Un dispositif innovant, inspiré des pratiques anglo-saxonnes, fait ses premiers pas en France pour aider des enfants en grande difficulté de lecture. Caniscol, conçu pour des élèves de primaire issus de quartiers prioritaires, mise sur la présence apaisante d’un chien pour restaurer leur confiance en eux et leur donner le goût de la lecture. Selon Futura Sciences, cette approche, testée à l’Université Sorbonne Paris Nord, repose sur des séances de lecture en autonomie où l’enfant, accompagné d’un animal, évolue dans un cadre bienveillant et sans évaluation.

Ce qu'il faut retenir

  • Un dispositif de pédagogie innovante nommé Caniscol, inspiré des pratiques anglo-saxonnes, utilise la présence d’un chien pour aider des enfants en difficulté de lecture.
  • Testé sur sept enfants âgés de 7 à 11 ans, tous scolarisés en REP+ en Seine-Saint-Denis, le projet se déroule à la bibliothèque universitaire Edgar-Morin de l’Université Sorbonne Paris Nord.
  • Les séances de lecture, en autonomie et sans pression, permettent aux enfants de reprendre confiance en eux, de gérer leurs émotions et de progresser à leur rythme.
  • L’enfant choisit son livre, organise sa lecture et interagit avec le chien, ce qui favorise un sentiment d’efficacité personnelle et une autoévaluation progressive.

Une méthode inspirée des bibliothèques anglo-saxonnes

La lecture à voix haute en compagnie d’un chien n’est pas une pratique nouvelle outre-Atlantique, où elle est courante dans de nombreuses bibliothèques. En France, le dispositif Caniscol, lancé récemment, s’en inspire pour répondre à un enjeu majeur : la baisse générale du niveau de lecture chez les jeunes. Selon Futura Sciences, cette approche s’adresse spécifiquement aux enfants dont les compétences psychosociales – comme la gestion des émotions ou la communication – sont fragilisées. « L’idée est de leur offrir un cadre où ils peuvent lire sans la pression de l’évaluation scolaire », explique Marie-Hélène Paret Passos, ingénieure de recherche à l’Université Sorbonne Paris Nord et autrice de l’article.

Les séances se déroulent dans un espace dédié de la bibliothèque universitaire, où un coin détente est aménagé avec des livres adaptés à chaque âge. Les enfants, au nombre de sept lors de l’expérimentation, sont invités à choisir leur ouvrage et à organiser eux-mêmes leur ordre de passage pour la lecture. « Prendre confiance en leurs capacités à s’organiser fait partie intégrante du dispositif », précise-t-elle. Dès leur arrivée sur le campus, ils doivent également s’occuper de la tenue en laisse du chien, renforçant ainsi leur autonomie.

Un cadre sans évaluation pour libérer la parole

L’un des principes fondamentaux de Caniscol est l’absence totale de jugement. Pendant les quinze minutes de lecture individuelle aux côtés du chien, l’enfant n’est pas interrompu, sauf s’il sollicite de l’aide. « Aucune performance n’est requise », souligne Marie-Hélène Paret Passos. Ce cadre permet à l’enfant de s’installer dans sa lecture sans crainte de l’échec, favorisant ainsi une autoévaluation progressive. Le psychologue Albert Bandura, dont les travaux sur le « sentiment d’efficacité personnelle » sont cités dans l’étude, considère que cette approche peut transformer la confiance en soi des jeunes lecteurs.

Les premiers résultats sont encourageants. Un enfant de CE2, initialement très timide et en difficulté, a vu sa participation en classe s’améliorer après les séances. « Il a commencé à prendre des initiatives, à organiser les tours de lecture et à revenir sur ses erreurs pour les corriger », raconte l’ingénieure. Ce changement d’attitude illustre l’impact du dispositif sur la motivation et l’estime de soi des participants. « Le chien ne considère que l’enfant, et non l’élève en difficulté. Cela permet à l’enfant d’exister pleinement, sans masque ni filtre », ajoute-t-elle.

Des bénéfices physiques et émotionnels documentés

Les études scientifiques citées par Futura Sciences montrent que les interactions avec un chien ont des effets bénéfiques sur les plans physique et émotionnel. Les émotions jouent un rôle clé dans le bien-être et le comportement des enfants, et peuvent même améliorer la mémoire. « Il est raisonnable de considérer la présence canine comme une ressource pour faire fructifier ensemble émotions et apprentissages », estime Marie-Hélène Paret Passos. Dans ce contexte, la lecture devient une activité apaisante, propice à la concentration et à la persévérance.

Le projet Caniscol s’inscrit également dans une démarche de recherche plus large, menée avec le soutien de l’Agence nationale de la recherche (ANR) à travers le programme « La médiation canine au sein des administrations de l’État : analyse socio-anthropologique – MCA-ARION ». Ce soutien souligne l’intérêt académique et social de cette approche innovante, qui pourrait, à terme, être étendue à d’autres établissements scolaires.

Et maintenant ?

Les organisateurs de Caniscol prévoient d’élargir l’expérimentation à d’autres classes et établissements, afin d’évaluer plus précisément l’impact du dispositif sur le long terme. Une publication des résultats détaillés est attendue d’ici la fin de l’année 2026, ce qui pourrait ouvrir la voie à une généralisation de cette méthode dans les écoles françaises. Reste à voir si les pouvoirs publics et les collectivités locales s’empareront de cette initiative pour la déployer à plus grande échelle.

Ce dispositif, encore émergent en France, pourrait bien marquer un tournant dans les stratégies de lutte contre l’illettrisme et les difficultés scolaires. En misant sur le bien-être animal et la confiance en soi, Caniscol propose une alternative aux méthodes traditionnelles, où la lecture redevient un plaisir plutôt qu’une contrainte.

Les participants sont des élèves de primaire scolarisés en REP+ en Seine-Saint-Denis, identifiés comme étant en grande difficulté de lecture et dont les compétences psychosociales sont jugées insuffisantes. Leur participation est volontaire et encadrée par des professionnels de l’éducation.

Oui, le chien utilisé lors des séances, nommé Bahia, a été formé pour interagir avec les enfants dans un cadre éducatif. Son rôle est de créer un environnement apaisant et non jugeant, favorisant ainsi la concentration et l’expression des jeunes lecteurs.