Une équipe de chercheurs de l’université de Copenhague vient de lever un verrou scientifique majeur dans la production de médicaments anticancéreux. Selon Futura Sciences, ces scientifiques ont réussi à reproduire intégralement le processus naturel de fabrication du Taxol, un traitement clé en chimiothérapie, en utilisant des levures génétiquement modifiées. Une avancée qui pourrait rendre ce médicament bien plus accessible, moins coûteux et plus respectueux de l’environnement.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Taxol est un médicament anticancéreux essentiel dans le traitement des cancers du sein, de l’ovaire et du poumon.
  • Sa production actuelle repose sur une semi-synthèse complexe, coûteuse et polluante, avec un prix dépassant les 20 000 dollars le kilo.
  • Les chercheurs danois ont identifié les deux dernières enzymes manquantes pour une production biotechnologique par des levures.
  • Cette méthode pourrait diviser par deux le coût du médicament et réduire son impact environnemental.
  • L’équipe a déposé un brevet et prévoit de créer une entreprise pour une production à grande échelle.

Le Taxol, un traitement vital mais coûteux

Depuis sa découverte dans l’écorce de l’if du Pacifique dans les années 1970, le Taxol est devenu un pilier des chimiothérapies. Il est utilisé dans le traitement des cancers du sein, de l’ovaire, du poumon ou encore du pancréas. Pourtant, sa production reste un défi logistique et financier. Selon Futura Sciences, la méthode actuelle repose sur une semi-synthèse impliquant des solvants toxiques et une matière première difficile à obtenir. Résultat : son prix dépasse les 20 000 dollars le kilo, ce qui le rend inaccessible pour de nombreux systèmes de santé, en particulier dans les pays à faible revenu.

Côté écologique, la situation n’est pas plus enviable. L’extraction de la substance active à partir de l’if du Pacifique menace la survie de cette espèce, déjà surexploitée. Les procédés chimiques employés génèrent également une pollution importante, tant pour les écosystèmes que pour les travailleurs des laboratoires pharmaceutiques. Autant dire que la recherche d’une alternative durable était devenue une priorité pour la communauté scientifique.

Une percée biotechnologique après 30 ans de recherches

C’est dans ce contexte que l’équipe du professeur de biotechnologie Jette Thykaer, à l’université de Copenhague, a mené ses travaux. Comme le rapporte Futura Sciences, ces chercheurs ont relevé un défi de taille : reproduire intégralement le processus naturel de fabrication du Taxol dans des cellules vivantes. Pour y parvenir, ils ont identifié les deux dernières enzymes manquantes dans la voie métabolique du Taxol. Ces enzymes, normalement présentes dans l’if, ont été clonées puis transférées dans des cellules de levure.

« Nous avons réussi à transférer l’ensemble du gène responsable de la production de Taxol dans la levure, explique Feiyan Liang, premier auteur de l’étude publiée dans Nature Synthesis. Les cellules de levure se sont mises à produire naturellement du Taxol, comme si elles étaient elles-mêmes des ifs. » Une première mondiale, fruit de trois décennies de recherches infructueuses. L’équipe danoise a ainsi ouvert la voie à une production biotechnologique du médicament, bien plus simple et moins onéreuse que les méthodes traditionnelles.

Moins cher, plus écologique et plus accessible

Les bénéfices de cette innovation sont multiples. D’un point de vue économique, Feiyan Liang estime que le coût de production pourrait être divisé par deux. « Cela rendrait le médicament bien plus abordable, en particulier dans les pays en développement où le nombre de cancers comme celui de l’ovaire est en forte hausse », précise-t-il. En Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud-Est, où les systèmes de santé manquent cruellement de moyens, l’accès à ce traitement pourrait devenir une réalité.

Sur le plan environnemental, la nouvelle méthode supprime l’usage de solvants chimiques toxiques et réduit la pression sur les ifs du Pacifique. La production locale de Taxol, rendue possible grâce à cette technologie, limiterait également les émissions liées au transport des médicaments depuis les laboratoires occidentaux. Autant d’arguments qui ont poussé l’équipe à déposer un brevet et à envisager la création d’une entreprise dédiée à la production à grande échelle de ce « Taxol nouvelle génération ».

« Notre objectif n’est pas seulement d’améliorer le rendement. Nous voulons offrir un traitement plus équitable, plus écologique et potentiellement accessible à un bien plus grand nombre de patients à travers le monde. »

Une innovation qui s’inscrit dans un contexte de progrès médicaux

Cette avancée s’ajoute à un ensemble de recherches prometteuses dans le domaine des biotechnologies et des thérapies innovantes. En France, l’Inserm a récemment révélé des avancées majeures dans les thérapies ciblées et les immunothérapies, qui pourraient transformer les traitements contre le cancer plus rapidement que prévu. Ces progrès, combinés à la découverte danoise, dessinent un avenir où les chimiothérapies seraient moins toxiques, plus ciblées et mieux tolérées par les patients.

Reste que le chemin vers une commercialisation généralisée du Taxol produit par levure reste semé d’embûches. Les essais cliniques devront confirmer l’efficacité et la tolérance de ce nouveau procédé. De plus, les autorités sanitaires devront valider cette méthode avant toute mise sur le marché. « Nous sommes encore en phase de développement, mais les résultats sont très encourageants », souligne Feiyan Liang. D’ici là, les patients et les systèmes de santé devront continuer à composer avec les limites du système actuel.

Et maintenant ?

Les chercheurs danois prévoient de déposer prochainement un brevet définitif et d’entamer les démarches pour créer une entreprise spécialisée dans la production de ce Taxol biotechnologique. Si les essais cliniques aboutissent, une commercialisation pourrait intervenir d’ici trois à cinq ans. En parallèle, d’autres équipes à travers le monde explorent des pistes similaires pour d’autres molécules anticancéreuses, laissant entrevoir une révolution plus large dans la production de médicaments.

Pour l’heure, cette découverte reste une lueur d’espoir pour des millions de patients et pour les systèmes de santé qui peinent à offrir des traitements abordables. Elle rappelle aussi l’importance des investissements dans la recherche fondamentale, seule à même de lever les verrous technologiques qui entravent encore l’accès aux soins.

Le Taxol est principalement utilisé dans le traitement des cancers du sein, de l’ovaire, du poumon et du pancréas. Il fait partie des médicaments de chimiothérapie les plus prescrits dans le monde.

Son prix élevé s’explique par une production complexe, basée sur une semi-synthèse à partir de l’écorce de l’if du Pacifique. Les solvants toxiques et les étapes chimiques nombreuses alourdissent également les coûts.