La Chine procède à une refonte majeure de son système éducatif supérieur en intégrant l’intelligence artificielle au cœur de ses formations universitaires. Selon Franceinfo - Sciences, les autorités chinoises ont annoncé la suppression de **12 000 cursus** dans les prochaines années et la création de **10 000 nouvelles formations** axées sur les technologies émergentes, dont l’IA. Cette réforme, qui touche près d’un tiers des diplômes du pays, s’inscrit dans une stratégie nationale visant à positionner la Chine comme leader mondial des technologies du XXIe siècle.
Ce qu'il faut retenir
- **12 000 formations supprimées** dans les universités chinoises d’ici 2030, dont de nombreuses filières en arts, management et sciences sociales.
- **10 000 nouvelles formations créées**, principalement centrées sur l’IA, la gestion des données et les semi-conducteurs.
- Réforme touchant **un tiers des cursus** du pays, avec une priorité donnée à l’"intelligence artificielle incarnée".
- Taux de chômage des **16-24 ans en Chine à 17 %**, selon les chiffres officiels, un facteur clé de cette réorientation.
- Critiques émergentes sur l’effectivité de la réforme, certains y voyant un simple habillage cosmétique.
Une réforme sans précédent pour anticiper l’impact de l’IA sur le marché du travail
Face à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, les autorités chinoises ont décidé de revoir en profondeur l’offre de formation supérieure. Selon les données communiquées par Franceinfo - Sciences, près d’un tiers des cursus universitaires du pays seront modifiés d’ici 2026, avec une accélération prévue sur les quatre prochaines années. Cette révision massive s’accompagne de la suppression de **12 000 formations** jugées obsolètes ou peu adaptées aux besoins du marché, notamment dans les domaines des arts, du management, des sciences sociales et des langues.
Certaines filières techniques ne sont pas épargnées. L’université de Shanghai, par exemple, a déjà suspendu les admissions dans ses formations en design de produits, une décision justifiée par le risque de remplacement rapide de ces métiers par des solutions automatisées. « L’objectif est clair : adapter l’offre éducative aux compétences requises par une économie en pleine mutation », précise un responsable du ministère chinois de l’Éducation, cité par Franceinfo - Sciences.
L’IA au cœur des nouvelles priorités éducatives
Parallèlement à ces suppressions, le gouvernement chinois a lancé la création de **10 000 nouvelles formations**, conçues pour répondre aux défis technologiques et industriels de demain. Ces cursus s’articulent autour de trois axes majeurs : l’**intelligence artificielle incarnée** (intégration de l’IA dans des objets physiques comme les robots ou les véhicules autonomes), la **gestion des données** et la **conception de semi-conducteurs**. D’autres domaines, tels que les nouvelles formes de stockage d’énergie, bénéficient également de cette refonte. « Pékin mise sur ces spécialisations pour renforcer sa souveraineté technologique et réduire sa dépendance aux importations », analyse un expert en politique industrielle interrogé par Franceinfo - Sciences.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte économique tendu. Le taux de chômage des jeunes Chinois de 16 à 24 ans, hors étudiants, atteint **17 %** selon les chiffres officiels, un niveau qui pourrait être encore sous-estimé selon plusieurs économistes indépendants. La réforme vise donc aussi à améliorer l’employabilité des diplômés en les orientant vers des secteurs porteurs.
Des critiques sur l’effectivité d’une réforme en trompe-l’œil
Si la Chine ne connaît pas de grand débat national sur cette réforme, des voix s’élèvent pour en questionner la portée réelle. Plusieurs observateurs soulignent que les enseignants reconvertis dans de nouvelles disciplines le sont souvent au sein des mêmes établissements, sans création de postes supplémentaires ni révision profonde des méthodes pédagogiques. « On assiste davantage à un changement cosmétique qu’à une véritable transformation du système éducatif », estime un professeur d’université à Pékin, sous couvert d’anonymat.
D’autres s’interrogent sur la capacité des universités à former rapidement des compétences en IA, un domaine où les besoins évoluent plus vite que les programmes. « La rapidité de cette réforme est impressionnante, mais la qualité des formations reste à prouver », commente un analyste spécialisé dans l’éducation, cité par Franceinfo - Sciences. Certains craignent aussi que cette orientation ne creuse les inégalités entre les étudiants issus de milieux favorisés, mieux armés pour accéder aux nouvelles filières, et les autres.
Un pari risqué pour l’avenir technologique de la Chine
Cette réorientation massive des universités chinoises reflète une volonté politique forte de faire de l’intelligence artificielle un levier de croissance et d’influence. Depuis plusieurs années, Pékin investit massivement dans la recherche et le développement en IA, avec des objectifs ambitieux : devenir le leader mondial d’ici 2030, voire avant. « La Chine mise sur l’éducation comme accélérateur de sa domination technologique », résume un chercheur en géopolitique interviewed par Franceinfo - Sciences. Cependant, le succès de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs : la capacité des universités à attirer et former des enseignants qualifiés, l’adaptation des programmes aux besoins réels des entreprises, et la stabilité du marché du travail. « L’enjeu n’est pas seulement éducatif, mais aussi économique et social », rappelle ce même chercheur. L’échec de cette réforme pourrait en effet aggraver les tensions sur le marché du travail et freiner l’innovation.
En élargissant le regard, cette réforme interroge plus largement sur la capacité des États à anticiper les mutations technologiques dans l’éducation. D’autres pays, comme les États-Unis ou les membres de l’Union européenne, observent avec attention les choix chinois. Pour eux, l’enjeu est double : former des talents capables de rivaliser avec ceux de Pékin, tout en évitant les écueils d’une adaptation trop brutale des systèmes éducatifs.
Les filières les plus affectées par les suppressions sont les arts, le management, les sciences sociales et les langues, notamment les métiers de la traduction. Certaines formations techniques, comme le design de produits à l’université de Shanghai, sont également concernées.
L’"intelligence artificielle incarnée" désigne l’intégration de l’IA dans des objets physiques, tels que les robots humanoïdes ou les voitures autonomes. Ce domaine fait partie des priorités des nouvelles formations créées en Chine.