Une découverte récente suggère qu’un médicament couramment utilisé contre l’asthme pourrait jouer un rôle clé dans le renforcement de l’immunothérapie contre certains cancers. Selon Futura Sciences, des chercheurs de l’université Northwestern, aux États-Unis, ont mis en évidence un mécanisme par lequel des cellules immunitaires, détournées par les tumeurs, pourraient retrouver leur fonction de défense naturelle contre la maladie.

Ce qu'il faut retenir

  • Une protéine cible : La molécule CysLTR1, impliquée dans l’asthme et les réactions allergiques, est également exploitée par certaines tumeurs pour échapper aux défenses immunitaires.
  • Un médicament existant : Le montélukast, prescrit contre l’asthme depuis des décennies, pourrait bloquer cette voie et restaurer l’efficacité des neutrophiles dans la lutte contre le cancer.
  • Des résultats précliniques prometteurs : Chez des souris atteintes de cancers agressifs (sein, côlon, ovaire, prostate, mélanome), le blocage de CysLTR1 a permis de ralentir la croissance tumorale et d’améliorer la survie.
  • Une piste pour les cancers résistants : Le traitement a même permis à certaines tumeurs résistantes à l’immunothérapie de redevenir sensibles à ce type de thérapie.
  • Des essais cliniques à venir : Les chercheurs estiment que des essais pourraient être lancés rapidement, le montélukast étant déjà un médicament sûr et bien connu des médecins.

Des cellules immunitaires détournées par les tumeurs

L’immunothérapie a révolutionné la prise en charge de nombreux cancers ces dernières années. Pourtant, certains cancers particulièrement agressifs, comme le cancer du sein triple négatif, résistent encore fréquemment à ces traitements innovants. Selon une étude publiée dans Nature Cancer et rapportée par Futura Sciences, des chercheurs ont découvert que certaines tumeurs exploitent une voie biologique spécifique pour échapper aux défenses immunitaires. Il s’agit de la protéine CysLTR1, dont le rôle est bien connu dans l’asthme et les réactions allergiques.

Or, les cellules cancéreuses parviennent à détourner des globules blancs appelés neutrophiles. Normalement, ces cellules participent à la lutte contre les infections et les tumeurs. Mais dans certains cas, elles finissent par favoriser la croissance tumorale au lieu de la combattre. « Les tumeurs utilisent cette voie pour manipuler le système immunitaire, explique le Dr Bin Zhang, professeur d’immunologie du cancer et auteur principal de l’étude. En bloquant CysLTR1, nous pourrions restaurer la capacité des neutrophiles à combattre le cancer ».

Le montélukast, une piste pour des essais cliniques rapides

Les travaux menés sur des modèles de cancers agressifs chez la souris ont révélé que l’inhibition de CysLTR1, soit par modification génétique, soit par l’utilisation de médicaments existants comme le montélukast, permettait de ralentir significativement la progression tumorale. Dans certains cas, les chercheurs ont même observé une réactivation de l’immunothérapie chez des tumeurs initialement résistantes.

« Lorsque nous avons désactivé cet interrupteur, nous avons non seulement ralenti la croissance tumorale, mais nous avons également aidé le système immunitaire à retrouver sa capacité à combattre le cancer », déclare le Dr Zhang. Les chercheurs évoquent même la possibilité de « reprogrammer » ces neutrophiles pour en faire des alliés plus efficaces. Une approche d’autant plus prometteuse que le montélukast est déjà largement prescrit et présente un profil de sécurité bien établi.

Une avancée qui pourrait changer la donne pour certains cancers

Si ces résultats doivent encore être confirmés chez l’humain, ils ouvrent une nouvelle piste pour le traitement de cancers aujourd’hui difficiles à soigner. Le cancer du sein triple négatif, par exemple, est souvent résistant à l’immunothérapie. Avec cette découverte, les chercheurs espèrent pouvoir proposer une nouvelle arme thérapeutique, en combinant le montélukast à des traitements existants. « Nous pourrions être en mesure de tester rapidement et en toute sécurité cette approche chez des patients atteints de cancer afin d’améliorer l’immunothérapie », souligne Bin Zhang.

Cette découverte s’inscrit dans une dynamique plus large de recherche sur les mécanismes d’évasion des tumeurs. D’autres équipes travaillent, par exemple, sur des méthodes pour redonner de la force aux cellules immunitaires épuisées ou pour mieux comprendre les différences entre les cancers résistants et ceux qui répondent bien aux traitements. Autant de pistes qui pourraient, à terme, améliorer les chances de survie des patients.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à valider ces résultats dans le cadre d’essais cliniques chez l’humain. Si les données précliniques se confirment, le montélukast pourrait être intégré à des protocoles d’immunothérapie dès 2027 ou 2028. Les chercheurs rappellent toutefois la nécessité de rester prudents : les mécanismes biologiques en jeu sont complexes, et chaque cancer réagit différemment. Une confirmation définitive prendra donc encore plusieurs années.

Un espoir pour les patients et les équipes médicales

Si cette approche venait à être validée, elle pourrait offrir une nouvelle stratégie pour traiter des cancers aujourd’hui particulièrement difficiles à prendre en charge. Elle permettrait également de redonner de l’efficacité à l’immunothérapie pour des patients dont la maladie a développé une résistance aux traitements actuels. « C’est une perspective qui suscite beaucoup d’espoir, non seulement pour les patients, mais aussi pour les équipes médicales », confie Bin Zhang.

Reste à voir si les essais cliniques confirmeront ces promesses. En attendant, cette découverte rappelle l’importance de la recherche translationnelle, qui permet de transférer rapidement des avancées scientifiques en applications médicales concrètes. Une illustration supplémentaire du rôle clé joué par les médicaments existants dans l’innovation thérapeutique.

Non. Le montélukast est actuellement approuvé uniquement pour le traitement de l’asthme et des allergies. Son utilisation contre le cancer reste à l’étude et doit encore être validée par des essais cliniques chez l’humain. Tant que ces essais n’auront pas abouti, ce médicament ne pourra pas être prescrit dans ce cadre.

Les chercheurs ont observé des résultats encourageants sur plusieurs modèles de cancers agressifs chez la souris, notamment les cancers du sein, du côlon, de l’ovaire, de la prostate et les mélanomes. Le cancer du sein triple négatif, particulièrement résistant à l’immunothérapie, est cité comme une cible prioritaire. Cependant, ces résultats doivent encore être confirmés chez l’humain avant toute application.