Une femme de 53 ans a été hospitalisée en Chine pour des saignements vaginaux persistants et des pertes malodorantes, symptômes qui l’avaient poussée à consulter à plusieurs reprises depuis un an. À l’occasion de son dernier passage aux urgences, à l’hôpital de Suzhou, les médecins ont découvert la cause de ses troubles : treize objets étrangers, introduits progressivement sur plus de vingt ans, étaient logés dans son vagin et son utérus. Ce cas clinique, détaillé dans la revue Journal of Women’s Health, illustre les défis posés par les corps étrangers vaginaux, en particulier chez des patientes présentant des troubles psychiatriques.
Ce qu'il faut retenir
- Une femme de 53 ans, ménopausée depuis deux ans, a été admise pour des saignements vaginaux et des pertes malodorantes.
- Les examens ont révélé la présence de treize objets étrangers (flacons, sachets, boutons, etc.) dans son vagin et son utérus.
- Ces objets, introduits sur plus de 20 ans, ont provoqué une inflammation et des infections, nécessitant leur extraction sous hystéroscopie.
- La patiente souffre de troubles psychiatriques (bipolarité et autisme) et n’a jamais eu de rapports sexuels.
- Elle a refusé tout examen complémentaire un mois avant l’intervention, avant que ses symptômes ne s’aggravent.
Une histoire médicale complexe révélée aux urgences
Les saignements vaginaux et les pertes malodorantes de la patiente s’étaient manifestés par intermittence depuis un an, chaque épisode durant quelques jours avant de disparaître spontanément. Malgré ces alertes répétées, la femme n’avait pas jugé nécessaire de consulter plus tôt, selon les éléments rapportés par Futura Sciences. Ce n’est qu’à l’occasion de son admission aux urgences de l’hôpital de Suzhou, en Chine, que les médecins ont pu établir un diagnostic précis.
Lors de l’échographie pelvienne, réalisée dans un premier temps, les praticiens ont constaté que l’utérus de la patiente présentait un volume anormalement élevé. Les clichés ont également révélé la présence d’objets dans la cavité utérine, confirmant les soupçons nés d’un scanner abdomino-pelvien effectué un mois plus tôt. Ce dernier avait déjà émis l’hypothèse de corps étrangers, mais la patiente avait refusé toute exploration complémentaire, y compris un examen vaginal sous anesthésie générale.
Des objets introduits pendant plus de deux décennies
Les médecins ont finalement procédé à une hystéroscopie, un examen permettant de visualiser l’intérieur de l’utérus et du vagin. C’est alors qu’ils ont découvert, stupéfaits, la présence de treize objets étrangers de tailles et de matières variées. Parmi eux figuraient cinq flacons en porcelaine, un flacon en plastique vert, deux sachets de bonbons en plastique vides, deux flacons en plastique jaune, un bouton en plastique, un bouchon rigide et un petit flacon en verre en forme de pyramide. Ces objets, introduits un à un sur une période de plus de vingt ans, avaient fini par causer des lésions inflammatoires et des polypes.
La patiente a confié aux médecins avoir commencé à insérer ces objets dans son vagin dès l’âge de 30 ans. Ce comportement, lié à ses troubles psychiatriques (un trouble bipolaire et un trouble du spectre autistique), s’inscrit dans un contexte de difficultés de gestion des impulsions. Elle n’a, par ailleurs, jamais eu de rapports sexuels, un élément qui a contribué à retarder la découverte de ces corps étrangers.
Un traitement antibiotique et une extraction minutieuse
Après l’extraction des objets, les médecins ont administré un traitement antibiotique à la patiente, celle-ci présentant des signes d’infection. L’examen clinique a révélé une inflammation marquée de la muqueuse vaginale, ainsi que plusieurs polypes, conséquences directes de la présence prolongée des objets. Heureusement, aucune complication grave n’a été signalée, et la patiente a pu quitter l’hôpital dès le lendemain de l’intervention.
Ce cas clinique, bien que rare, n’est pas isolé. Des situations similaires de rétention d’objets vaginaux ont déjà été documentées dans la littérature médicale. Cependant, celui-ci se distingue par le nombre exceptionnel d’objets retrouvés — treize au total — et par la durée exceptionnellement longue de leur présence, soit plus de vingt ans. Selon les auteurs de l’étude, publiée dans le Journal of Women’s Health, cette découverte soulève des questions sur la prise en charge des patients présentant des troubles psychiatriques et des comportements d’automutilation ou d’introduction de corps étrangers.
Un enjeu de diagnostic et de prise en charge
Ce cas illustre les défis auxquels sont confrontés les professionnels de santé face à des symptômes gynécologiques atypiques, surtout lorsqu’ils s’accompagnent de troubles psychiatriques. Les médecins soulignent l’importance d’une approche globale, combinant soins somatiques et prise en charge psychiatrique, pour éviter que de tels cas ne passent inaperçus pendant des années. Les corps étrangers vaginaux, bien que souvent associés à des contextes d’abus ou de négligence, peuvent aussi être liés à des troubles du comportement ou à des troubles de la personnalité, comme en témoigne cette patiente.
Futura Sciences rappelle que ces situations nécessitent une prise en charge rapide et adaptée, afin de prévenir les complications infectieuses ou mécaniques. Dans ce cas précis, l’intervention a permis d’éviter des séquelles plus graves, même si les traces laissées par les objets dans les tissus vaginaux resteront probablement permanentes.
Un phénomène déjà observé, mais rarement à cette échelle
Les corps étrangers vaginaux sont un phénomène médical connu, souvent documenté dans des contextes de négligence, d’abus ou de troubles psychiatriques. En 2021, une étude publiée dans le Journal of Forensic and Legal Medicine avait déjà rapporté le cas d’une femme ayant introduit des objets dans son vagin pendant plus de dix ans, mais le nombre d’objets retrouvés n’avait pas dépassé la dizaine. D’autres cas concernaient des objets de nature diverse, allant de fragments de verre à des bouchons de bouteille.
Cependant, le cas de la patiente chinoise se distingue par la diversité des objets extraits et leur nombre inhabituel. Les auteurs de l’étude estiment que ce cas pourrait servir de référence pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à ce type de comportement, ainsi que pour améliorer les protocoles de prise en charge. Ils soulignent également l’importance d’une collaboration étroite entre gynécologues, psychiatres et médecins généralistes pour éviter que de tels cas ne passent entre les mailles du filet.
La présence prolongée d’objets dans le vagin peut entraîner des complications infectieuses (infections locales ou généralisées), des lésions inflammatoires, des saignements persistants, la formation de polypes ou de fistules, et, dans les cas extrêmes, une perforation utérine. Ces risques justifient une extraction rapide et une prise en charge antibiotique préventive, comme cela a été le cas pour cette patiente.