D’après Le Monde, la tendance aux nationalisations d’entreprises stratégiques s’accentue dans le monde, portée par l’aggravation des tensions géopolitiques autour de l’accès aux matières premières et la montée en puissance de la concurrence chinoise. Autant dire que cette dynamique, déjà observable ces dernières années, prend une nouvelle ampleur en 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Les nationalisations visent principalement des secteurs jugés essentiels à la souveraineté économique des États.
- Les tensions géopolitiques sur les approvisionnements en matières premières accélèrent cette tendance.
- La concurrence chinoise, perçue comme une menace pour l’indépendance industrielle, joue un rôle clé dans cette stratégie.
- Cette politique s’inscrit dans un contexte où les États cherchent à reprendre le contrôle d’entreprises stratégiques.
Une stratégie motivée par l’accès aux ressources critiques
Depuis plusieurs années, les États multiplient les mesures pour sécuriser leur approvisionnement en minerais rares, métaux stratégiques ou énergies fossiles. D’après les experts cités par Le Monde, les nationalisations répondent à un impératif : réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales, souvent jugées trop vulnérables. « On ne peut plus se permettre de laisser des pans entiers de notre économie entre les mains d’acteurs étrangers », a déclaré un haut fonctionnaire européen, sous couvert d’anonymat.
Cette approche a été renforcée par la crise sanitaire de 2020-2022, qui a révélé les faiblesses des chaînes de valeur mondiales. En 2026, cette logique s’étend désormais à des secteurs comme l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou encore les énergies renouvelables, où la maîtrise technologique devient un enjeu de puissance.
La Chine, un acteur clé dans cette dynamique
La montée en puissance de la Chine dans l’industrie mondiale est un facteur déterminant. Pékin utilise depuis longtemps les nationalisations et les subventions d’État pour soutenir ses champions nationaux, notamment dans les secteurs des technologies vertes et des infrastructures critiques. « La Chine a montré qu’une stratégie industrielle agressive pouvait transformer une économie en quelques décennies », a souligné un économiste du CEPII, interrogé par Le Monde.
Face à cette concurrence, les pays occidentaux et leurs alliés multiplient les contre-mesures. Aux États-Unis, le *Inflation Reduction Act* de 2022 a ouvert la voie à des subventions massives pour relocaliser la production de batteries ou de panneaux solaires. En Europe, la Commission européenne a adopté en 2025 un *Pacte pour la souveraineté industrielle*, qui prévoit notamment des clauses de réciprocité dans les investissements étrangers.
Bref, la Chine sert d’accélérateur à cette tendance : ses pratiques commerciales et industrielles poussent les autres puissances à adopter des mesures similaires pour ne pas se retrouver en position de faiblesse.
Des nationalisations ciblées, mais aux conséquences variées
Les nationalisations récentes ne concernent pas uniquement des secteurs traditionnels comme l’énergie ou les transports. En 2025, l’Allemagne a pris le contrôle de 24 % du capital de l’équipementier automobile *Schaeffler*, jugé stratégique pour la transition électrique. En France, l’État détient désormais 100 % de l’opérateur historique *Orange*, après avoir racheté les parts restantes du fonds *CDPQ* en janvier 2026. Le Monde note que ces opérations s’accompagnent souvent de promesses de relocalisation ou de modernisation, mais leurs effets concrets sur l’emploi ou l’innovation restent à évaluer.
Certains économistes, comme ceux de l’OFCE, mettent en garde contre les risques de ces politiques. « Une nationalisation mal maîtrisée peut conduire à des surcoûts pour les contribuables ou à des distorsions de concurrence », a rappelé un chercheur. D’autres, à l’inverse, soulignent que ces mesures sont parfois le seul moyen de contrer des pratiques déloyales, comme les subventions massives accordées par Pékin à ses entreprises.
Cette course à la souveraineté économique n’en est qu’à ses débuts. Entre relocalisations, subventions et nationalisations, les États redessinent le paysage industriel mondial – mais à quel prix pour les consommateurs et les entreprises ?
D'après Le Monde, les secteurs les plus touchés sont ceux liés à la transition énergétique (batteries, panneaux solaires), les semi-conducteurs, les matières premières critiques (terres rares, lithium) et les infrastructures numériques (réseaux 5G, cloud). Les États ciblent également les entreprises stratégiques dans les domaines de la défense, de la santé et des technologies de pointe.