Selon Le Figaro, la transformation du site de Mirapolis, ancien parc à thème français situé à Cergy-Pontoise, en un parc dédié à l’univers de « Dragon Ball » financé par l’Arabie saoudite marque un tournant symbolique. Quarante ans après l’échec du projet initial, conçu comme une déclinaison française des parcs Disney, le géant Gargantua – emblème de Mirapolis – cédera la place à des attractions inspirées du manga japonais. Nicolas de Villiers, figure du paysage culturel français, y voit bien plus qu’un simple changement de thème : une renonciation à un héritage national au profit d’une logique économique et touristique.

Ce qu'il faut retenir

  • En 1987, Mirapolis ouvre ses portes à Cergy-Pontoise avec l’ambition de créer un « Disney à la française » inspiré des contes et légendes nationales.
  • Le parc, marqué par une gestion technique plutôt que créative, ferme prématurément, faute de fréquentation suffisante.
  • Un projet de parc saoudien dédié à « Dragon Ball », financé par des fonds du Golfe, est annoncé pour remplacer l’ancien site.
  • Nicolas de Villiers critique cette décision, y voyant l’abandon d’un « récit français » au profit d’un modèle culturel étranger.
  • L’auteur souligne que cette transformation illustre une perte d’influence de la France dans la bataille mondiale des imaginaires au XXIe siècle.

Mirapolis, un rêve français éphémère

Inauguré en 1987, Mirapolis avait pour ambition de concurrencer les parcs américains en misant sur une identité culturelle française. Avec ses 35 mètres de haut, le géant Gargantua, sculpture emblématique du site, accueillait les visiteurs dans un décor inspiré des contes et des légendes nationales. Pourtant, malgré cette originalité affichée, le projet a rapidement montré ses limites. Conçu par des experts en gestion plutôt que par des artistes, le parc a peiné à séduire un public familial, bien loin de l’expérience immersive promise.

Dépourvu de cette touche créative qui fait la force des grands parcs internationaux, Mirapolis a fermé ses portes après seulement quelques années d’exploitation. Aujourd’hui, les ruines de ce qui fut un temps présenté comme une fierté culturelle française sont toujours visibles à Cergy-Pontoise. Mais ce qui devait être un échec devient, selon Nicolas de Villiers, le symbole d’un renoncement plus large.

Dragon Ball à la place de Rabelais : la victoire d’un imaginaire étranger

Selon l’auteur de la tribune publiée par Le Figaro, la décision d’installer un parc saoudien dédié à « Dragon Ball » sur l’emplacement de Mirapolis n’est pas anodine. Pour lui, ce choix reflète une perte de confiance dans les récits nationaux au profit d’une logique purement économique et touristique. « La Renaissance s’incline devant un enfant à queue de singe », écrit-il, soulignant le contraste entre l’héritage culturel français et l’attrait grandissant pour les produits culturels étrangers, notamment japonais.

Le financement saoudien, bien que porteur de promesses en termes d’emplois et de fréquentation, ne représente pas un investissement dans une culture française, mais dans un produit déjà formaté pour le marché mondial. Pour Nicolas de Villiers, cela pose une question plus profonde : celle de la bataille des imaginaires. Alors que les États-Unis dominaient autrefois le paysage culturel mondial avec leur « soft power », la France, elle, semble avoir abandonné sa propre narration au profit d’emprunts extérieurs.

Une bataille culturelle mondiale en jeu

Cette transformation de Mirapolis illustre un phénomène plus large : la montée en puissance d’autres acteurs dans la production et la diffusion des récits culturels. Les mangas japonais, les séries coréennes ou les productions américaines dominent désormais les écrans et les parcs à thème, reléguant au second plan les œuvres locales. Nicolas de Villiers y voit un signe inquiétant pour l’influence culturelle française, qui peine à rivaliser avec ces nouveaux géants.

Pourtant, rappelle-t-il, la France dispose d’un héritage inégalé : des contes de Perrault aux romans de Rabelais, en passant par les légendes arthuriennes, son patrimoine culturel est riche et diversifié. Mais comment transmettre ces récits quand les décideurs politiques et économiques privilégient des modèles étrangers ? La question reste ouverte, alors que les projets culturels locaux peinent à trouver des financements publics suffisants.

Et maintenant ?

Le projet du parc saoudien sur le thème de « Dragon Ball » devrait voir le jour d’ici 2027, selon les annonces des autorités locales. Pour Nicolas de Villiers, cette échéance devrait être l’occasion de réfléchir à une stratégie culturelle plus ambitieuse, capable de redonner à la France une place centrale dans le paysage des loisirs et de la création. Reste à savoir si les pouvoirs publics, confrontés à d’autres priorités, saisiront cette opportunité pour réinvestir dans un récit national fort.

Quoi qu’il en soit, Mirapolis, jadis symbole d’un rêve culturel français, laisse place à une nouvelle ère où les imaginaires locaux doivent désormais cohabiter avec des modèles globaux, souvent mieux financés et plus attractifs. La bataille pour la préservation des récits nationaux n’est pas encore perdue, mais elle se joue désormais sur un terrain où la France n’est plus seule en lice.

Mirapolis avait pour ambition de créer un « Disney à la française », en s’inspirant des contes et légendes nationaux pour offrir une expérience familiale inédite. Le parc misait sur une identité culturelle française, avec des décors et des attractions conçus pour mettre en valeur ce patrimoine.

Nicolas de Villiers y voit une renonciation à un héritage culturel français au profit d’un modèle économique et touristique étranger. Selon lui, ce choix illustre la perte d’influence de la France dans la bataille mondiale des imaginaires, où les récits locaux sont remplacés par des produits déjà formatés pour le marché mondial.