Selon Le Monde, l’histoire littéraire hongroise a connu un tournant inattendu au début des années 2000 avec la publication de Harmonia Cælestis, une œuvre majeure de Péter Esterházy. Ce roman, salué comme un chef-d’œuvre, rendait alors hommage à son père, figure emblématique d’une dynastie illustre. Pourtant, cette célébration a rapidement laissé place à une révélation douloureuse, ébranlant non seulement la famille Esterházy, mais l’ensemble du pays.
Ce qu'il faut retenir
- Péter Esterházy publie Harmonia Cælestis en 2000, un roman célébrant son père, issu d’une famille aristocratique hongroise.
- Quelques années plus tard, il découvre que son père était un informateur de la police secrète du régime communiste hongrois.
- Esterházy réécrit alors son œuvre en une version « revue et corrigée », provoquant un séisme culturel et politique en Hongrie.
- Cette révélation a mis en lumière les compromissions de l’élite hongroise sous le régime communiste.
Une dynastie hongroise au cœur de la littérature
Péter Esterházy, né en 1950, appartient à l’une des familles les plus prestigieuses de Hongrie. Les Esterházy, aristocrates et mécènes, ont marqué l’histoire du pays depuis des siècles. Après des études de mathématiques et d’informatique, il se tourne vers l’écriture et publie en 2000 Harmonia Cælestis, un roman-fleuve en hommage à son père, Mátyás Esterházy. L’ouvrage est immédiatement salué comme un chef-d’œuvre de la littérature hongroise contemporaine, consolidant la réputation de son auteur comme l’un des écrivains majeurs du pays.
Le choc de la révélation historique
Quelques années après la publication de son roman, Péter Esterházy découvre un fait qui va bouleverser sa vision de son père et de l’histoire familiale. Selon les archives de la police secrète hongroise, Mátyás Esterházy avait collaboré avec le régime communiste en tant qu’informateur. Cette révélation, d’autant plus douloureuse qu’elle concernait une figure vénérée, a poussé l’écrivain à réagir de manière radicale. Plutôt que de laisser son œuvre initiale comme un hommage sans nuance, il a choisi de publier une version révisée, intitulée Harmonia Cælestis: Nouvelle Version, où il intègre cette vérité dérangeante.
Un séisme culturel et politique
La réécriture de Harmonia Cælestis n’a pas seulement ébranlé la famille Esterházy. En Hongrie, elle a déclenché un débat national sur la mémoire du régime communiste et les compromissions de l’élite. Le pays, encore marqué par les séquelles de la période stalinienne et de l’ère Kádár, a dû affronter une partie de son passé longtemps occultée. L’œuvre d’Esterházy est devenue un symbole de la confrontation avec l’histoire, montrant comment la littérature peut servir de miroir à une société en quête de vérité.
— Selon plusieurs critiques, cette réécriture a marqué un tournant dans la perception de la collaboration sous le régime communiste. Certains y ont vu une forme de réhabilitation de la mémoire, tandis que d’autres ont critiqué l’approche jugée trop personnelle d’un événement historique collectif.
Cette histoire rappelle aussi que la littérature, loin d’être un simple divertissement, peut être un outil puissant pour interroger le passé et ses zones d’ombre. En Hongrie comme ailleurs, les écrivains continuent de jouer ce rôle, parfois au prix de confrontations personnelles douloureuses.