Un vaste cimetière de baleines, considéré comme le plus important jamais découvert, a été identifié au fond de l'océan Indien, à l’ouest de l’Australie. Selon Franceinfo – Sciences, cette découverte, publiée le 10 juin 2026 dans la revue Nature, révèle une zone de 1 200 km de long abritant près de 10 millions de squelettes de cétacés. Les fossiles, pour certains vieux de 5,5 millions d’années, offrent aux scientifiques une fenêtre exceptionnelle sur l’évolution des baleines et le fonctionnement des écosystèmes abyssaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Une zone de 1 200 km² située à l’ouest de l’Australie, entre 3 000 et 7 000 mètres de profondeur, recèle près de 10 millions de squelettes de baleines.
  • Les fossiles datent de 5,5 millions d’années pour les plus anciens, offrant un aperçu unique de l’évolution des cétacés.
  • Une nouvelle espèce de baleine, baptisée Pterocetus diamantinae, a été identifiée parmi ces restes.
  • Ces ossements forment un écosystème abyssal unique, abritant des organismes vivants encore inconnus, dont certains pourraient inspirer des innovations biotechnologiques.
  • Les scientifiques chinois à l’origine de la découverte évoquent une concentration de 760 squelettes par km², un record absolu.

Une découverte « stupéfiante » pour les chercheurs

À bord d’un petit submersible, une équipe de scientifiques chinois a exploré les fonds marins au sud-est de l’océan Indien. Leur objectif initial ? Étudier les ressources alimentaires disponibles dans ces eaux profondes. Ce qu’ils ont découvert les a « stupéfiés » : une concentration inédite de squelettes de baleines, s’étendant sur une superficie équivalente à celle de l’Angleterre. « Nous nous attendions à trouver quelques fossiles, mais pas une telle densité », a déclaré Li Wei, chercheur à l’Académie chinoise des sciences marines, cité par Franceinfo – Sciences.

Les fossiles, répartis sur près de 500 sites distincts, couvrent une période géologique s’étendant de 5,5 millions d’années à quelques centaines de milliers d’années. Leur état de conservation exceptionnel suggère qu’ils ont été rapidement enfouis sous les sédiments, limitant leur exposition aux prédateurs et aux courants marins.

Une nouvelle espèce et un écosystème à explorer

Parmi ces milliers de squelettes, les chercheurs ont identifié une espèce jusqu’alors inconnue, qu’ils ont nommée Pterocetus diamantinae. Cette baleine primitive, dont les restes mesurent près de dix mètres de long, présente des caractéristiques anatomiques inédites, notamment des vertèbres adaptées à une nage rapide. « Ces fossiles nous permettent de mieux comprendre comment les baleines ont évolué vers les géants que nous connaissons aujourd’hui », a précisé Li Wei.

Mais la découverte dépasse le cadre paléontologique. Les ossements, en se décomposant, ont formé un écosystème abyssal unique. Des méduses, des vers et des crustacés se nourrissent directement des cadavres, créant une chaîne alimentaire spécifique. Les scientifiques ont également identifié des organismes vivants inconnus, dont l’étude pourrait ouvrir des pistes pour des applications biotechnologiques. « Certains de ces micro-organismes produisent des enzymes capables de dégrader la kératine, une protéine présente dans les cheveux et les ongles. Cela pourrait inspirer des méthodes innovantes pour recycler des matières végétales en nylon », explique le Dr. Zhang Ming, spécialiste des écosystèmes profonds.

Un phénomène naturel ou le signe d’une extinction massive ?

La concentration exceptionnelle de squelettes interroge les scientifiques. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer un tel rassemblement. Certains évoquent une zone de nourrissage privilégiée, où les baleines se rassemblaient en grand nombre avant de mourir naturellement. D’autres penchent pour une catastrophe écologique, comme une prolifération de toxines ou une modification brutale des courants marins.

« Ces fossiles racontent une histoire complexe », souligne le Pr. Sophie Martin, paléontologue à l’Université de Sydney, qui n’a pas participé à l’étude. « Leur répartition suggère qu’ils ont été déposés sur une période prolongée, plutôt que lors d’un événement unique. Cela pourrait indiquer une adaptation progressive des baleines à leur environnement. »

Et maintenant ?

Les chercheurs chinois prévoient d’approfondir leurs analyses en prélevant des échantillons supplémentaires lors d’une nouvelle expédition prévue pour septembre 2026. L’objectif ? Identifier d’autres espèces inconnues et étudier plus en détail les mécanismes biologiques à l’œuvre dans cet écosystème. Par ailleurs, une collaboration internationale a été lancée pour cartographier d’autres zones similaires dans l’océan Indien, où des concentrations de fossiles pourraient encore attendre d’être découvertes.

Cette découverte rappelle l’importance des fonds marins dans la compréhension de l’histoire de la Terre. « Les abysses restent l’un des derniers territoires inexplorés de notre planète », rappelle Franceinfo – Sciences. « Chaque expédition nous réserve son lot de surprises, et celle-ci en est la preuve éclatante. »