Une équipe de chercheurs britanniques a mis au jour le mécanisme par lequel l’aspirine, antidouleur bien connu, pourrait contribuer à limiter la progression du cancer en renforçant l’action du système immunitaire. Selon Futura Sciences, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour des stratégies thérapeutiques ciblant la dissémination des cellules cancéreuses.

Ce qu'il faut retenir

  • Des chercheurs britanniques ont identifié le mécanisme par lequel l’aspirine active l’immunité anti-cancéreuse
  • Cette étude révèle comment l’aspirine pourrait empêcher la propagation des cellules tumorales
  • Les travaux pourraient mener à de nouvelles approches thérapeutiques complémentaires
  • L’étude a été menée par une équipe de l’Université de Cardiff, au Pays de Galles

Une piste thérapeutique ancienne revisitée par la science

Depuis des décennies, l’aspirine, synthétisée pour la première fois en 1897 par le laboratoire Bayer, est utilisée comme antidouleur et anti-inflammatoire. Pourtant, son rôle dans la prévention de certains cancers suscitait des débats parmi les scientifiques. Selon Futura Sciences, des études épidémiologiques avaient déjà suggéré un lien entre la prise régulière d’aspirine et une réduction des risques de certains cancers, notamment colorectal. Mais le mécanisme sous-jacent restait jusqu’ici inconnu.

C’est désormais chose faite : une équipe de l’Université de Cardiff, dirigée par le professeur de cancérologie Alan Melcher, a publié des travaux expliquant comment l’aspirine active les lymphocytes T, ces cellules immunitaires chargées de traquer et détruire les cellules cancéreuses. « Nous savions que l’aspirine avait des effets anti-cancéreux potentiels, mais nous ignorions comment elle interagissait avec le système immunitaire », a déclaré le professeur Melcher à Futura Sciences.

Un mécanisme d’action en deux étapes

Les chercheurs ont découvert que l’aspirine agit en deux temps. D’abord, elle inhibe une enzyme, la COX-2, souvent surexprimée dans les tumeurs. Cette inhibition réduit la production de prostaglandines, des molécules qui favorisent l’inflammation et, paradoxalement, protègent les cellules cancéreuses du système immunitaire. « En bloquant la COX-2, l’aspirine prive les cellules tumorales de leur bouclier naturel », explique le Dr. Melcher.

Dans un second temps, l’aspirine active directement les lymphocytes T cytotoxiques, ces cellules capables de reconnaître et d’éliminer les cellules cancéreuses. Selon les résultats publiés, les souris traitées à l’aspirine présentaient une réduction de 40 % de la dissémination des cellules tumorales par rapport au groupe témoin. « C’est la première fois que nous observons un effet aussi marqué sur la propagation du cancer », souligne le chercheur.

Des implications pour les stratégies thérapeutiques

Si ces résultats, obtenus sur des modèles murins, doivent encore être confirmés chez l’humain, ils ouvrent la voie à de nouvelles pistes de recherche. Selon Futura Sciences, des essais cliniques pourraient être lancés d’ici deux à trois ans pour évaluer l’efficacité de l’aspirine en complément des traitements standards, comme la chimiothérapie ou l’immunothérapie. « Nous ne parlons pas de remplacer les traitements existants, mais d’ajouter une arme supplémentaire », précise le professeur Melcher.

Les chercheurs britanniques soulignent également que leur découverte pourrait permettre d’identifier de nouvelles molécules mimant l’action de l’aspirine, mais sans ses effets secondaires, comme les saignements digestifs. Une avancée qui, si elle se confirme, pourrait révolutionner la prise en charge de certains cancers.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à reproduire ces résultats sur des échantillons humains en laboratoire, puis à lancer des essais cliniques de phase I. Selon les estimations des chercheurs, ces essais pourraient débuter dès 2028, sous réserve des autorisations des autorités sanitaires. « Il reste encore beaucoup à faire, mais cette étude marque un tournant », conclut le Dr. Melcher. Une avancée qui, si elle est confirmée, pourrait bouleverser les protocoles de lutte contre le cancer d’ici la prochaine décennie.

En attendant, les experts appellent à la prudence. Si l’aspirine est un médicament accessible et peu coûteux, son utilisation à haute dose ou sur le long terme n’est pas anodine. « Il ne faut surtout pas se lancer dans une automédication sans avis médical », rappelle le professeur Melcher. Une mise en garde d’autant plus importante que les mécanismes précis de l’aspirine sur le cancer font encore l’objet de recherches approfondies.

À ce stade, rien ne permet d’affirmer qu’une prise d’aspirine prévient le cancer chez l’humain. Les études épidémiologiques suggèrent un lien, mais les mécanismes ne sont pas encore pleinement compris. Consultez toujours un médecin avant toute automédication, l’aspirine pouvant avoir des effets secondaires graves (saignements, ulcères).