Une équipe d’archéologues chinois a mis au jour, dans un cimetière néolithique de la culture Liangzhu, des crânes humains délibérément sculptés en gobelets et en masques rituels. Selon Futura Sciences, cette découverte, publiée dans la revue Scientific Reports le 10 juin 2026, révèle une pratique funéraire méconnue datant d’environ 5 000 ans. Plus de cinquante ossements, dont quatre crânes transformés en récipients, ont été exhumés sur ce site, offrant un éclairage inédit sur les croyances et les usages post-mortem de cette civilisation asiatique.

Ce qu'il faut retenir

  • 5 000 ans : l’âge estimé des crânes sculptés, selon la datation au radiocarbone.
  • 50 ossements** travaillés** : dont quatre crânes transformés en gobelets et d’autres en masques, découverts dans un cimetière de la culture Liangzhu (3 000–2 500 av. J.-C.).
  • 200 ans** de pratique : la période d’utilisation de ces objets rituels, selon les analyses.
  • Absence de traces de violence** : les squelettes ne présentent aucun signe de mort violente, suggérant un traitement post-mortem.
  • Hypothèse sociale** : une société urbaine naissante aurait favorisé cette pratique, selon les chercheurs.
  • Un mystère persistant** : les raisons de l’abandon de cette tradition après deux siècles restent inexpliquées.

Une civilisation néolithique et ses pratiques funéraires singulières

La culture Liangzhu, qui a prospéré entre 3 000 et 2 500 avant notre ère dans l’actuelle province du Zhejiang, en Chine de l’Est, est désormais associée à une pratique funéraire inhabituelle. Les archéologues y ont découvert, pour la première fois, des crânes humains transformés en objets du quotidien : des gobelets et des masques. Parmi les 50 ossements analysés, quatre crânes ont été sectionnés pour en faire des récipients, tandis que d’autres fragments osseux présentaient des traces de découpe et de sculpture. Un crâne, percé de trous à l’arrière et doté d’une mâchoire aplatie, intrigue particulièrement les chercheurs, dont l’usage exact reste à élucider.

Les ossements, souvent inachevés, ont été retrouvés dispersés, certains jetés dans des canaux. Ces indices suggèrent que la transformation des crânes intervenait après la décomposition naturelle des corps, excluant toute hypothèse de sacrifice ou de mort violente. Junmei Sawada, anthropologue biologique à l’université de la santé et du bien-être de Niigata (Japon) et auteur principal de l’étude, avance une explication sociale : « L’émergence d’une société urbaine aurait multiplié les interactions entre individus sans lien familial, réduisant ainsi les inhibitions rituelles envers les corps des étrangers. »

Un changement de perception du corps humain

Cette découverte remet en cause l’image souvent idéalisée des rituels funéraires des sociétés anciennes. Selon Elizabeth Berger, bio-archéologue à l’université de Californie à Riverside, les habitants de Liangzhu considéraient certains corps comme une « matière première inerte ». Elle précise : « Cette vision utilitaire du cadavre contraste avec la sacralisation moderne du défunt. » Les ossements travaillés ne semblent pas avoir revêtu de valeur symbolique particulière, contrairement aux pratiques funéraires d’autres civilisations où les restes humains étaient traités avec un respect marqué.

Les analyses génétiques menées sur les ossements pourraient, à terme, éclairer l’origine géographique des individus concernés. Cette pratique, bien que rare, n’est pas isolée : en 2023, des fouilles près de Cambridge (Angleterre) avaient révélé un peigne fabriqué à partir d’un fragment de crâne humain. L’utilisation des restes humains comme matériaux rituels ou utilitaires semble donc avoir traversé les époques et les continents.

Un phénomène limité dans le temps et l’espace

Les datations au radiocarbone indiquent que cette tradition a duré environ 200 ans, un laps de temps relativement court à l’échelle archéologique. Les objets en os, souvent inachevés, témoignent d’un processus encore en cours d’élaboration. Les chercheurs soulignent l’absence de traces de violence sur les squelettes, confirmant que les crânes étaient manipulés bien après la mort naturelle des individus. Sawada et al. estiment que cette pratique reflète une adaptation culturelle à une société en mutation, où les liens familiaux traditionnels s’effritaient au profit de structures urbaines plus complexes.

Pourtant, les raisons de l’abandon de cette tradition restent obscures. Aucun indice ne permet d’expliquer pourquoi elle a disparu après deux siècles. Les chercheurs espèrent que des analyses complémentaires, notamment génétiques, apporteront des réponses. En attendant, cette découverte soulève une question fondamentale : comment les normes culturelles influencent-elles notre rapport à la mort et au corps ?

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de la recherche pourraient inclure des analyses isotopiques pour déterminer l’alimentation et l’origine géographique des individus dont les crânes ont été transformés. Par ailleurs, des fouilles complémentaires sur d’autres sites Liangzhu pourraient révéler si cette pratique était localisée ou répandue dans toute la région. Les résultats de ces travaux sont attendus d’ici 12 à 18 mois, selon les chercheurs. En parallèle, une comparaison avec d’autres artefacts similaires découverts en Eurasie pourrait préciser le contexte culturel de ces pratiques.

Cette découverte rappelle que les normes funéraires varient considérablement selon les époques et les sociétés. Elle invite à interroger nos propres représentations de la mort et du respect dû aux défunts, souvent perçues comme universelles mais en réalité façonnées par l’histoire et la culture.

Selon les chercheurs, cette pratique pourrait refléter une adaptation culturelle à une société urbaine naissante, où les liens familiaux traditionnels s’affaiblissaient. Les ossements travaillés ne semblent pas avoir eu de valeur symbolique particulière, suggérant une vision utilitaire du corps humain, comme l’explique Elizabeth Berger.

Oui. En 2023, des fouilles près de Cambridge (Angleterre) ont révélé un peigne fabriqué à partir d’un fragment de crâne humain. D’autres découvertes, comme celles réalisées en Italie ou au Mexique, montrent que l’utilisation des restes humains comme matériaux rituels ou utilitaires a traversé les époques et les continents.