Une étude récente menée par l’université de Sydney révèle que la température ressentie à partir de laquelle la chaleur devient dangereuse pour l’organisme est bien inférieure aux estimations précédentes. Selon Futura Sciences, des expériences en laboratoire ont montré que des seuils critiques pouvaient être atteints dès 21 °C pour les personnes âgées, et entre 26 et 34 °C pour les adultes en bonne santé. Ces résultats remettent en cause la croyance selon laquelle un coup de chaleur ne surviendrait qu’à partir de 35 °C de « température du thermomètre mouillé ».

Ce qu'il faut retenir

  • Des chercheurs de l’université de Sydney ont mené une expérience en laboratoire pour évaluer les limites supportables de la chaleur pour le corps humain.
  • La « chambre du climat » utilisée permet de tester des températures allant de 5 °C à 55 °C, sous surveillance médicale constante.
  • Les participants, âgés de 18 à 40 ans ou de plus de 65 ans, ont été exposés à des températures croissantes pendant 6 heures.
  • Les seuils critiques de température ressentie sont bien inférieurs aux 35 °C précédemment admis : 26 à 34 °C pour les jeunes adultes et 21 à 34 °C pour les seniors.
  • La température ressentie, ou « wet bulb temperature », prend en compte l’humidité et la transpiration, offrant une mesure plus précise de l’impact réel de la chaleur sur le corps.

Une expérience inédite pour mesurer l’impact de la chaleur sur le corps

Pour évaluer les effets de la chaleur sur l’organisme, des chercheurs de l’université de Sydney ont conçu une pièce spéciale, surnommée la « chambre du climat ». Cet espace de 4 mètres sur 5, dont la température peut varier de 5 °C à 55 °C, a permis de simuler des conditions extrêmes en milieu contrôlé. Les participants, encadrés par une équipe médicale, ont pu y manger, dormir et même faire du sport pendant les tests.

L’objectif n’était pas de mesurer la température réelle relevée par un thermomètre extérieur, mais bien la « température du thermomètre mouillé », ou wet bulb temperature en anglais. Cet indice, qui combine température de l’air et humidité, reflète ce que ressent réellement une personne en situation de forte chaleur. Autant dire que cette mesure est bien plus représentative des risques encourus que la simple lecture d’un thermomètre classique.

Les participants, tous volontaires et issus de différentes tranches d’âge, ont été soumis à une augmentation progressive de la température pendant 6 heures. Leur rythme cardiaque, leur respiration, leur température corporelle et leur transpiration ont été étroitement surveillés tout au long de l’expérience. Ces données ont permis aux chercheurs de déterminer des seuils critiques bien plus bas que ceux habituellement retenus.

Des résultats qui bousculent les connaissances scientifiques

Jusqu’à présent, la communauté scientifique s’accordait sur un seuil de dangerosité fixé à 35 °C de température ressentie. Au-delà de cette limite, le corps humain était censé ne plus pouvoir réguler sa température interne, risquant alors un coup de chaleur potentiellement mortel. Pourtant, les résultats obtenus dans la « chambre du climat » contredisent cette hypothèse. Les chercheurs ont en effet observé que des risques sérieux apparaissaient dès 21 °C pour les personnes âgées de plus de 65 ans, et entre 26 et 34 °C pour les adultes en bonne santé.

Ces découvertes soulignent la vulnérabilité accrue des seniors face aux vagues de chaleur. Leur capacité à réguler leur température corporelle est naturellement réduite, ce qui les expose à des dangers bien avant que les températures extérieures n’atteignent des niveaux extrêmes. Pour les jeunes adultes, bien que leur organisme soit généralement plus résistant, les risques de coup de chaleur deviennent significatifs dès 26 °C de température ressentie, surtout s’ils sont actifs physiquement.

Selon les auteurs de l’étude, ces résultats devraient inciter à revoir les recommandations sanitaires en cas de canicule, notamment pour les populations les plus fragiles. Une prise de conscience d’autant plus urgente que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses avec le changement climatique.

La température ressentie, un indicateur clé pour évaluer les risques

La « température du thermomètre mouillé » est un indicateur climatique essentiel pour évaluer les risques sanitaires liés à la chaleur. Contrairement à la température de l’air, qui ne reflète que la chaleur ambiante, cet indice prend en compte l’humidité, un facteur déterminant dans la sensation de chaleur ressentie. Plus l’humidité est élevée, plus la transpiration devient inefficace pour refroidir le corps, augmentant ainsi les risques de coup de chaleur.

