C’est une expérience qui a fait germer bien plus que des graines dans les esprits. Dans une classe de petite section de l’école maternelle Popincourt, située dans le 11e arrondissement de Paris, Amandine Dumesnil, enseignante, a mené avec ses élèves une version adaptée de l’expérience scientifique ChlorISS. Menée en parallèle avec l’astronaute française Sophie Adenot, actuellement à bord de la Station spatiale internationale (ISS), cette initiative a permis à des enfants de cinq et six ans de comparer la croissance des plantes dans l’espace et sur Terre. Selon Franceinfo - Sciences, cette séquence pédagogique, conclue le 2 juin 2026, s’inscrit dans un projet national impliquant quelque 260 000 élèves à travers la France.

Ce qu'il faut retenir

  • Une classe de petite section de l’école maternelle Popincourt (Paris) a participé à l’expérience ChlorISS, menée avec l’astronaute Sophie Adenot à bord de l’ISS.
  • Les élèves ont fait germer des graines d’arabette des dames et de mizuna pour comparer leur croissance en impesanteur et sur Terre.
  • L’expérience a duré dix jours et a été suivie par près de 260 000 élèves en France.
  • Les enfants ont pu observer que les plantes dans l’espace poussent de manière désordonnée en raison de l’absence de gravité.
  • À l’issue de l’expérience, une majorité d’élèves a exprimé le souhait de devenir astronaute.

Une expérience pédagogique adaptée pour des enfants de cinq ans

Pour rendre accessible à des élèves de maternelle un protocole initialement conçu pour des classes allant du CP à la terminale, Amandine Dumesnil a imaginé une lettre fictive signée par Sophie Adenot. Dans ce courrier affiché en classe, l’astronaute explique aux enfants : « Je vis tout là-haut, dans une grande maison qui flotte et qui tourne autour de la Terre, que l’on appelle l’ISS. » Elle décrit également son travail scientifique, précisant qu’elle plante des graines « pour voir comment elles poussent ici, tout là-haut, dans l’espace ». Le document se conclut par une demande d’assistance : « Pouvez-vous devenir mes assistants sur la Terre ? » Cette mise en scène a permis aux enfants de s’approprier le projet avant de lancer les plantations.

L’enseignante avait préparé le terrain en amont, notamment en leur montrant des livres sur la Terre et l’espace, ainsi qu’une vidéo de la Station spatiale internationale. « On a un programme à suivre, mais à côté, on peut faire un peu comme on l’entend. J’essaie de me faire plaisir et de fédérer le groupe », confie-t-elle. Cette approche s’inscrit dans la continuité de ses activités pédagogiques : elle organise chaque printemps des plantations avec ses élèves, une initiative qui avait même valu à sa classe d’accueillir une partie du gouvernement en 2017 pour une séance de questions-réponses avec Thomas Pesquet depuis l’espace.

Germination en classe et dans l’espace : une comparaison concrète

L’expérience ChlorISS repose sur la comparaison de la croissance de graines d’arabette des dames et de mizuna sous différentes conditions de lumière. D’un côté, Sophie Adenot procédait aux mêmes manipulations à bord de l’ISS, en impesanteur ; de l’autre, les élèves de Popincourt faisaient de même dans leur classe. L’objectif, tel que l’explique le Centre national d’études spatiales (CNES) dans son protocole de 16 pages, est d’analyser « les effets de la gravité et de la lumière sur la germination et la croissance des végétaux ».

Après dix jours d’observation, les résultats sont sans ambiguïté : les plantes cultivées sur Terre ont poussé de manière rectiligne, tandis que celles dans l’espace ont développé des tiges et racines désordonnées. « Les plantes se sont tordues », constate une élève. « Dans l’ISS, tout flotte. Pour les plantes, c’est un peu pareil : elles sont allées chercher la lumière, mais en se tordant, en faisant comme des petites vagues », explique la maîtresse. Un phénomène que les enfants ont pu visualiser grâce aux photos transmises par Sophie Adenot, montrant ses propres plants en apesanteur.

Des graines qui révèlent les lois de la physique et éveillent les vocations

Le 5e jour de l’expérience, les élèves ont modifié les conditions de lumière dans leur boîte d’expérience : ils ont obstrué la fenêtre supérieure, tourné le carton et ouvert une nouvelle source de lumière. Résultat : les tiges se sont tournées vers cette nouvelle source. « Nos tiges dans la lumière se sont tordues, elles ont suivi la lumière », souligne Amandine Dumesnil. Une démonstration concrète des tropismes végétaux, où les plantes orientent leur croissance en fonction de la lumière. Les graines placées dans l’obscurité, quant à elles, ont poussé de façon presque rectiligne, tant sur Terre que dans l’espace — bien que ces dernières aient conservé une croissance anarchique.

Cette expérience a également permis aux enfants de comprendre que « les plantes ont besoin de lumière pour pousser ». À la question « Sur la Terre comme dans l’espace, qu’est-ce qu’aiment les plantes ? », les réponses fusent : « Le soleil », « la lumière ». Une prise de conscience qui semble avoir marqué les esprits. « Plus tard, je veux y aller », déclare Théodora. « Moi aussi, je veux aller dans l’espace ! », renchérit Gabin. Autant de déclarations qui illustrent l’impact de cette initiative sur la curiosité scientifique des plus jeunes.

« Pendant que nous, hier, nous étions dans la forêt, Sophie Adenot m’a envoyé les photos de toute l’expérience qu’elle a menée là-haut, dans l’espace. »
Amandine Dumesnil, enseignante à l’école Popincourt

Et maintenant ?

L’expérience ChlorISS pourrait être reconduite dans les prochaines années, notamment lors des missions d’astronautes français à bord de l’ISS. Le CNES, qui coordonne ce type d’initiatives, n’a pas encore annoncé de calendrier précis pour une nouvelle édition. En attendant, les résultats de cette expérience pourraient être utilisés pour enrichir les programmes scolaires, notamment dans les domaines des sciences et de la technologie. Pour les élèves de Popincourt, l’aventure spatiale est loin d’être terminée : certains ont déjà exprimé le souhait de suivre les prochaines missions habitées.

Cette initiative illustre une fois de plus comment la vulgarisation scientifique, même à un âge précoce, peut susciter l’intérêt pour les carrières spatiales. Elle s’inscrit dans la continuité d’autres projets menés par des astronautes français, comme ceux de Thomas Pesquet, qui avaient également impliqué des classes maternelles.

L’expérience vise à comparer la croissance des plantes en impesanteur, à bord de l’ISS, avec celle sur Terre. Les chercheurs souhaitent analyser les effets de la gravité et de la lumière sur la germination et le développement des végétaux, comme l’explique le protocole détaillé du Centre national d’études spatiales (CNES).

Selon Franceinfo - Sciences, près de 260 000 élèves à travers la France ont pris part à l’expérience ChlorISS, dont les élèves de la classe de petite section de l’école Popincourt à Paris.