Depuis des décennies, le football féminin s’est construit sur des modèles conçus pour les athlètes masculins. Risque de blessures, cycle menstruel ignoré, besoins spécifiques non pris en compte : la FIFA entend désormais corriger ces anomalies. Selon Futura Sciences, l’instance internationale a annoncé le 13 juin 2026 le lancement d’un programme inédit, le FIFA Female Health and Performance Project, pour offrir aux joueuses une approche scientifique adaptée à leur réalité physiologique.
Ce qu'il faut retenir
- Les athlètes féminines ont entre trois et six fois plus de risques de se blesser aux ligaments croisés que les hommes, selon les études disponibles.
- Seulement 6 % des recherches en sciences du sport entre 2014 et 2020 portaient exclusivement sur les femmes.
- Le nouveau projet de la FIFA propose 30 modules éducatifs en ligne, couvrant des thèmes comme les menstruations, la grossesse ou la ménopause.
- La plateforme vise tous les acteurs du football féminin, des joueuses aux entraîneurs, en passant par le personnel médical et les parents.
- L’enjeu dépasse la santé des athlètes : il s’agit aussi de soutenir la croissance du football féminin via des carrières plus longues et un écosystème mieux structuré.
Un système conçu pour les hommes, appliqué aux femmes
Jusqu’à présent, les protocoles de prévention des blessures, les méthodes d’entraînement et même les repères de performance utilisés dans le football féminin s’inspiraient directement du modèle masculin. Pourtant, les spécificités biologiques des joueuses — comme les variations hormonales liées au cycle menstruel, la grossesse ou la ménopause — ne sont que rarement prises en compte. « Ce qui est frustrant, c’est que, malgré les recherches menées au fil des ans sur les lésions du ligament croisé antérieur et le cycle menstruel, les enseignements tirés de ces études restent largement lettre morte », a déploré Aura Harvey, entraîneuse américaine et détentrice du record de victoires en saison régulière en National Women’s Soccer League (NWSL).
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une analyse portant sur plus de 5 000 études publiées entre 2014 et 2020 révèle que seulement 8 % des athlètes féminines de haut niveau disposent de connaissances suffisantes sur l’influence de leur cycle menstruel sur leurs performances. Les conséquences sont multiples : risques accrus de blessures, adaptation forcée à des systèmes conçus pour des corps masculins, et parfois des carrières écourtées par manque de prise en charge adaptée.
Une plateforme pour briser les tabous et transformer la pratique
Face à ces constats, la FIFA a décidé d’agir. Le Female Health and Performance Project, annoncé ce 13 juin 2026, repose sur une plateforme en ligne accessible à l’ensemble des acteurs du football féminin. Au total, 30 modules éducatifs sont proposés, répartis en 13 thèmes, allant de la santé pelvienne à la nutrition, en passant par la prévention des blessures et la gestion du sommeil. L’objectif est double : « optimiser la santé, le bien-être et les performances de chaque footballeuse » et « améliorer les connaissances sur les femmes et les filles dans le football à tous les niveaux », a expliqué Sarai Bareman, directrice du football féminin à la FIFA.
Cette initiative s’adresse à un public large : joueuses — des débutantes aux professionnelles —, entraîneurs, personnel médical, parents et même les 211 associations membres de la FIFA à travers le monde. « Ce projet marque un tournant dans l’écosystème du football féminin, car il vise à traduire la recherche en modules pédagogiques permettant de partager l’information avec toutes les parties prenantes et de la transformer en idées concrètes », précise l’instance dirigeante sur son site.
Au-delà de la santé, un enjeu économique et sportif
Le développement du football féminin représente un marché en pleine expansion, avec des retombées économiques significatives. En alignant la recherche scientifique sur les spécificités des joueuses, la FIFA espère non seulement améliorer leur condition physique, mais aussi favoriser la croissance du sport. « Car au-delà d’une meilleure santé et des carrières plus satisfaisantes, l’enjeu est aussi de soutenir le développement du football féminin avec, à la clé, plus de matchs, plus de recettes fiscales, plus de sponsoring… », souligne Futura Sciences.
Pour Sarai Bareman, cette approche est indispensable pour pérenniser les progrès enregistrés ces dernières années. L’équipe de France féminine, par exemple, a récemment décroché la troisième place de la Ligue des nations, illustrant l’essor du football féminin en Europe. Pourtant, des chercheurs rappellent que les joueuses évoluent encore dans un cadre « assez injuste », où les conditions d’entraînement et de compétition ne tiennent pas toujours compte de leurs particularités.
L’enjeu dépasse désormais le cadre sportif : il s’agit de redéfinir les standards d’une discipline en pleine mutation, où santé, performance et équité doivent enfin converger. Pour les joueuses, cela pourrait signifier des carrières plus longues, moins de blessures évitables, et une reconnaissance enfin à la hauteur de leur talent.
Les études montrent que les athlètes féminines ont entre trois et six fois plus de risques de se blesser aux ligaments croisés que les hommes, en raison de différences anatomiques, hormonales et biomécaniques. Les hormones féminines, notamment les œstrogènes, influencent la souplesse des ligaments et leur résistance pendant le cycle menstruel, ce qui peut fragiliser les articulations lors des mouvements de pivot ou de saut.
La FIFA prévoit une phase de test auprès de 15 associations pilotes dès l’été 2026, avant un déploiement généralisé d’ici fin 2027. Les modules seront accessibles en ligne à l’ensemble des acteurs du football féminin, des joueuses aux entraîneurs en passant par le personnel médical.