Selon Le Figaro - Immobilier, l’émission Figaro Immo, diffusée sur Figaro TV et animée par Olivier Marin, a réuni Brice Cardi, président du réseau l’Adresse, et Sandrine Allonier, porte-parole du courtier Vousfinancer, pour décrypter les mutations en cours sur le marché immobilier. À travers cette analyse, les deux experts ont passé au crible les conditions d’emprunt, l’évolution des prix et les perspectives pour les ménages comme pour les investisseurs, dans un contexte économique marqué par une inflation persistante et des taux d’intérêt encore volatils.
Ce qu'il faut retenir
- Le marché immobilier français traverse une phase de ralentissement en 2026, avec des prix en hausse modérée (+2,1 % en moyenne nationale sur un an) mais des volumes de transactions en baisse de 12 % par rapport à 2023.
- Les conditions d’emprunt restent sévères : les taux moyens pour un prêt sur 20 ans oscillent entre 3,8 % et 4,2 %, selon les profils, avec des durées d’amortissement souvent limitées à 25 ans.
- Brice Cardi et Sandrine Allonier soulignent une fragmentation du marché : les grandes villes comme Paris ou Lyon voient leurs prix stagner, tandis que certaines zones rurales ou périurbaines bénéficient d’un regain d’attractivité.
- Les primo-accédants restent majoritairement exclus du marché, faute de pouvoir mobiliser un apport personnel suffisant ou de bénéficier de dispositifs d’aide comme le PTZ, dont les conditions se sont durcies.
- Les professionnels anticipent une stabilisation progressive d’ici fin 2026, mais insistent sur la nécessité d’une baisse des taux pour relancer la dynamique.
Un marché à deux vitesses, entre tension sur les prix et assèchement de l’offre
D’après les données présentées dans l’émission, le marché immobilier français en juin 2026 se caractérise par un décalage marqué entre les grandes métropoles et les territoires moins densément peuplés. À Paris, le prix moyen au m² atteint toujours 10 800 €, mais les volumes de ventes ont chuté de près de 20 % sur un an, signe d’un essoufflement de la demande solvable. À l’inverse, des villes comme Clermont-Ferrand, Angers ou même certaines communes de la couronne parisienne enregistrent des hausses de prix comprises entre 5 % et 8 %, portées par des ménages cherchant à quitter les centres-villes pour des logements plus spacieux.
Cette situation s’explique en partie par une pénurie persistante de biens dans les zones tendues, combinée à une baisse du pouvoir d’achat immobilier. Les ménages, confrontés à des mensualités de crédit élevées et à un coût de la vie en hausse, reportent leurs projets ou se tournent vers des solutions alternatives, comme l’achat en copropriété ou le viager. « On observe une segmentation nette entre ceux qui peuvent encore acheter et les autres, qui doivent soit renoncer, soit se rabattre sur des produits moins chers », a précisé Sandrine Allonier.
Des taux d’intérêt encore élevés, malgré des signes d’apaisement
Le coût du crédit immobilier reste l’un des principaux freins à l’accès à la propriété. Selon les dernières statistiques compilées par Vousfinancer, les taux moyens pour un prêt sur 20 ans s’établissent à 4,1 % en juin 2026, avec des écarts importants selon les profils : les meilleurs dossiers obtiennent des taux autour de 3,6 %, tandis que les profils plus risqués se voient proposer des conditions dépassant 4,5 %. Ces niveaux, bien que légèrement inférieurs à ceux de 2023 (4,8 % en moyenne), restent prohibitifs pour de nombreux Français.
Brice Cardi a rappelé que la durée des prêts a également été revue à la baisse, avec une moyenne de 23 ans contre 25 ans auparavant. « Les banques sont plus sélectives sur les durées, car elles anticipent une possible remontée des taux ou une dégradation de la solvabilité des emprunteurs », a-t-il expliqué. Cette prudence bancaire contribue à réduire le pouvoir d’achat immobilier, notamment pour les ménages modestes, qui peinent à mobiliser un apport personnel suffisant.
Les primo-accédants et les classes moyennes en première ligne
L’un des enseignements majeurs de l’analyse menée par les deux experts concerne l’exclusion progressive des primo-accédants du marché. Les dispositifs d’aide comme le Prêt à Taux Zéro (PTZ) ont vu leurs conditions recentrées sur les zones les moins chères du territoire, tandis que les plafonds de ressources ont été relevés, limitant leur portée. Résultat : seulement 18 % des primo-accédants ont pu bénéficier d’un PTZ en 2025, contre 25 % en 2022.
Les classes moyennes, quant à elles, sont contraintes de se rabattre sur des solutions hybrides, comme le cofinancement familial ou l’achat en indivision. « On assiste à un retour en force de l’entraide familiale, ce qui n’est pas sans poser de questions sur l’équité du système », a souligné Sandrine Allonier. Parallèlement, les investisseurs locatifs voient leurs marges se réduire, avec des rendements locatifs en baisse dans la plupart des grandes villes, sauf dans les territoires où la demande locative reste dynamique.
Le marché immobilier français en 2026 se trouve donc à un carrefour. Entre des prix qui résistent et des volumes en baisse, les ménages doivent composer avec des conditions d’emprunt toujours exigeantes. Si certains signes laissent entrevoir une possible détente, rien n’est encore acquis.
D’après Sandrine Allonier de Vousfinancer, les taux d’intérêt restent élevés en raison de la politique monétaire encore restrictive de la BCE, qui cherche à éviter un rebond de l’inflation. Par ailleurs, les banques appliquent des marges de prudence accrues, en anticipation d’un possible durcissement des conditions économiques d’ici fin 2026.
Selon Brice Cardi de l’Adresse, les villes comme Angers, Clermont-Ferrand, mais aussi certaines communes de la grande couronne parisienne (comme Évry ou Meaux) enregistrent les plus fortes hausses de prix. Ces territoires bénéficient d’un double effet : un coût de l’immobilier encore abordable et une amélioration des infrastructures de transport.