Par exemple, une température de 30 °C avec un taux d’humidité de 80 % peut produire une température ressentie équivalente à 41 °C. Dans ces conditions, le corps peine à évacuer la chaleur, et les mécanismes de régulation thermique peuvent rapidement être dépassés. C’est pourquoi les météorologues et les autorités sanitaires utilisent désormais cet indice pour alerter la population en cas de danger.

Les chercheurs de l’université de Sydney insistent sur l’importance de sensibiliser le grand public à cette notion. « Il est crucial de comprendre que la température ressentie n’est pas un simple chiffre, mais bien un indicateur de notre capacité à survivre dans des environnements extrêmes », a déclaré un porte-parole de l’équipe. Ces travaux pourraient également ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention, comme l’adaptation des vêtements ou l’utilisation de ventilateurs pour réduire la température corporelle.

Et maintenant ?

Les recherches se poursuivent au sein de la « chambre du climat » de Sydney, où les scientifiques explorent désormais des solutions pour atténuer les effets de la chaleur sur le corps humain. Des tests sont en cours pour évaluer l’efficacité de différents types de vêtements ou d’équipements de refroidissement, comme les ventilateurs portables. Les résultats pourraient permettre de développer des recommandations plus précises pour protéger les populations lors des vagues de chaleur, notamment en période de canicule prolongée. Une publication détaillée des prochaines conclusions est attendue d’ici la fin de l’année 2026.

Contexte : des vagues de chaleur de plus en plus meurtrières

Les conclusions de cette étude prennent une résonance particulière dans un contexte de réchauffement climatique. Les vagues de chaleur sont désormais considérées comme l’un des événements météorologiques les plus meurtriers, devant les inondations ou les tempêtes. En 2003, la canicule en Europe avait causé la mort de 70 000 personnes, tandis qu’en Inde, en 2010, plus de 2 000 décès avaient été enregistrés lors d’un épisode où les températures avaient dépassé les 47 °C.

Ces tragédies rappellent l’importance de mieux comprendre les mécanismes physiologiques en jeu lors des coups de chaleur. Contrairement à une insolation, qui est liée à une exposition directe au soleil, un coup de chaleur correspond à une hyperthermie généralisée, potentiellement mortelle. Les mécanismes en cause sont multiples : déshydratation, défaillance des organes, voire arrêt cardiaque dans les cas les plus graves. Autant dire que chaque degré compte lorsqu’il s’agit de sauver des vies.

Face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des canicules, les autorités sanitaires sont appelées à adapter leurs stratégies de prévention. La prise en compte de la température ressentie, plutôt que de la simple température de l’air, pourrait s’imposer comme une norme pour alerter plus efficacement la population. Une évolution nécessaire pour faire face à un défi qui ne fera que s’aggraver dans les décennies à venir.

Vers de nouvelles recommandations sanitaires ?

Les résultats de l’étude australienne pourraient avoir des répercussions directes sur les politiques de santé publique. Jusqu’à présent, les alertes canicule en France, par exemple, sont déclenchées en fonction de seuils de température et d’humidité. Mais avec des seuils critiques bien plus bas que prévu, il est probable que ces critères devront être revus. Une révision qui pourrait sauver des vies, notamment chez les personnes âgées ou fragilisées.

Les chercheurs appellent également à une meilleure éducation du public sur les risques liés à la chaleur. Savoir reconnaître les signes d’un coup de chaleur – maux de tête, nausées, confusion – et adopter les bons réflexes – s’hydrater régulièrement, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes, rester dans des pièces fraîches – pourrait faire la différence. « La prévention reste notre meilleur outil pour limiter l’impact des canicules », a souligné un expert en santé environnementale.

Alors que les étés deviennent de plus en plus chauds, la question n’est plus de savoir si une nouvelle vague de chaleur frappera l’Europe ou d’autres régions du monde, mais quand. Et dans ce contexte, chaque avancée scientifique, comme celle issue de l’université de Sydney, est une pièce supplémentaire du puzzle pour mieux protéger les populations.

La température de l’air est celle mesurée par un thermomètre classique, tandis que la température ressentie, ou « wet bulb temperature », prend en compte l’humidité et la transpiration. C’est cet indice qui reflète réellement l’impact de la chaleur sur le corps humain, car il intègre la difficulté pour le corps à évacuer la chaleur par la sueur lorsque l’humidité est élevée.

Avec l’âge, la capacité du corps à réguler sa température diminue. Les mécanismes de transpiration deviennent moins efficaces, et les personnes âgées sont souvent plus sujettes à la déshydratation ou à des problèmes cardiaques. Leur organisme a également plus de mal à s’adapter aux variations brutales de température, ce qui les expose à des risques accrus dès 21 °C de température ressentie.