Alors que le Japon s’apprête à commémorer le 81e anniversaire du bombardement atomique de Nagasaki, le maire de la ville, Kazuki Taketani, a qualifié les armes nucléaires de « mal absolu » avant d’appeler Tokyo à respecter strictement les trois principes non nucléaires du pays. Ces principes, adoptés en 1967, interdisent au Japon de posséder, fabriquer ou autoriser l’introduction d’armes nucléaires sur son territoire.
Ce qu'il faut retenir
- Le Japon commémore le 81e anniversaire des bombardements de Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août 1945), les seules attaques nucléaires de l’histoire en temps de guerre, ayant causé plus de 210 000 morts, dont une majorité par exposition aux radiations.
- La Première ministre japonaise Sanae Takaichi refuse de confirmer si elle maintient les « trois principes non nucléaires », suscitant des inquiétudes parmi les survivants et les pacifistes.
- En décembre 2025, un haut responsable anonyme avait évoqué, lors d’une réunion off the record, l’idée que le Japon pourrait se doter de l’arme nucléaire, une proposition relayée par NHK et l’Asahi Shimbun.
- Le gouvernement de Takaichi a renforcé les dépenses militaires et levé l’interdiction d’exporter des armes, critiquant ouvertement la Chine pour ses ambitions régionales.
- En mars 2026, le Japon comptait 91 000 survivants des bombardements (contre 164 000 en 2016), avec un âge moyen de 86,7 ans, accentuant l’urgence de leur message antinucléaire.
Selon Euronews FR, ces commémorations surviennent dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes en Asie de l’Est. Le Japon, traditionnellement pacifiste depuis 1945 grâce à sa Constitution reniant la guerre, voit sa doctrine remise en cause par l’essor militaire chinois et les doutes persistants sur l’engagement américain.
Un débat sur la dissuasion nucléaire relancé par Tokyo
Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a récemment appelé à un « débat sans tabou » sur la question nucléaire, tandis que des membres de la coalition au pouvoir, comme Hirofumi Yoshimura (Japan Innovation Party), estiment que la clause d’« interdiction d’introduction » des armes nucléaires pourrait être révisée. Yoshimura a souligné lors des commémorations de Hiroshima que, tout en aspirant à un monde sans armes nucléaires, le Japon devait aussi garantir l’efficacité de sa dissuasion dans le cadre de son alliance avec les États-Unis.
Cette position divise. Certains y voient une adaptation nécessaire face à la menace chinoise, d’autres un risque accru pour la stabilité régionale. La Chine a déjà accusé le Japon de « nouveau militarisme », tandis que les survivants des bombardements, comme Satoshi Tanaka, expriment leur frustration face à ce qu’ils perçoivent comme un abandon de la diplomatie au profit de la militarisation.
« On parle tellement de sécurité nationale. Et la construction de la paix par la diplomatie, qu’en fait-on ? »
Satoshi Tanaka, survivant de Hiroshima, 82 ans
La mémoire des survivants, un appel à la prudence
Les survivants des bombardements, souvent désignés sous le terme de hibakusha, incarnent depuis des décennies la lutte pour un monde sans armes nucléaires. Pourtant, leur voix porte moins lourdement qu’avant : en mars 2026, leur nombre est tombé à 91 000, contre 164 000 dix ans plus tôt, avec un âge moyen de 86,7 ans. Leur association nationale, qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2024, s’interroge sur sa capacité à poursuivre son action à mesure que ses membres disparaissent.
Lors de la cérémonie d’Hiroshima, Sanae Takaichi a refusé de préciser si elle envisageait de modifier les principes non nucléaires, se contentant d’affirmer que le Japon les respectait « actuellement ». Une réponse qui a laissé Tanaka sceptique : « Cela n’explique que la situation actuelle. Cela ne dit rien de l’avenir. Cela ne fait que m’inquiéter davantage. Je suis préoccupé. »
Le Japon à la croisée des chemins
Le gouvernement Takaichi a engagé une refonte majeure de la stratégie de défense nationale, marquée par une augmentation des dépenses militaires et une levée de l’interdiction d’exporter des armes. Ces mesures, présentées comme une réponse aux ambitions chinoises, s’accompagnent d’une volonté de réviser la Constitution pacifiste de 1947, un texte que Tokyo n’a jamais officiellement renié mais dont les interprétations évoluent.
Pour ses détracteurs, cette évolution vers un « nouveau militarisme » – terme utilisé par Pékin – risque d’isoler davantage le Japon sur la scène internationale et de fragiliser la stabilité en Asie. Les États-Unis, principaux garants de la sécurité japonaise, voient aussi leurs engagements parfois questionnés, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Takaichi, dont les positions tranchées contrastent avec l’approche plus conciliante de ses prédécesseurs.
Une chose est sûre : le débat sur le nucléaire, relancé par les autorités, ne s’éteindra pas de sitôt. Entre mémoire des victimes, impératifs de sécurité et pressions internationales, le Japon doit désormais naviguer dans un équilibre de plus en plus précaire.