Le parquet de l’Équateur a annoncé samedi 9 août 2025 l’inculpation formelle de sept personnes pour leur participation présumée à l’assassinat du candidat à la présidentielle Fernando Villavicencio, tué le 9 août 2023 à Quito. Selon Le Figaro, parmi ces inculpés figurent deux anciens responsables politiques de gauche, un homme d’affaires et plusieurs membres du gang criminel « Los Lobos ». Les autorités équatoriennes ont demandé le maintien de leur détention provisoire et sollicité l’émission d’une notice rouge via Interpol à l’encontre de quatre d’entre eux, actuellement à l’étranger.

Ce qu’il faut retenir

  • Sept personnes, dont un homme d’affaires, deux anciens responsables politiques et des membres du gang « Los Lobos », sont inculpées pour « assassinat » dans l’affaire Villavicencio.
  • Fernando Villavicencio, critique de l’ex-président Rafael Correa, avait été tué le 9 août 2023 à Quito, une semaine avant la présidentielle.
  • Parmi les inculpés figurent Xavier Jordán, soupçonné d’avoir financé et planifié le meurtre, ainsi que l’ancien ministre de l’Intérieur José Serrano, accusé d’avoir fourni des informations sensibles à « Los Lobos ».
  • Le parquet a demandé le maintien en détention des sept inculpés et une notice rouge Interpol pour quatre d’entre eux vivant à l’étranger.
  • Cinq complices présumés ont déjà été condamnés en 2024 à des peines allant jusqu’à 34 ans de prison.

Une enquête qui remonte aux racines du crime organisé

L’assassinat de Fernando Villavicencio, survenu le 9 août 2023 à Quito, avait marqué un tournant dans la campagne présidentielle équatorienne. Le candidat, alors en tête des sondages, avait été abattu par un tueur à gages colombien devant des centaines de supporters. Le tireur, neutralisé par les gardes du corps, avait ensuite été tué lors de son interpellation. Selon Le Figaro, Villavicencio menait des enquêtes journalistiques sur des affaires de corruption impliquant notamment l’ex-président Rafael Correa (2007-2017), ce qui lui avait valu de nombreuses menaces.

Les investigations menées depuis ont révélé l’implication présumée d’un réseau criminel structuré, le gang « Los Lobos », connu pour ses activités liées au narcotrafic et au crime organisé. Quatre des sept inculpés sont directement liés à cette organisation, dont son principal dirigeant, Wilmer Chavarría, alias « Pipo », qui aurait planifié le meurtre en échange d’un million de dollars. Les autorités ont confirmé que quatre membres du groupe, dont « Pipo », sont actuellement recherchés à l’international.

Des profils politiques et économiques au cœur de l’enquête

Parmi les sept inculpés, l’homme d’affaires Xavier Jordán, résidant aux États-Unis, est accusé d’avoir « financé et planifié » l’assassinat. Les enquêteurs estiment qu’il aurait mobilisé des fonds pour recruter les tueurs et coordonner les opérations. Ses liens avec Villavicencio remontent à leurs conflits médiatiques : avant de se lancer en politique, Villavicencio avait en effet enquêté sur des affaires de corruption impliquant Jordán, selon les documents judiciaires.

Autre figure centrale de l’affaire, José Serrano, ancien ministre de l’Intérieur sous Rafael Correa, se trouve actuellement dans un centre de contrôle migratoire aux États-Unis. Les procureurs l’accusent d’avoir transmis des « informations sensibles » à « Los Lobos » concernant les déplacements du candidat. Serrano, qui a toujours nié les faits, aurait agi en échange d’une protection pour ses proches. L’ancien député Ronny Aleaga, également inculpé, est quant à lui soupçonné d’avoir « coordonné les actions visant à concrétiser l’assassinat ».

Un dossier judiciaire déjà marqué par des condamnations et des violences

Avant même l’inculpation de samedi, cinq personnes avaient été condamnées en 2024 à des peines allant jusqu’à 34 ans de prison pour leur rôle dans l’assassinat. Parmi eux figuraient les quatre Colombiens présumés avoir tiré sur Villavicencio, ainsi qu’un membre de « Los Lobos » ayant fourni les armes. Une série de meurtres en prison a ensuite frappé six autres hommes de main colombiens liés à l’affaire, soulignant l’ampleur des représailles au sein du milieu carcéral équatorien.

Ces événements illustrent l’infiltration du crime organisé dans les rouages de l’État et de la politique en Équateur, un phénomène qui s’est intensifié ces dernières années. Le pays, devenu une plaque tournante du narcotrafic en Amérique latine, voit son système judiciaire et ses institutions régulièrement ciblés par des réseaux criminels. Le meurtre de Villavicencio, figure médiatique et politique, avait d’ailleurs précipité une crise de confiance dans les institutions, poussant à des réformes sécuritaires d’urgence.

Et maintenant ?

Les autorités équatoriennes devraient prochainement obtenir l’extradition de quatre des inculpés, dont José Serrano et Xavier Jordán, actuellement en détention aux États-Unis. Une demande formelle via Interpol a été transmise, mais son issue dépendra des accords bilatéraux entre les deux pays. Parallèlement, les enquêteurs continuent de traquer les complices présumés de « Los Lobos » encore en liberté, dans un contexte où la violence liée au narcotrafic reste endémique. D’ici fin 2025, le procès des sept inculpés devrait s’ouvrir à Quito, sous haute surveillance, en raison des risques de pressions extérieures.

Cette affaire rappelle également les tensions persistantes entre le pouvoir politique et les réseaux criminels en Équateur. Alors que le pays prépare les prochaines élections présidentielles prévues en 2026, la sécurité des candidats et des institutions reste une priorité absolue. Les autorités promettent de renforcer les mesures de protection, mais l’ombre du crime organisé plane toujours sur le paysage politique.

Fernando Villavicencio était une figure médiatique et politique connue pour ses enquêtes journalistiques sur la corruption au sein du gouvernement de Rafael Correa. Ses investigations mettaient en cause des personnalités politiques et des hommes d’affaires, dont Xavier Jordán. Son ascension dans les sondages avant l’élection de 2023 a probablement fait de lui une cible pour des groupes criminels cherchant à influencer le processus démocratique ou à éliminer un adversaire dangereux pour leurs intérêts.

Selon l’accusation, « Los Lobos » aurait joué un rôle central dans l’organisation et l’exécution du meurtre. Son dirigeant, Wilmer Chavarría alias « Pipo », est accusé d’avoir planifié l’assassinat en échange d’un million de dollars. Plusieurs membres du gang sont également soupçonnés d’avoir fourni les armes utilisées par le tueur à gages colombien. Ce groupe, l’un des plus puissants d’Équateur, est connu pour ses activités liées au narcotrafic et au crime organisé.