La pression exercée par la pêche mondiale pousse certains requins à adopter des stratégies de survie inédites, selon une enquête publiée le 13 juin 2026 par Futura Sciences. Dans le golfe du Mexique, des observations confirment un changement comportemental préoccupant : des requins délaissent la chasse active pour s’emparer des prises des pêcheurs. Un phénomène documenté dans le documentaire Shark Beach, avec Anthony Mackie, diffusé sur National Geographic et Disney+.
Ce qu'il faut retenir
- Quelque 80 millions de requins sont tués chaque année par la pêche mondiale, selon une étude publiée dans la revue Science.
- Dans le golfe du Mexique, des requins ont développé une stratégie de déprédation, volant les prises des pêcheurs plutôt que de chasser activement.
- Cette adaptation reflète un déséquilibre profond des écosystèmes marins, où les populations de requins sont soumises à une pression sans précédent.
- Un tiers des espèces de requins est menacé d’extinction, selon le chercheur Boris Worm, coauteur de l’étude de Science.
- La déprédation n’est pas un choix, mais une réponse à l’épuisement des stocks halieutiques et à la raréfaction des proies naturelles.
La déprédation, terme désignant le vol de prises par des prédateurs, n’est plus un comportement anecdotique dans le golfe du Mexique. Les requins y ont appris à associer le bruit des moteurs de bateaux à une source de nourriture facile. Plutôt que de traquer leurs proies, ils attendent qu’un pêcheur remonte sa ligne pour s’en emparer. Marcus Drymon, professeur à l’université d’État du Mississippi et spécialiste des requins, souligne que ce lien « est difficile à confirmer empiriquement », mais que les observations s’accumulent. « On pêche au même endroit que les requins. Ils apprennent très vite et associent donc le moteur du bateau à de la nourriture », explique Jasmin Graham, fondatrice de l’association Minorities in Shark Science (MISS).
Ce phénomène n’est pas isolé. Il s’étend également au large de l’Australie, partout où les populations de requins sont denses et les interactions avec les activités humaines fréquentes. Toutefois, le golfe du Mexique concentre des facteurs aggravants. D’abord, la pression de pêche y est particulièrement intense, qu’elle soit professionnelle ou récréative. Ensuite, les stocks de poissons y sont fragilisés par des décennies de surpêche. Enfin, la présence humaine en mer s’y intensifie, notamment avec l’essor des petites embarcations de loisir, moins menaçantes pour les requins que les chalutiers industriels.
Pour les pêcheurs, les conséquences sont tangibles. Certains remontent régulièrement des captures à moitié dévorées, voire inexistantes. Un article du South Atlantic Fishery Management Council, publié le 1er décembre 2023, confirme que la déprédation touche un nombre croissant de professionnels. Certains ont même modifié leurs pratiques en s’éloignant vers le large pour éviter ces interactions non désirées. « Ce n’est pas une solution durable, et tout le monde le sait », reconnaît Jasmin Graham. Pour elle, le vrai problème réside ailleurs : « Cela nous dit que nos écosystèmes marins sont instables et déséquilibrés. »
Une réponse à l’effondrement des populations de requins
La déprédation n’est pas une cause, mais un symptôme. Elle révèle l’urgence de protéger les habitats marins et de restaurer les biomasses halieutiques. Selon Boris Worm, chercheur central de l’étude publiée dans Science, une espèce de requin sur trois est aujourd’hui menacée d’extinction. Les requins et les raies, dont les trois quarts des espèces sont en déclin, jouent un rôle clé dans la régulation des écosystèmes océaniques. Leur disparition laisse un « trou béant dans la vie océanique », alerte Futura Sciences.
Leur lente croissance et leur faible taux de reproduction les rendent particulièrement vulnérables à la surpêche. « Les requins font partie des espèces qui souffrent le plus de la surpêche, à tel point qu’ils ne seraient plus assez nombreux pour assurer leur rôle biologique dans les zones les plus soumises », rappelle l’article. Sans prédateurs pour réguler leurs proies, les écosystèmes s’effondrent. C’est le cas dans 20 % des récifs coralliens, où les requins sont fonctionnellement éteints, selon des données citées par le média.
Les petits bateaux de pêche récréative, inoffensifs pour les requins, illustrent cette logique. Pourquoi un prédateur s’esquinterait-il à chasser quand un humain fait le travail à sa place ? Ce raisonnement, purement opportuniste, cache une réalité plus sombre : l’appauvrissement des océans. « Des stocks halieutiques épuisés forcent les prédateurs à adapter leur comportement pour survivre. Ce n’est pas de la paresse animale, c’est de l’opportunisme vital », analyse Futura Sciences.
Un indicateur de la santé des océans
Surveiller l’évolution de la déprédation dans le golfe du Mexique pourrait devenir un outil précieux pour évaluer l’état des écosystèmes marins. Plutôt qu’un simple comportement anormal, elle incarne un signal d’alarme. Pour Jasmin Graham, « la déprédation nous dit que quelque chose ne va pas. Si les requins modifient leurs stratégies alimentaires au contact de l’Homme, c’est bien parce que leurs ressources naturelles s’amenuisent ».
Préserver des habitats sains et garantir une biomasse suffisante pour l’ensemble de la chaîne trophique – y compris pour les humains – représente l’équation à résoudre. Les mesures de protection strictes, comme celles mises en place pour certaines espèces de raies ou de requins, ont déjà prouvé leur efficacité. Pourtant, malgré des changements réglementaires généralisés, la mortalité mondiale due à la pêche aux requins continue d’augmenter, souligne Futura Sciences.
En attendant, la déprédation illustre une fois de plus les conséquences directes de l’exploitation intensive des ressources marines. Elle rappelle aussi que la survie des océans dépend, en grande partie, de celle des espèces qui les habitent – y compris les prédateurs emblématiques comme les requins. Leur déclin n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour la biodiversité, c’est aussi un avertissement pour l’humanité tout entière.
Ce comportement, appelé déprédation, est une réponse à la raréfaction des proies naturelles due à la surpêche. Les requins associent le bruit des moteurs de bateaux à une source de nourriture facile, ce qui leur permet de réduire leur effort de prédation tout en se nourrissant.