Selon Franceinfo - Sciences, des chercheurs de l’Institut de technologie de Karlsruhe, situé dans le sud-ouest de l’Allemagne, ont démontré en 2026 qu’un routeur Wi-Fi standard pouvait repérer et reconnaître les personnes présentes dans une pièce, sans recourir à une caméra ou à un microphone.

Ce qu'il faut retenir

  • Des scientifiques allemands ont utilisé un routeur Wi-Fi classique pour détecter et identifier des individus dans une pièce.
  • Le système repose sur l’analyse des ondes électromagnétiques réfléchies par le corps humain, converties en images grâce à l’intelligence artificielle.
  • Sur 197 personnes testées, le taux de reconnaissance a atteint près de 100 %.
  • Les données échangées entre appareils et routeur ne sont pas cryptées, laissant la porte ouverte à des usages malveillants.
  • Les chercheurs appellent à une révision urgente des normes Wi-Fi pour renforcer la protection des données.

Une technologie basée sur les propriétés physiques des ondes Wi-Fi

Le principe exploité par les chercheurs repose sur une propriété fondamentale des ondes radio : leur capacité à se réfléchir sur les corps humains, à l’image de la lumière qui rebondit sur un miroir. Dans le cas du Wi-Fi, ces ondes sont émises en continu par le routeur et renvoyées par les occupants d’une pièce. Ces signaux, appelés « feedback » ou retour, ne sont généralement pas cryptés, ce qui permet à quiconque d’y accéder et d’en analyser les variations.

En entraînant un algorithme d’intelligence artificielle sur ces données, l’équipe allemande a réussi à reconstruire une image de l’espace et de ses occupants. « Les ondes Wi-Fi se comportent comme un radar passif, explique l’un des auteurs de l’étude. En étudiant les déformations du signal, nous pouvons déduire la présence, la taille et même l’identité des personnes dans la pièce. »

Une identification quasi parfaite, mais des risques majeurs pour la vie privée

Pour valider leur approche, les scientifiques ont mené une série de tests impliquant 197 participants. Résultat : leur système a identifié chaque individu avec un taux de réussite de près de 100 %. Cette précision soulève des questions sur l’utilisation détournée de cette technologie. « Les routeurs Wi-Fi sont présents dans presque tous les foyers, les entreprises et les lieux publics, rappelle un chercheur. Ils pourraient être détournés pour surveiller des citoyens, tracer leurs déplacements ou même reconstituer leurs activités quotidiennes. »

Contrairement aux méthodes classiques de surveillance, comme les caméras ou les microphones, cette technique ne nécessite aucun équipement supplémentaire. Même en éteignant tous ses appareils électroniques ou en couvrant une webcam, il serait impossible de se prémunir contre cette forme d’espionnage, tant que le routeur fonctionne.

Un appel urgent à renforcer la sécurité des réseaux sans fil

Les chercheurs estiment que cette découverte met en lumière une faille majeure dans la sécurité des réseaux Wi-Fi. À l’heure actuelle, les normes en vigueur ne prévoient pas de chiffrement des données échangées entre les appareils et le routeur, laissant le champ libre à des acteurs malveillants. « Notre objectif n’est pas de créer un outil de surveillance, mais d’alerter sur les risques potentiels, souligne un membre de l’équipe. Si ces méthodes tombent entre de mauvaises mains, elles pourraient être utilisées pour violer massivement la vie privée. »

Face à cette menace, les scientifiques appellent à une révision immédiate des protocoles Wi-Fi. Ils proposent notamment d’intégrer un chiffrement systématique des signaux de feedback, afin de rendre toute tentative de reconstitution d’image impossible sans la clé de décryptage. « Les normes doivent évoluer rapidement, insiste un chercheur. Sinon, nous risquons de voir se généraliser une surveillance de masse via nos propres réseaux domestiques. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des réactions des organismes de normalisation, comme l’IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers), qui définit les standards du Wi-Fi. Une réunion est prévue en septembre 2026 pour discuter des mesures à adopter. En parallèle, les chercheurs préparent une publication détaillée de leurs travaux dans une revue scientifique à comité de lecture. Si leurs propositions sont adoptées, les fabricants de routeurs devront mettre à jour leurs équipements, une opération qui pourrait prendre plusieurs années.

Des alternatives pour limiter les risques, en attendant des normes plus strictes

En l’état actuel des choses, il n’existe pas de solution infaillible pour se protéger contre cette forme d’espionnage. Cependant, quelques mesures peuvent réduire les risques. Par exemple, placer le routeur dans une pièce peu fréquentée ou utiliser des matériaux réfléchissants (comme du papier aluminium) pour perturber les signaux peut, dans une certaine mesure, limiter la précision de la détection. « Ces astuces ne garantissent pas une protection totale, mais elles rendent la tâche plus difficile pour un éventuel pirate, explique un expert en cybersécurité. »

Les utilisateurs soucieux de leur vie privée peuvent aussi opter pour des réseaux maillés (mesh) ou des routeurs équipés de technologies de chiffrement avancées, bien que celles-ci restent aujourd’hui marginales. Enfin, la sensibilisation du public et des entreprises à ces enjeux sera cruciale pour exiger des fabricants des solutions plus sûres.

« Les ondes Wi-Fi sont partout. Si nous ne prenons pas les devants maintenant, nous pourrions nous réveiller dans un monde où chaque mouvement, chaque conversation, sera traçable via nos propres réseaux. »
Un chercheur de l’Institut de technologie de Karlsruhe

Pour l’instant, il n’existe aucun moyen simple pour un utilisateur lambda de vérifier si son routeur est exploitable à des fins de surveillance. Cependant, les routeurs récents ou ceux équipés de protocoles de chiffrement avancés (comme WPA3) sont moins susceptibles d’être vulnérables. Les experts recommandent de se tenir informé des mises à jour logicielles proposées par les fabricants, qui pourraient corriger d’éventuelles failles.

À ce jour, aucune preuve publique ne confirme l’utilisation de cette méthode par des États ou des entreprises. Cependant, les chercheurs soulignent que des techniques similaires, bien que moins sophistiquées, pourraient déjà être employées dans des contextes de surveillance de masse. Leur étude vise précisément à anticiper ces dérives avant qu’elles ne deviennent courantes.