Alors que les incendies ravageurs de cet été en Gironde ont mobilisé des milliers de pompiers, les conséquences psychologiques de ces interventions commencent à se révéler. Selon Franceinfo - Santé, le risque principal pour les sapeurs-pompiers n’est plus seulement physique, mais aussi mental. Une réalité que Stéphanie Rossignol, psychopraticienne et infirmière au SDIS 33, a évoquée lors d’une intervention sur France Télévisions le 3 août 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Les incendies géants de l’été 2026 en Gironde ont exposé les pompiers à des situations d’une ampleur inédite.
- Le stress post-traumatique menace particulièrement les jeunes recrues, encore peu habituées à des feux d’une telle intensité.
- Les maires jouent un rôle central dans la gestion de crise, avec 80 % des communes désormais dotées de plans communaux de sauvegarde.
- Deux jeunes pompiers sont décédés lors des interventions, un drame qui amplifie la pression psychologique sur leurs collègues.
- Les débriefings psychologiques se multiplient, mais leur efficacité dépend de l’acceptation collective du besoin de soutien.
Des feux inédits et des pompiers dépassés
Les incendies qui ont frappé la Gironde cet été ont dépassé en intensité tout ce que les sapeurs-pompiers avaient connu jusqu’ici. Selon Stéphanie Rossignol, infirmière sapeur-pompier au SDIS 33 et psychopraticienne, « les jeunes pompiers, fraîchement sortis de formation, se sont retrouvés confrontés à des feux qu’aucun ancien n’avait jamais vus ». Beaucoup d’entre eux, équipés de véhicules mal adaptés à l’extinction, ont dû affronter des flammes d’une violence inouïe. « Ils se sont sentis impuissants », a-t-elle expliqué, soulignant que cette sensation d’échec pouvait laisser des traces durables.
Le risque majeur pour ces intervenants, une fois l’urgence passée, n’est autre que le stress post-traumatique. « Au début, ils sont dans l’action, tout va bien, puis tout retombe », a détaillé la psychopraticienne. « Les images reviennent, celles qui ont choqué, celles qui ont fait peur. Toutes ces choses vont resurgir à un moment ou à un autre. »
Les maires, acteurs incontournables de la crise
Dans la gestion des incendies, le rôle des maires s’est révélé aussi crucial que celui des pompiers. Olivier Galichet, expert en gestion de crise au cabinet Sildaro et ancien sapeur-pompier, a rappelé que « le maire est l’échelon territorial qui connaît le mieux les spécificités de sa commune ». Depuis une vingtaine d’années, et plus encore depuis dix ans, les réglementations se sont multipliées pour encadrer cette fonction. Aujourd’hui, près de 80 % des communes disposent d’un plan communal de sauvegarde, conçu pour les préparer à gérer des crises de grande ampleur.
Ces plans ne suffisent pas à eux seuls, insiste Olivier Galichet : « Il faut s’entraîner, se former, répéter. Un plan sur étagère ne sert à rien si on ne sait pas l’appliquer. » Les maires de Gironde ont d’ailleurs adopté de nouvelles pratiques, comme le port de chasubles « maire » pour faciliter leur identification sur le terrain. « Ils prennent leur place, se coordonnent, mais le stress est immense », a-t-il souligné. Une préparation qui prendra encore plus d’importance à l’avenir, alors que les épisodes de sécheresse et de canicule risquent de se multiplier.
Un drame humain qui pèse sur les équipes
Le décès de deux jeunes pompiers lors des interventions en Gironde a marqué un tournant dans la gestion de cette crise. Pour Stéphanie Rossignol, ce drame « compte énormément » dans le traumatisme collectif. « Beaucoup de leurs collègues ont préféré se concentrer sur l’action pour avancer, mais certains n’auront pas trouvé leur place dans ce feu », a-t-elle analysé. La culpabilité, déjà présente chez de nombreux intervenants, risque de s’aggraver avec le temps. « Les obsèques vont arriver, ce sera très compliqué », a-t-elle prévenu.
Pourtant, la solidarité joue un rôle clé dans l’accompagnement. « Il y a une énorme solidarité entre les pompiers, les gendarmes, les policiers municipaux, les agents de la DFCI… Tous ces gens qui se retrouvaient sur le terrain, avec des discussions, des échanges. Cette dynamique ne sera plus la même après la crise », a-t-elle ajouté. Les mots manquent souvent pour exprimer ce que chacun a vécu, et trouver un sens à ces épreuves devient une priorité.
« Après l’action, il faudra être là pour eux, pour qu’ils puissent trouver des mots, pour qu’ils puissent trouver du sens à ce qu’ils ont vécu. » — Stéphanie Rossignol, psychopraticienne et infirmière au SDIS 33
Vers une meilleure prise en charge psychologique ?
L’accompagnement psychologique des sapeurs-pompiers a beaucoup évolué en trente ans. Là où l’on valorisait autrefois le « pompier solide qui ne parle pas de ses blessures », la parole est désormais encouragée. Olivier Galichet a rappelé que « les psychologues sont de plus en plus intégrés aux unités » et que des débriefings sont systématiquement organisés après les interventions difficiles. « On voit bien que cela limite les dégâts », a-t-il confirmé. Cette évolution reflète un changement culturel profond, même si des résistances persistent chez certains agents habitués à minimiser leurs souffrances.
Pourtant, le chemin reste long. « Il y a trente ans, c’était impensable de parler de traumatismes. Aujourd’hui, on en parle, mais il faut encore convaincre que c’est acceptable de demander de l’aide », a souligné Olivier Galichet. La reconnaissance des séquelles psychologiques comme des blessures professionnelles à part entière reste un combat en cours.
En conclusion, les incendies de cet été en Gironde ont rappelé que les feux ne laissent pas que des cicatrices visibles. Pour les pompiers, comme pour les sinistrés, le combat contre les séquelles psychologiques ne fait que commencer. Une prise en charge rapide et adaptée sera essentielle pour éviter que ces traumatismes ne deviennent des handicaps durables.
Les signes peuvent inclure des cauchemars, des flashbacks, une irritabilité accrue, un évitement des lieux ou situations rappelant l’événement, ou encore une sensation de détachement émotionnel. Stéphanie Rossignol souligne que ces symptômes apparaissent souvent après la phase d’action, lorsque le stress retombe.
Depuis plusieurs années, les SDIS organisent des débriefings psychologiques après les interventions marquantes. Cependant, leur systématisation dépend des moyens locaux et de l’acceptation individuelle. Olivier Galichet insiste sur l’importance de la formation et de l’entraînement pour normaliser cette pratique.