier, représentée par son vice-président Samir Zanoun, y voit une « décision politique contraire à l’avis d’un comité technique du bâtiment ».
Un débat technique qui dépasse les diagnostiqueurs
Si les diagnostiqueurs sont au centre de la polémique, le problème dépasse largement leur cadre professionnel. « Ce n’est pas de la faute ni des diagnostiqueurs ni du DPE », a rappelé le ministre, insistant sur le fait que les ajustements du coefficient relèvent d’une volonté politique plus large. Pourtant, les professionnels du secteur, eux, subissent de plein fouet les critiques liées à la fiabilité des diagnostics rendus.
Selon une étude de la start-up KRNO, spécialisée dans l’analyse de la fiabilité des DPE, une baisse supplémentaire du coefficient à 1,7 pourrait encore retirer 382 000 logements de la catégorie des passoires thermiques. Un chiffre qui illustre l’impact concret des décisions techniques sur le parc immobilier français, mais qui ne règle pas pour autant les questions de qualité des diagnostics eux-mêmes.
Avec ces mesures, l’exécutif cherche à concilier deux objectifs : accélérer la transition énergétique des logements et rétablir une relation de confiance entre les ménages, les professionnels et l’État. Une équation complexe, où les diagnostiqueurs, pris en étau entre les critiques et les attentes, jouent un rôle clé.
Ce coefficient permet de calculer la consommation réelle d’énergie d’un logement en fonction de son mode de chauffage. Les ajustements visent à refléter plus fidèlement la consommation réelle, notamment dans un contexte de transition énergétique et d’électrification croissante des logements. Cependant, ces changements fréquents alimentent un sentiment d’instabilité et de complexité autour du DPE.
Un DPE peu fiable peut entraîner des erreurs de classification des logements, faussant ainsi les efforts de rénovation énergétique. Pour les propriétaires, cela peut aussi impacter la valeur de leur bien ou les obliger à engager des travaux coûteux pour respecter les nouvelles normes. Enfin, cela peut décourager les ménages de réaliser des diagnostics, retardant ainsi la transition écologique du parc immobilier.