À Toulouse, dans la clinique Medes spécialisée en médecine spatiale, dix hommes âgés de 20 à 40 ans ont accepté de vivre une expérience extrême : rester allongés sur le dos, les pieds 17 centimètres plus hauts que la tête, pendant dix jours consécutifs. Cette étude, menée par le Centre national d’études spatiales (CNES), vise à évaluer les effets de l’apesanteur et du rationnement alimentaire sur l’organisme humain, en prévision des futures missions spatiales de longue durée, comme un voyage vers Mars. Selon Franceinfo - Sciences, les participants, tous en bonne santé, subissent des tests neurologiques, cardiovasculaires, osseux et musculaires pour mieux comprendre les réactions du corps face à des conditions extrêmes.
Ce qu'il faut retenir
- Une position spécifique : les volontaires sont installés dans des chambres de clinique, les pieds surélevés de 17 cm par rapport à la tête, une posture reproduisant les effets de l’apesanteur.
- Un rationnement calorique drastique : leur apport quotidien est réduit à 250 kilocalories, soit l’équivalent d’une cuillère de miel le matin, une soupe et un jus de fruit à midi, et un bouillon le soir.
- Des tests physiologiques poussés : neurologie, cardiovasculaire, musculaire et osseux pour mesurer l’impact de l’alitement prolongé et de la privation alimentaire.
- Une rémunération pour la science : chaque participant touche 5 000 euros pour ces dix jours d’expérience.
- Un objectif double : préparer les missions spatiales futures, mais aussi mieux comprendre les effets de la sédentarité dans les sociétés modernes.
Une immersion dans les conditions d’un voyage spatial
Dans les locaux de la clinique Medes à Toulouse, l’ambiance rappelle celle d’un hôpital, mais l’expérience vécue par les volontaires est tout sauf ordinaire. Installés deux par deux dans des chambres donnant sur un même couloir, ils doivent rester en permanence allongés sur le dos, les épaules ne quittant jamais le lit. « Le premier jour était le plus difficile physiquement », confie l’un des participants, évoquant des maux de dos et une sensation de lourdeur dans la tête liée à la redistribution des fluides vers le haut du corps. « Maintenant, tout va mieux, le corps s’habitue », ajoute-t-il, soulignant l’adaptation progressive à cette position inhabituelle.
Pour occuper leur temps, les volontaires disposent de consoles de jeu, d’ordinateurs, de livres ou de téléphones. Les animations proposées par les infirmières et aides-soignantes, ainsi que les échanges avec leurs compagnons de chambrée, rythment leurs journées. Les visites sont interdites, et même les gestes du quotidien doivent s’adapter : la douche s’effectue allongée sur un brancard, tout comme les déplacements aux toilettes. Les écrans, comme celui de la Coupe du monde, sont projetés au plafond pour être visionnés en position allongée.
Un régime alimentaire réduit à l’extrême pour étudier la résistance à la faim
L’un des aspects les plus marquants de cette étude réside dans le rationnement alimentaire imposé aux participants. Leur apport calorique quotidien est divisé par dix, passant à 250 kilocalories, soit l’équivalent d’une cuillère à café de miel au réveil, une soupe de 125 millilitres accompagnée d’un jus de fruit à midi, et un bouillon le soir. Tout est pesé au gramme près, et les plateaux-repas sont savourés avec une précision presque rituelle. « On commence par la soupe, puis on termine par le jus, avant de prendre un café décaféiné », explique un volontaire. « Au début, on coupait le jus avec de l’eau, mais plus maintenant. Le corps s’habitue, et je ne ressens plus de manque, juste une légère faim qui s’estompe avec le temps. »
Cette restriction alimentaire permet aux chercheurs d’analyser comment l’organisme réagit à une carence prolongée, une situation qui pourrait se produire lors de missions spatiales de très longue durée, où les ressources seraient limitées. Matthieu Marty, doctorant en physiologie spatiale et responsable de cette étude, précise que cette expérience reproduit les conditions rencontrées par les astronautes : « L’inactivité sur le lit simule l’absence de contraintes musculaires en apesanteur, tandis que la tête légèrement inclinée vers le bas reproduit la redistribution des fluides vers le thorax et la tête, comme c’est le cas dans l’espace. »
« C’est exactement ce qu’on observe dans l’espace. Les effets de l’alitement ou du manque d’exercice physique sont des questions qui intéressent aussi la société moderne, très sédentaire. Cette expérience est donc utile pour le grand public. »
— Marie-Pierre Bareille, responsable des activités de la clinique spatiale Medes à Toulouse
Une expérience utile pour la science, mais pas seulement
Au-delà de sa contribution directe à la préparation des missions spatiales, cette étude présente un intérêt plus large pour la médecine et la physiologie humaine. Les résultats pourraient en effet éclairer les effets de la sédentarité sur la santé, un enjeu majeur dans les sociétés occidentales où l’inactivité physique est de plus en plus fréquente. « Les protocoles sont très précis », souligne Marie-Pierre Bareille. « En étudiant les réactions du corps à l’alitement prolongé, nous pouvons mieux comprendre les mécanismes de la fonte musculaire, de la perte osseuse ou encore des troubles cardiovasculaires liés à l’absence d’activité physique. »
Pour participer à cette étude, les volontaires ont été sélectionnés pour leur bonne santé générale. Ils perçoivent une indemnité de 5 000 euros pour les dix jours d’expérience, une rémunération qui reflète l’engagement et les contraintes subies. Leur rôle est crucial : en acceptant de vivre dans ces conditions extrêmes, ils offrent aux scientifiques des données précieuses pour anticiper les défis physiologiques des futurs explorateurs de l’espace.
Cette expérience rappelle que la conquête spatiale ne se limite pas à la technologie et aux fusées : elle repose aussi sur la capacité de l’être humain à s’adapter à des environnements extrêmes, parfois au prix de sacrifices physiques et psychologiques. Une leçon d’humilité pour les futurs explorateurs des étoiles.
Cette position, inclinée de six degrés vers le bas, reproduit les effets de l’apesanteur sur le corps humain. Elle provoque une redistribution des fluides vers le haut du corps, notamment vers la tête et le thorax, un phénomène observé chez les astronautes en orbite. L’objectif est d’étudier comment l’organisme s’adapte à cette nouvelle répartition des liquides, tout en mesurant l’impact de l’absence de contraintes musculaires liées à la gravité.