Et si la clé pour lutter contre la maladie d’Alzheimer ne se trouvait pas dans le cerveau, mais dans les muscles ? Une étude publiée en 2025 dans la revue Aging Cell, relayée par Futura Sciences le 8 juin 2026, bouleverse les certitudes sur cette pathologie neurodégénérative. Les chercheurs brésiliens à l’origine de ces travaux montrent que les muscles squelettiques pourraient envoyer au cerveau des signaux protecteurs capables de ralentir, voire de prévenir, le déclin cognitif.
Ce qu'il faut retenir
- Les muscles squelettiques produisent une protéine, la cathepsine B, qui agit comme un messager protecteur pour le cerveau.
- Une étude sur des souris modélisant Alzheimer révèle qu’une sur-expression de cette protéine dans les muscles améliore la mémoire et la neurogenèse, sans éliminer les marqueurs classiques de la maladie.
- L’activité physique régulière stimule naturellement la production de cathepsine B, offrant une piste thérapeutique accessible.
- Une surexpression artificielle de la cathepsine B chez des souris saines a provoqué des troubles de la mémoire, soulignant la nécessité d’un contexte de fragilité neurologique pour que cette protéine soit bénéfique.
Une découverte qui inverse la perspective sur Alzheimer
Depuis des décennies, la recherche sur Alzheimer se concentre quasi exclusivement sur le cerveau : plaques amyloïdes, inflammation neuronale, dégénérescence des synapses. Pourtant, cette nouvelle étude, menée par une équipe brésilienne et publiée dans Aging Cell, propose une approche radicalement différente. Selon Futura Sciences, les scientifiques ont démontré que les muscles, lorsqu’ils sont sollicités, libèrent des molécules appelées myokines, capables de voyager jusqu’au cerveau et d’y exercer des effets protecteurs.
Parmi ces myokines, la cathepsine B retient particulièrement l’attention. Son taux sanguin augmente après un effort physique, et des travaux antérieurs avaient déjà établi un lien entre cette protéine et de meilleures performances mnésiques, chez l’humain comme chez l’animal. Concrètement, elle favorise la neurogenèse hippocampique — la création de nouveaux neurones dans la zone clé de la mémoire — et la plasticité synaptique, c’est-à-dire la capacité des connexions neuronales à se renforcer et à s’adapter.
Une expérience concluante sur des souris prédisposées à Alzheimer
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont introduit un vecteur viral ciblant spécifiquement les muscles de souris génétiquement prédisposées à développer des caractéristiques d’Alzheimer. Leur objectif : sur-exprimer la cathepsine B dans ce tissu uniquement. Six mois plus tard, les résultats étaient frappants. Les souris traitées conservaient une mémoire spatiale stable et affichaient des capacités d’apprentissage proches de celles d’animaux sains. L’analyse cérébrale révélait une neurogenèse restaurée dans l’hippocampe, une région normalement très touchée par la maladie.
Mais le plus surprenant résidait ailleurs : le traitement n’avait pas éliminé les marqueurs classiques d’Alzheimer. Les dépôts amyloïdes et l’inflammation cérébrale restaient présents. Pourtant, la mémoire s’était améliorée. Comme l’explique l’équipe de chercheurs auprès de Futura Sciences : « La cathepsine B ne guérit pas la maladie au sens classique. Elle semble renforcer la résilience du cerveau, sa capacité à fonctionner malgré les lésions. »
Un effet protecteur qui dépend du contexte
Autre observation notable : chez des souris saines, accroître artificiellement la cathepsine B a provoqué des troubles de la mémoire. Ce n’est donc pas un stimulant universel. Son effet protecteur s’exprime dans un contexte de fragilité neurologique, et non en dehors. « Cela souligne l’importance de cibler les myokines musculaires dans un cadre thérapeutique précis », précise l’un des auteurs de l’étude, cité par Futura Sciences.
Cette découverte ouvre trois pistes concrètes pour la suite. D’abord, mieux documenter le rôle de l’activité physique régulière comme levier de production naturelle de cathepsine B. Ensuite, développer des thérapies ciblant les myokines musculaires plutôt que les seules lésions cérébrales. Enfin, exploiter les mécanismes de résilience cérébrale pour contourner, plutôt qu’éliminer, les marqueurs de la maladie.
Une piste thérapeutique accessible dès aujourd’hui
Si une chose est actionnable dès maintenant, c’est l’exercice physique. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande 150 minutes d’activité modérée par semaine, un seuil accessible et soutenu par des données solides sur la santé cognitive. « Stimuler la production naturelle de cathepsine B par le muscle est une stratégie simple, peu coûteuse et sans effet indésirable connu », rappelle Futura Sciences.
Cette approche rejoint d’autres pistes émergentes dans la lutte contre Alzheimer, comme l’utilisation de compléments alimentaires ou de vibrations mécaniques. Cependant, les chercheurs insistent sur la nécessité de poursuivre les investigations pour comprendre pleinement les mécanismes en jeu et valider ces résultats chez l’humain.
Cette découverte rappelle que le corps humain fonctionne comme un écosystème. Alzheimer, longtemps considéré comme une maladie isolée du cerveau, pourrait bien trouver une partie de sa solution dans un organe aussi banal que le muscle. Une piste qui, si elle se confirme, offrirait une approche préventive et thérapeutique complémentaire aux stratégies actuelles.
La cathepsine B est une protéine libérée par les muscles lors de l’effort physique. Elle agit comme un messager chimique (myokine) qui voyage dans le sang jusqu’au cerveau. Une fois sur place, elle favorise la neurogenèse dans l’hippocampe — la création de nouveaux neurones — et renforce la plasticité synaptique, c’est-à-dire la capacité des connexions neuronales à s’adapter et à se renforcer. Ces deux processus sont cruciaux pour maintenir les fonctions cognitives, notamment la mémoire.