Washington a annoncé un prêt de 400 millions de dollars (346 millions d’euros) pour soutenir la construction d’une mine primaire de scandium en Australie. Selon Le Figaro, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sécuriser l’approvisionnement en terres rares stratégiques, dont la Chine détient aujourd’hui le quasi-monopole mondial.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Pentagone accorde un prêt de 400 millions de dollars à Sunrise Energy Metals pour exploiter une mine de scandium en Australie
  • Il s’agira de la première mine primaire au monde dédiée à ce métal rare, actuellement extrait comme sous-produit d’autres activités minières
  • Le projet, situé à Fifield (Nouvelle-Galles du Sud), pourrait faire de l’Australie un fournisseur clé pour l’Occident
  • La Chine, qui domine le marché du scandium, a imposé des restrictions à ses exportations en 2025, poussant les États-Unis à chercher des alternatives
  • Washington et Canberra avaient annoncé un partenariat d’un milliard de dollars chacun pour réduire leur dépendance aux minerais chinois

Le prêt, accordé sous condition au groupe australien Sunrise Energy Metals, financera la construction de la première mine au monde spécialement conçue pour extraire du scandium directement de sa roche d’origine. Cette initiative marque un tournant dans la stratégie américaine de sécurisation des approvisionnements en métaux critiques, alors que Pékin renforce son contrôle sur les chaînes d’approvisionnement stratégiques.

Un métal stratégique pour la défense et l’industrie

Le scandium, classé parmi les terres rares, est utilisé dans des secteurs clés comme l’aéronautique, la défense ou encore les centres de données. Jusqu’à présent, sa production restait marginale et souvent liée à l’extraction d’autres minerais. La Chine, premier producteur mondial, a commencé à restreindre ses exportations de scandium dès 2025, notamment pour les applications militaires, poussant les États-Unis à accélérer la diversification de leurs sources d’approvisionnement.

« Nous avons pour objectif de faire de Syerston un pilier de l’approvisionnement de l’Occident en scandium », a déclaré Robert Friedland, président de Sunrise Energy Metals, dans un communiqué. Le projet, situé à Fifield dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud, s’appuie sur l’une des plus fortes concentrations mondiales de ce métal rare, selon les autorités régionales.

L’Australie, nouvel eldorado des terres rares ?

Cette annonce intervient alors que l’Australie émerge comme un acteur clé dans la course aux terres rares. Le pays, déjà premier exportateur mondial de lithium, dispose de réserves significatives de plusieurs métaux stratégiques. En octobre 2025, les États-Unis et l’Australie avaient scellé un accord bilatéral prévoyant des investissements conjoints d’un milliard de dollars chacun pour développer des projets miniers et des capacités de raffinage locales.

Pour l’administration américaine, l’enjeu est double : réduire la dépendance aux minerais chinois tout en stimulant la production locale. En 2024, Washington avait déjà annoncé des mesures pour relancer l’extraction et le raffinage de terres rares sur son sol, une initiative saluée par les industriels mais jugée insuffisante par certains experts. Le partenariat avec Canberra s’inscrit dans cette logique de coopération transpacifique pour contrer l’hégémonie chinoise sur les ressources stratégiques.

Un contexte géopolitique tendu

Les tensions entre Washington et Pékin sur les minerais critiques se sont intensifiées ces dernières années. En 2025, la Chine a imposé des restrictions sur les exportations de terres rares vers les États-Unis, invoquant des raisons environnementales mais alimentant les craintes d’une utilisation de ce levier comme outil de pression géopolitique. Une stratégie déjà observée avec les restrictions sur le gallium et le germanium, deux métaux essentiels pour les semi-conducteurs.

Dans ce contexte, les États-Unis accélèrent les partenariats avec des pays comme l’Australie, le Canada ou encore le Vietnam pour sécuriser leurs approvisionnements. En 2026, le département de la Défense a multiplié les annonces de financements pour des projets miniers, notamment en Europe et en Afrique, afin de diversifier ses sources et limiter les risques de rupture.

Et maintenant ?

La mise en service de la mine de Syerston, prévue d’ici 2028, dépendra des délais d’obtention des autorisations environnementales et des investissements complémentaires. Si le projet aboutit, l’Australie pourrait devenir le premier fournisseur occidental de scandium, réduisant la dépendance aux importations chinoises. Pour les États-Unis, l’enjeu sera ensuite de développer des capacités de raffinage locales, une étape souvent négligée dans les stratégies de diversification. Reste à voir si cette initiative suffira à combler le retard accumulé face à la Chine, qui conserve un avantage industriel majeur dans le traitement des terres rares.

Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’impact de ce partenariat sur le marché mondial du scandium. Si d’autres projets similaires voient le jour en Australie ou ailleurs, la donne pourrait changer rapidement, mais pour l’heure, Pékin conserve une longueur d’avance.

Le scandium est utilisé dans des alliages légers pour l’aéronautique et la défense, ainsi que dans les piles à combustible et certains équipements électroniques. Sa rareté et la dépendance à la Chine en font un métal stratégique, d’autant plus depuis que Pékin a restreint ses exportations en 2025.