Les vagues de chaleur liées au réchauffement climatique ne touchent pas uniformément la population française. Selon Futura Sciences, les femmes et les habitants des territoires défavorisés sont particulièrement vulnérables aux complications cardiovasculaires engendrées par les épisodes de canicule. Un rapport publié le 18 juin 2026 par Oxfam France met en lumière cette « double peine climatique » qui aggrave les inégalités sociales et de genre face aux effets du dérèglement climatique.
Ce qu'il faut retenir
- En France, les fortes chaleurs entraînent environ 5 398 décès par an, selon Oxfam.
- Les femmes hospitalisées pour un AVC présentent un risque de décès 65 % plus élevé que les hommes.
- Leur prise en charge en cas d’infarctus est retardée de 30 minutes en moyenne, doublant leur risque de mortalité.
- La mortalité liée à la chaleur est 31 % plus élevée dans les dix départements les plus pauvres que dans les dix plus riches.
- Les quartiers urbains les plus favorisés bénéficient d’un risque de surexposition aux canicules dix fois inférieur grâce à une meilleure isolation des logements et à un accès facilité à des espaces rafraîchis.
Un impact cardiovasculaire amplifié par la chaleur
Les épisodes de canicules et de nuits tropicales ne se contentent pas de perturber le confort quotidien. Selon Futura Sciences, ils constituent un facteur de risque avéré pour de nombreuses pathologies, notamment les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les infarctus du myocarde et les insuffisances rénales aiguës. Une méta-analyse publiée en 2022 dans The Lancet a démontré qu’une augmentation de 1 °C de la température moyenne était associée à une hausse de 2,1 % de la mortalité cardiovasculaire. Les AVC figurent parmi les événements les plus sensibles à ces conditions extrêmes.
Les conséquences de ces épisodes de chaleur ne se répartissent toutefois pas de manière égale entre les différents groupes de population. Oxfam souligne que les femmes sont particulièrement touchées. Leurs symptômes d’AVC ou d’infarctus sont souvent méconnus ou diagnostiqués avec retard, ce qui retarde leur prise en charge médicale. « Aujourd’hui encore, les symptômes d’une urgence cardiaque sont reconnus plus tardivement chez les femmes, alors que chaque seconde compte », a déclaré la Dre Agathe Béranger, pédiatre en réanimation à l’hôpital Necker, citée dans le rapport.
Des inégalités sociales qui aggravent la vulnérabilité
Le réchauffement climatique creuse les inégalités sociales en matière de santé. En 2025, la mortalité liée à la chaleur a été 31 % plus élevée dans les dix départements les plus pauvres de France métropolitaine et de Corse que dans les dix départements les plus riches. Cette disparité s’explique en partie par des conditions de vie moins favorables : logements mal isolés, végétation moins présente et accès limité à des espaces climatisés. À l’inverse, les habitants des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés présentent un risque de surexposition aux fortes chaleurs dix fois moins important.
Ces inégalités ne se limitent pas aux frontières françaises. Dans un rapport publié en 2024 par ONU Femmes, l’organisation estimait que jusqu’à 158 millions de femmes et de filles supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté d’ici 2050 en raison du changement climatique. Le texte souligne également que les catastrophes climatiques exacerbent les tensions sociales et favorisent une hausse des violences faites aux femmes.
« Les catastrophes climatiques ne sont pas neutres sur le plan du genre. Elles aggravent les vulnérabilités préexistantes et creusent les écarts. »
— Rapport d’ONU Femmes, 2024
Un appel à une politique de santé publique plus inclusive
Pour Oxfam, l’adaptation au changement climatique ne peut se limiter à des mesures techniques comme le renforcement des infrastructures ou la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle doit aussi intégrer une dimension sociale et genrée. Le rapport plaide pour une meilleure prise en compte des inégalités de genre et des vulnérabilités sociales dans les politiques de santé publique, afin d’éviter que les populations déjà fragilisées ne deviennent les premières victimes des crises climatiques à venir.
Les auteurs du rapport rappellent que les vagues de chaleur, les inondations ou les feux de forêt multiplient les risques pour la santé des populations les plus exposées. Femmes, personnes en situation de précarité et habitants des territoires défavorisés figurent parmi les premières victimes de cette « double peine climatique ».
Des pistes pour mieux se protéger
Face à l’augmentation des épisodes de chaleur, les autorités sanitaires recommandent une vigilance accrue, notamment pour les populations les plus exposées. Parmi les mesures préconisées : l’hydratation régulière, l’évitement des heures les plus chaudes de la journée et l’utilisation de ventilateurs ou de climatiseurs lorsque cela est possible. Les médecins sont également encouragés à renforcer leur formation sur les symptômes cardiaques chez les femmes, souvent moins évidents que chez les hommes.
En parallèle, des associations appellent à une meilleure prise en compte des inégalités sociales dans l’élaboration des politiques publiques. « Il ne suffit pas de soigner les victimes des canicules, il faut aussi agir en amont pour éviter qu’elles ne se produisent », a souligné un porte-parole d’Oxfam France.
Les symptômes d’AVC et d’infarctus sont souvent moins typiques chez les femmes, ce qui retarde leur prise en charge médicale. Une étude citée par Futura Sciences montre que les femmes sont prises en charge en moyenne 30 minutes plus tard que les hommes en cas d’infarctus, doublant leur risque de mortalité. Leur risque de décès après un AVC est également 65 % plus élevé que celui des hommes.
Selon Oxfam, la mortalité liée à la chaleur est 31 % plus élevée dans les dix départements les plus pauvres de France métropolitaine et de Corse que dans les dix plus riches. Cette disparité s’explique par des conditions de vie moins favorables, comme des logements mal isolés et un accès limité à des espaces rafraîchis.