Chaque année depuis douze ans, un duo improbable survole la baie du Mont-Saint-Michel pour un objectif bien précis : compter les phoques. Dimitri Letourniant, pilote d’ULM expérimenté, et Audrey Hemon, biologiste marine, mènent cette mission aérienne qui participe activement à la préservation de l’espèce dans un écosystème fragile. Comme le rapporte Ouest France, cette opération s’inscrit dans le cadre d’un suivi scientifique régulier, essentiel pour évaluer l’évolution des populations de phoques veaux-marins et gris dans ce site naturel classé.

Ce qu'il faut retenir

  • Une mission aérienne menée depuis 2014 par Dimitri Letourniant et Audrey Hemon
  • Recensement des populations de phoques veaux-marins et gris en baie du Mont-Saint-Michel
  • Participation à un programme européen de suivi des mammifères marins
  • Une méthode de comptage validée scientifiquement pour son efficacité
  • Les données collectées alimentent les rapports de l’Union européenne

Un duo pilote-scientifique pour un suivi méthodique

Leur collaboration repose sur une complémentarité rare : Dimitri Letourniant, qui maîtrise le pilotage d’ULM depuis plus de quinze ans, apporte sa connaissance du ciel normand, tandis qu’Audrey Hemon, spécialiste des mammifères marins, supervise la collecte des données. Ensemble, ils couvrent systématiquement les zones de repos et de reproduction des phoques, entre les grèves de l’estran et les îlots accessibles à marée basse. « Cette méthode permet d’obtenir des chiffres fiables, sans perturber les animaux », explique Audrey Hemon. La baie du Mont-Saint-Michel, avec ses marées parmi les plus fortes d’Europe, représente un terrain de jeu complexe mais idéal pour ce type d’observation.

Leur travail s’effectue en étroite collaboration avec les autorités locales et les associations de protection de la nature. « Les données que nous remontons sont intégrées aux rapports nationaux, puis transmis à Bruxelles », précise Audrey Hemon. Depuis 2014, leur mission s’est imposée comme une référence pour le suivi des populations de phoques en Normandie, au point d’être citée en exemple par les instances européennes.

Une méthode validée pour un enjeu de conservation

Recenser les phoques depuis les airs présente plusieurs avantages. D’abord, cela permet de couvrir de vastes zones en peu de temps, notamment lors des grandes marées. Ensuite, cette technique limite les risques de dérangement pour les animaux, contrairement aux méthodes terrestres qui peuvent stresser les colonies. Les comptages aériens sont ainsi reconnus par l’Office français de la biodiversité (OFB) comme l’une des méthodes les plus fiables pour suivre ces populations.

Les résultats obtenus chaque année sont ensuite comparés aux données historiques pour évaluer l’évolution des effectifs. « On observe une stabilité globale des populations de phoques veaux-marins, mais une légère progression des phoques gris, dont l’aire de répartition s’étend vers le nord », indique Audrey Hemon. Ces informations sont cruciales pour adapter les mesures de protection et gérer les conflits d’usage dans la baie, où cohabitent pêche, tourisme et conservation.

Un engagement qui dépasse le simple comptage

Au-delà du recensement, Dimitri et Audrey participent à des actions de sensibilisation auprès du grand public. « Beaucoup de gens ne savent même pas que des phoques vivent ici, à quelques kilomètres seulement de Mont-Saint-Michel », souligne Dimitri Letourniant. Pour pallier ce manque d’information, ils organisent parfois des survols commentés avec des élus locaux et des associations, afin de montrer l’importance de ces animaux dans l’écosystème. « Un phoque, c’est un indicateur de la qualité des eaux et de la richesse des fonds marins », rappelle Audrey Hemon.

Leur mission s’inscrit aussi dans une dynamique européenne. Les données collectées en Normandie sont croisées avec celles d’autres régions, comme la Bretagne ou les Pays-Bas, pour dresser un tableau global de l’état des populations. « Nos chiffres sont utilisés pour justifier des zones de protection renforcée, notamment dans le cadre de la directive Habitats de l’UE », ajoute-t-elle. Une preuve que leur travail, bien que discret, a un impact concret sur les politiques environnementales.

Et maintenant ?

La prochaine campagne de recensement est prévue à l’automne 2026, à une période où les phoques sont particulièrement visibles lors des grandes marées. Les résultats devraient être transmis aux autorités européennes d’ici début 2027, comme chaque année. À plus long terme, Dimitri et Audrey espèrent que leur méthode inspirera d’autres régions françaises, notamment en Méditerranée où les données manquent cruellement. Leur objectif : contribuer à une meilleure connaissance des mammifères marins pour mieux les protéger.

Cette mission rappelle que la protection de la biodiversité passe souvent par des actions de terrain, aussi modestes soient-elles. Dans une baie où chaque mètre carré est scruté, compter les phoques n’est pas qu’un exercice technique — c’est un acte de préservation d’un patrimoine naturel commun.