Le géant américain Nvidia a dévoilé le 1er juin 2026, lors de sa conférence GTC à Taipei, son premier robot humanoïde « de référence » conçu pour les laboratoires de recherche. Baptisé Isaac GR00T, ce modèle associe une plateforme logicielle et un ordinateur embarqué américain à un châssis chinois, le H2 Plus, fabriqué par l’entreprise Unitree. Selon Futura Sciences, cette collaboration soulève des questions sur les risques liés à la collecte de données, Unitree étant visé par des soupçons d’espionnage aux États-Unis.
Ce qu'il faut retenir
- Nvidia a présenté le 1er juin 2026, à Taipei, son robot humanoïde de référence Isaac GR00T, destiné à la recherche académique.
- Ce robot utilise le châssis H2 Plus d’Unitree, une entreprise chinoise soupçonnée d’espionnage aux États-Unis.
- Le modèle est équipé de multiples capteurs (caméras stéréo, microphones, capteurs de pression) et reste connecté en permanence, ce qui pose des questions sur la sécurité des données.
- Une faille de sécurité, baptisée UniPwn, a été documentée en septembre 2025, révélant des risques de transmission automatique de données vers des serveurs distants.
- Une commission parlementaire américaine demande l’inscription d’Unitree sur une liste noire, évoquant des liens présumés avec l’armée chinoise, ce que l’entreprise dément.
- Unitree vise une valorisation de 6 milliards de dollars à la Bourse de Shanghai, alors que près de 90 % des robots humanoïdes vendus en 2025 étaient fabriqués en Chine.
Un robot « cerveau américain, corps chinois »
Le robot Isaac GR00T se présente comme un modèle ouvert, conçu pour servir de base commune aux chercheurs travaillant sur les robots humanoïdes de demain. Selon Futura Sciences, il combine un « cerveau » fourni par Nvidia — composé d’un ordinateur embarqué et de la plateforme logicielle Isaac GR00T — à un châssis H2 Plus développé par Unitree. Ce partenariat technologique illustre la stratégie de Nvidia, qui mise sur l’interopérabilité des composants pour accélérer l’innovation dans la robotique.
Le H2 Plus intègre une caméra stéréo dans la tête, des caméras aux poignets, des microphones et des mains tactiles équipées de plus de 1 000 capteurs de pression. Ces capteurs permettent au robot de percevoir son environnement avec précision, mais ils soulèvent aussi des inquiétudes quant à la collecte et à la transmission de données sensibles. Le système reste connecté en permanence via Wi-Fi, Bluetooth et Ethernet, ce qui en fait un appareil potentiellement vulnérable aux cyberattaques.
Des soupçons d’espionnage qui pèsent sur Unitree
Unitree, fondée en 2016 et basée à Pékin, est depuis plusieurs années sous le feu des projecteurs aux États-Unis. Une commission parlementaire bipartisane, le Select Committee on the Chinese Communist Party, a demandé en 2025 son inscription sur la liste noire des « entreprises militaires chinoises ». Les autorités américaines estiment que l’entreprise entretient des liens avec l’armée chinoise, ce qu’Unitree dément catégoriquement. Dans un communiqué, la société affirme que ses robots fonctionnent par défaut hors ligne et ne transmettent qu’un minimum de données techniques vers des serveurs situés à Singapour.
Ces accusations prennent une nouvelle dimension avec la présentation d’Isaac GR00T, alors qu’Unitree franchit une étape clé de son introduction en Bourse à Shanghai. Selon les analystes, la valorisation visée pourrait atteindre 6 milliards de dollars, dans un contexte où la Chine domine largement le marché des robots humanoïdes. D’après le fonds d’investissement Bessemer, près de 90 % des robots humanoïdes vendus dans le monde en 2025 étaient fabriqués en Chine, un chiffre qui illustre l’avance prise par le pays dans ce secteur stratégique.
Des failles de sécurité documentées
Les risques liés à l’utilisation de robots connectés ne sont pas théoriques. En septembre 2025, les chercheurs Andreas Makris et Kevin Finisterre ont révélé une faille de sécurité majeure, baptisée UniPwn, affectant plusieurs modèles de robots Unitree. Cette vulnérabilité permet à des tiers de prendre le contrôle partiel ou total de l’appareil. Par ailleurs, le chercheur Víctor Mayoral-Vilches a documenté des connexions automatiques transmettant des données de capteurs vers des serveurs distants, sans que l’utilisateur en ait conscience.
Un robot équipé de capteurs visuels, auditifs et tactiles, et restant connecté en permanence, peut ainsi devenir un outil de collecte d’informations à grande échelle. Pour les experts en cybersécurité, ces risques sont d’autant plus préoccupants que les robots humanoïdes sont appelés à se généraliser dans les foyers et les lieux publics d’ici quelques années. « Un appareil qui voit, entend et touche tout en restant relié au réseau peut techniquement se transformer en outil de collecte d’informations », souligne Futura Sciences.
Unitree dément toute implication dans l’espionnage
Face aux accusations américaines, Unitree a réagi avec fermeté. Dans un communiqué publié en mars 2026, l’entreprise précise que ses robots sont conçus pour une utilisation civile et industrielle, et que toutes les données sensibles sont traitées localement ou via des serveurs basés à Singapour. « Nous n’avons aucun lien avec l’armée ou les services de renseignement chinois », a affirmé un porte-parole d’Unitree. La société met en avant son statut de leader mondial dans la robotique grand public, avec des produits déjà commercialisés dans plus de 80 pays.
Pourtant, les soupçons persistent. Aux États-Unis, plusieurs voix s’élèvent pour demander un contrôle accru des exportations de technologies sensibles vers la Chine, notamment dans le domaine de la robotique. La présentation d’Isaac GR00T intervient à un moment où les tensions technologiques entre Washington et Pékin s’intensifient, avec des mesures de rétorsion croisées dans les secteurs de l’intelligence artificielle et des semi-conducteurs.
L’affaire met en lumière les défis posés par l’interdépendance technologique entre les États-Unis et la Chine, dans un domaine où l’innovation se heurte aux enjeux géopolitiques. Pour les utilisateurs et les chercheurs, la question de la sécurité des données restera au cœur des débats, alors que les robots humanoïdes commencent à s’inviter dans les laboratoires, les foyers et peut-être un jour les rues.
La faille UniPwn, révélée en septembre 2025 par les chercheurs Andreas Makris et Kevin Finisterre, est une vulnérabilité de sécurité affectant plusieurs modèles de robots Unitree. Elle permet à des attaquants de prendre le contrôle partiel ou total de l’appareil, en exploitant des faiblesses dans les protocoles de communication. Cette faille illustre les risques liés à la connectivité permanente des robots humanoïdes, qui peuvent devenir des vecteurs de cyberattaques ou d’espionnage.