Plus de quarante syndicats et organisations agricoles venues de toute l’Europe ont manifesté ce mardi 16 juin devant le Parlement européen à Strasbourg, à la veille d’un vote décisif des eurodéputés sur une proposition visant à libéraliser la culture de certaines plantes génétiquement modifiées.

Selon Franceinfo - Sciences, cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de tension autour d’un texte législatif qui entend assouplir la réglementation européenne sur les nouvelles techniques génomiques (NGT). Ces méthodes permettent de modifier le génome des végétaux sans y intégrer d’ADN étranger, contrairement aux OGM de première génération, déjà encadrés par la législation en vigueur.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 40 syndicats et organisations agricoles ont manifesté ce 16 juin devant le Parlement européen à Strasbourg.
  • Le vote prévu mercredi 17 juin portera sur l’autorisation de cultiver certaines plantes issues de nouvelles techniques génomiques (NGT).
  • Ces techniques permettent d’améliorer la résistance des plantes à la sécheresse ou à l’humidité, sans ajout d’ADN étranger.
  • L’Anses et le CNRS appellent à la prudence, évoquant des risques sanitaires et environnementaux insuffisamment évalués.

Un texte controversé pour adapter l’agriculture au changement climatique

La proposition législative en discussion vise à faciliter le développement et la commercialisation de plantes issues de NGT en Europe. Parmi les arguments avancés par ses partisans, on retrouve notamment la possibilité de créer des variétés plus résistantes aux aléas climatiques, un enjeu crucial pour le secteur agricole confronté au dérèglement climatique.

Ces nouvelles techniques permettraient, par exemple, de développer des céréales capables de mieux supporter les périodes de sécheresse ou des légumes moins sensibles aux excès d’humidité. « L’objectif est de sécuriser les rendements et de répondre aux défis environnementaux », a souligné un représentant du lobby pro-NGT cité par Franceinfo.

Des craintes majeures sur les risques sanitaires et environnementaux

Pourtant, cette libéralisation suscite une forte opposition, notamment de la part de scientifiques et d’organisations non gouvernementales. Philippe Grandcolas, écologue et directeur adjoint scientifique de l’Institut Écologie et environnement du CNRS, met en garde contre une adoption trop rapide de ces technologies. « On va mettre en plein champ et, in fine, dans l’alimentation humaine, des plantes dont on n’aura pas étudié suffisamment les caractéristiques », a-t-il déclaré à Franceinfo.

Cette position est partagée par l’Anses, qui a publié en 2024 un avis recommandant une évaluation « au cas par cas » des risques sanitaires et environnementaux avant toute mise sur le marché. « Les données disponibles ne permettent pas d’écarter totalement des effets imprévus sur la santé ou les écosystèmes », a précisé l’agence dans son rapport.

Les manifestants dénoncent une menace pour l’agriculture traditionnelle

Les syndicats agricoles mobilisés ce mardi à Strasbourg craignent que l’autorisation des NGT ne conduise à une standardisation des cultures et à une dépendance accrue envers les multinationales du secteur biotechnologique. « Ces techniques risquent de marginaliser les petits producteurs et de remettre en cause les principes de l’agriculture durable », a affirmé un porte-parole de la Confédération paysanne, l’un des organisateurs de la manifestation.

Parmi les organisations signataires de l’appel à la mobilisation figurent également des représentants de l’agriculture biologique, qui voient dans ce texte une remise en cause de leurs pratiques et de leurs labels. « L’introduction massive de plantes modifiées, même via des techniques dites ‘précises’, pourrait contaminer les filières bio et altérer la confiance des consommateurs », a souligné un représentant de l’association Nature & Progrès.

Et maintenant ?

Le vote des eurodéputés, prévu ce mercredi 17 juin en séance plénière, pourrait sceller l’avenir des NGT en Europe. Si le texte est adopté, les États membres disposeront d’un délai de deux ans pour transposer la nouvelle réglementation dans leur droit national. Dans le cas contraire, la Commission européenne pourrait proposer une version amendée, intégrant davantage de garanties sanitaires et environnementales.

Quelle que soit l’issue du vote, le débat sur l’équilibre entre innovation agricole et protection des écosystèmes devrait s’intensifier dans les mois à venir, notamment lors des négociations sur la future Politique agricole commune (PAC).

Reste à voir comment les États membres, divisés sur cette question, parviendront à concilier les impératifs économiques et les exigences de précaution.

Les nouvelles techniques génomiques (NGT) permettent de modifier le génome d’une plante sans y introduire d’ADN étranger, contrairement aux OGM de première génération. L’objectif est d’obtenir des variétés plus résistantes aux aléas climatiques, sans recourir à des transferts de gènes entre espèces différentes.

Les opposants craignent des effets imprévus sur la santé humaine et les écosystèmes, ainsi qu’une contamination des filières agricoles traditionnelles et bio. L’Anses et le CNRS soulignent notamment l’insuffisance des études disponibles pour écarter tout risque.