Un rapport de la Caisse centrale de réassurance (CCR), rendu public ce lundi, révèle que 903 communes françaises rencontrent des difficultés d’accès à l’assurance habitation pour les occupants de maisons individuelles. Selon BFM Immo, ces tensions, qualifiées de « légères » ou « modérées », concernent surtout les territoires de l’Est, du Massif central, de la Corse et des Outre-mer, où les risques climatiques sont plus marqués.
Ce document, qui s’appuie sur une analyse détaillée des périls couverts par le régime des catastrophes naturelles (cyclones, inondations, retrait-gonflement des argiles), confirme que 97,7 % des quelque 35 000 communes françaises ne présentent aucune difficulté majeure. Pourtant, les 903 communes identifiées comme « tendues » concentrent près de 2,3 % des territoires communaux, un chiffre qui interroge sur l’évolution du modèle assurantiel face au changement climatique.
Ce qu'il faut retenir
- 903 communes (2,3 % du total) présentent des tensions d’accès à l’assurance habitation, dont 568 en tension « légère » et 335 en tension « modérée ».
- Les territoires les plus concernés se situent dans l’Est, le Massif central, la Corse et les Outre-mer, où le risque cyclonique est particulièrement élevé.
- En Outre-mer, l’intégralité des communes fait face à une situation de tension modérée.
- Le coût des sinistres climatiques a atteint 5,2 milliards d’euros en 2025, contre 3,9 milliards en 2024, principalement en raison des épisodes de grêle.
- Le gouvernement prévoit de réévaluer tous les cinq ans le taux de surprime du régime Cat Nat pour garantir sa soutenabilité.
- Une mission spécifique sera lancée dans les Outre-mer pour identifier des solutions adaptées aux risques locaux.
Un modèle assurantiel globalement solide, mais des signaux d’alerte locaux
Selon le rapport de la CCR, aucune commune française n’est exclue du système d’assurance habitation pour les maisons individuelles. Une conclusion que partage France Assureurs, qui fédère 254 sociétés représentant 99 % du marché. Dans un communiqué, la fédération souligne que « ces conclusions confirment la solidité du modèle français d’assurance des catastrophes naturelles ». Pourtant, les « signaux faibles » identifiés par la CCR appellent à une mobilisation collective pour renforcer la prévention et l’adaptation face au dérèglement climatique.
Le directeur général de la CCR, Edouard Vieillefond, a d’ailleurs mis en garde dès l’introduction du rapport : « Les premiers constats appellent à une vigilance accrue. Des signaux faibles de tension émergent localement, notamment dans certains territoires d’outre-mer et communes métropolitaines exposées ». Ces tensions, parfois liées à une faible demande, sont plus souvent le reflet d’un risque climatique accru, notamment dans les départements ultramarins.
Les Outre-mer et l’Est de la France, zones les plus vulnérables
Les données compilées par la CCR montrent une concentration des difficultés dans des régions géographiques précises. En métropole, l’Est, le Massif central et la Corse sont les plus touchés. Dans ces territoires, le retrait-gonflement des argiles ou les inondations répétées rendent certaines zones moins attractives pour les assureurs. En Outre-mer, l’ensemble des communes est concerné par une tension « modérée », en raison notamment des risques cycloniques et des inondations côtières.
Ces disparités s’expliquent aussi par des facteurs structurels. Dans certaines zones, la faible densité de population ou l’absence d’acteurs locaux explique la rareté des offres d’assurance. Dans d’autres cas, c’est l’ampleur des risques qui dissuade les compagnies. « Dans les Outre-mer, le coût moyen des sinistres est bien plus élevé qu’en métropole, ce qui pèse sur la rentabilité des contrats », précise un expert cité par BFM Immo.
Un coût des catastrophes naturelles en hausse constante
Le rapport souligne l’aggravation des dépenses liées aux catastrophes naturelles. En 2025, ces coûts ont atteint 5,2 milliards d’euros, contre 3,9 milliards en 2024. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation des épisodes de grêle, mais aussi par la récurrence des inondations et des épisodes de sécheresse, qui fragilisent les sols argileux. Par comparaison, la décennie 2010-2019 affichait une moyenne annuelle de 3,9 milliards d’euros (en euros constants).
Face à cette inflation des sinistres, le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles (Cat Nat), financé par une surprime obligatoire sur les contrats d’assurance habitation, est sous pression. « La question de la soutenabilité du régime se pose de manière récurrente », rappelle Edouard Vieillefond. Actuellement, le taux de surprime est réévalué ponctuellement, la dernière fois en janvier 2025. Or, avec la hausse structurelle des dépenses, les pouvoirs publics envisagent une révision plus régulière, tous les cinq ans, pour ajuster le niveau de la surprime et garantir l’équilibre financier du système.
Le modèle français sous le feu des critiques, mais pas en danger
Malgré les tensions locales, les acteurs du secteur assurent que le système français reste robuste. « Aucune commune n’est exclue de l’assurance habitation », rappelle France Assureurs. Pourtant, les assureurs appellent à une meilleure prévention et à une adaptation des infrastructures pour limiter l’impact des catastrophes naturelles. « Les assureurs prendront toute leur part dans ce travail collectif », a déclaré la fédération, sans pour autant proposer de mesures concrètes dans l’immédiat.
Pour les ménages concernés, ces tensions pourraient se traduire par des hausses de primes ou des restrictions de garantie dans les zones les plus exposées. « Dans certains cas, les assureurs ajustent leurs conditions ou augmentent les franchises pour limiter leur exposition », explique un courtier interrogé par BFM Immo. Une situation qui pourrait s’aggraver si les épisodes climatiques continuent de se multiplier.
Quelles pistes pour l’avenir ?
Plusieurs pistes sont évoquées pour renforcer la résilience du système. La première consiste à améliorer la prévention des risques, notamment via des plans locaux d’urbanisme plus stricts ou des travaux de protection des biens exposés. La seconde vise à adapter le régime Cat Nat, dont le financement repose aujourd’hui sur une surprime fixe. Une révision quinquennale permettrait de mieux refléter l’évolution des risques et d’éviter les déséquilibres financiers.
Enfin, les acteurs locaux pourraient être associés à des solutions innovantes, comme des pools de réassurance mutualisés ou des fonds dédiés aux territoires les plus exposés. « Il s’agit de trouver un équilibre entre solidarité nationale et responsabilité locale », résume un responsable du ministère de l’Économie. Les prochains mois seront déterminants pour concrétiser ces pistes.
Alors que le changement climatique s’accélère, la question de l’assurabilité des risques ne peut plus être ignorée. Si le modèle français tient encore, sa pérennité dépendra de la capacité des pouvoirs publics, des assureurs et des citoyens à s’adapter ensemble.
En métropole, les tensions sont particulièrement marquées dans l’Est (Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté), le Massif central (Auvergne-Rhône-Alpes) et la Corse. Ces régions sont exposées à des risques de retrait-gonflement des argiles, d’inondations ou de séismes, ce qui décourage certains assureurs.
Les Outre-mer subissent une tension « modérée » dans toutes leurs communes en raison des risques cycloniques, des inondations et de la fréquence élevée des catastrophes naturelles. Le coût moyen des sinistres y est bien plus élevé qu’en métropole, ce qui rend les contrats moins rentables pour les assureurs.