En août 2017, plus de 700 000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour trouver refuge au Bangladesh, fuyant une campagne de violences qualifiée de nettoyage ethnique par les Nations unies. Selon BDM, le réseau social Facebook aurait joué un rôle central dans l’amplification des discours de haine et la propagation des violences contre cette minorité musulmane. Un rapport interne de l’entreprise, révélé en 2021, a confirmé que la plateforme avait servi de catalyseur à la désinformation et à l’incitation à la violence.

Ce qu'il faut retenir

  • 700 000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour le Bangladesh en 2017, selon les Nations unies.
  • Facebook a été utilisé comme outil de propagande haineuse et de désinformation contre les Rohingyas.
  • Un rapport interne de Facebook, rendu public en 2021, a reconnu le rôle de la plateforme dans l’escalade des violences.
  • Les Rohingyas souhaitaient simplement « mener la même vie que les autres » avant leur exode forcé.

Une minorité persécutée, un exil massif

Les Rohingyas, une minorité musulmane du Myanmar, subissaient depuis des décennies des restrictions légales et sociales dans cet État majoritairement bouddhiste. En août 2017, une série d’attaques contre des postes de police par un groupe armé rohingya a déclenché une répression militaire brutale. Les villages ont été incendiés, des milliers de personnes tuées et des centaines de milliers contraintes à l’exil. Selon BDM, cette crise humanitaire a poussé plus de 700 000 personnes à traverser la frontière vers le Bangladesh en quelques semaines seulement.

Les camps de réfugiés de Cox’s Bazar, au Bangladesh, sont devenus les plus grands au monde, abritant aujourd’hui près d’un million de Rohingyas. Les survivants racontent avoir tout perdu : leurs maisons, leurs terres, mais aussi l’espoir d’une vie normale. « Nous voulions juste mener la même vie que les autres, travailler, étudier, élever nos enfants sans crainte », a déclaré un réfugié sous couvert d’anonymat. Une aspiration simple, rendue impossible par la violence.

Facebook, amplificateur de haine et de désinformation

Selon BDM, l’une des dimensions les plus troublantes de cette crise réside dans l’utilisation de Facebook par les autorités birmanes et les groupes extrémistes pour diffuser des messages de haine contre les Rohingyas. En 2021, une enquête interne de Facebook a révélé que la plateforme avait servi de vecteur à la propagande anti-Rohingyas, avec des algorithmes favorisant les contenus les plus polarisants. « Nous avons constaté que Facebook a joué un rôle majeur dans l’amplification des discours de haine », a confirmé un ancien employé de l’entreprise.

Des pages et des groupes Facebook ont relayé des fausses informations, présentant les Rohingyas comme des « envahisseurs » ou des « terroristes ». Ces contenus, souvent partagés des millions de fois, ont alimenté la paranoïa collective. Un rapport de l’ONG Human Rights Watch soulignait en 2018 que Facebook avait « activement contribué à la violence » en Birmanie, en ne modérant pas suffisamment les contenus haineux. L’entreprise a depuis reconnu ses lacunes et promis d’améliorer ses systèmes de modération.

« Facebook a détruit notre rêve. Sans cette plateforme, les gens n’auraient pas cru ces mensonges sur nous. »
— Témoignage d’un réfugié rohingya recueilli par BDM.

Un rêve brisé : la quête d’une vie normale

Avant 2017, les Rohingyas vivaient dans l’État d’Arakan, au nord-ouest du Myanmar. Malgré des décennies de persécutions, certains espéraient encore une coexistence pacifique. « Nous voulions cultiver nos terres, envoyer nos enfants à l’école, vivre comme tout le monde », explique un ancien enseignant rohingya, aujourd’hui réfugié à Cox’s Bazar. Pourtant, les lois birmanes leur refusaient même la citoyenneté, les cantonnant à un statut d’apatrides.

La violence de 2017 a tout balayé. Aujourd’hui, les réfugiés vivent dans des conditions précaires, dépendants de l’aide humanitaire. Les promesses de retour au Myanmar, souvent évoquées par le gouvernement birman, restent lettre morte. Les conditions pour un retour sûr ne sont toujours pas réunies, selon les ONG. « On nous parle de réinstallation, mais personne ne nous demande notre avis », déplore un habitant des camps.

Et maintenant ?

En 2026, la situation des Rohingyas reste bloquée. Aucun pays ne leur offre d’asile permanent, et le Myanmar continue de nier les violences commises. Facebook, désormais rebaptisé Meta, a renforcé ses équipes de modération en birman, mais les critiques persistent quant à l’efficacité de ces mesures. Une audience devant le Tribunal international de La Haye, prévue pour 2027, pourrait enfin établir les responsabilités dans ce nettoyage ethnique. Reste à savoir si la justice internationale apportera une réponse concrète à ce drame humanitaire.

Pour les Rohingyas, l’espoir d’un avenir stable s’amenuise chaque jour. Entre l’indifférence internationale et les promesses non tenues du Myanmar, leur combat pour une vie normale ressemble à une bataille perdue d’avance.