Selon Futura Sciences, des archéologues marins ont mis au jour l’un des plus anciens monuments mégalithiques d’Europe occidentale, immergé à 9 mètres de profondeur au large de l’île de Sein, en Bretagne. Une structure de pierre longue de 120 mètres, composée de dalles de granite massives et de monolithes dressés à intervalles réguliers, a été datée entre 5 800 et 5 300 avant notre ère. Cette découverte, publiée dans l’International Journal of Nautical Archaeology, pourrait bouleverser la compréhension des sociétés néolithiques côtières.
Ce qu'il faut retenir
- Une structure mégalithique de 120 mètres de long, immergée à 9 mètres de profondeur, a été identifiée au large de l’île de Sein.
- Le site, daté de 5 800 à 5 300 avant notre ère, précède les plus anciens mégalithes bretons connus de plusieurs siècles.
- Les archéologues estiment qu’il s’agissait d’un piège à poissons ou d’une barrière tidale exploitant les marées.
- Soixante plongées entre 2022 et 2024 ont permis de confirmer l’origine humaine de la structure, écartant l’hypothèse d’une formation naturelle.
- Une douzaine de constructions en pierre annexes ont été cartographiées à proximité du mur principal.
Une découverte révélée par la technologie LiDAR
Tout commence en 2017, lorsque le géologue Yves Fouquet repère des anomalies linéaires sur des cartes des fonds marins breton, obtenues grâce à la technologie LiDAR. Ces formes inhabituelles, situées à 1,9 km à l’ouest de l’île de Sein, retiennent son attention. Il faut attendre 2022 pour que les premières plongées de vérification débutent, associant la Société d’archéologie et de mémoire maritime (SAMM) à l’équipe de Fouquet. Pendant trois ans, soixante plongées dans des conditions difficiles – face aux vagues atlantiques et aux courants violents – permettent d’écarter l’hypothèse d’une formation naturelle. « La structure est bien d’origine humaine », a confirmé Yves Fouquet dans une déclaration relayée par Futura Sciences.
Les dimensions de l’édifice impressionnent : 120 mètres de long, 20 mètres de large et une hauteur moyenne de 2 mètres. L’ensemble est composé de dalles de granite massives, de pierres plus petites et de monolithes disposés à intervalles réguliers. À proximité, une douzaine d’autres constructions en pierre ont été identifiées, probablement liées au même complexe.
Un complexe néolithique bien plus ancien que prévu
La datation du site le place entre 5 800 et 5 300 avant notre ère, une période antérieure de plusieurs siècles aux premiers mégalithes bretons connus. À cette époque, le niveau de la mer était bien plus bas : le plateau aujourd’hui immergé à 9 mètres de profondeur formait alors un paysage côtier habité. « Ce mur englouti depuis des millénaires pourrait révéler un savoir-faire oublié des peuples préhistoriques », a souligné un porte-parole de la SAMM cité par Futura Sciences. Les chercheurs estiment que les communautés néolithiques locales maîtrisaient des techniques d’extraction, de transport et d’assemblage de blocs de granite avec une régularité géométrique notable, remettant en cause l’image de sociétés « primitives » souvent associée à cette période.
Les archéologues avancent l’hypothèse que ce complexe servait de piège à poissons ou de barrière tidale, exploitant les mouvements de marée pour capturer les ressources marines. Une ingénierie halieutique ancestrale, qui illustre l’adaptation des sociétés côtières à leur environnement. Cette découverte n’est pas isolée : en 2023, un mur vieux d’environ 11 000 ans, composé de quelque 1 500 pierres sur près d’un kilomètre, avait été mis au jour à 21 mètres de profondeur dans la baie de Mecklembourg, en mer Baltique. Les zones littorales englouties par la montée des eaux post-glaciaires recèlent visiblement des archives archéologiques considérables, encore largement inexploitées.
Un site qui relance l’intérêt pour l’archéologie sous-marine française
Publiée dans l’International Journal of Nautical Archaeology, cette découverte bouscule la compréhension des sociétés littorales du Néolithique. Elle s’inscrit dans la continuité des travaux menés par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sur les îles bretonnes comme Béniguet ou Molène, où l’habitat sédentaire à cette époque reste un mystère. « Ce site ne se résume pas à une curiosité archéologique. Il témoigne d’une organisation sociale et d’une maîtrise technique que l’on n’attendait pas à cette période dans cette région », a déclaré un chercheur de l’Inrap, cité par Futura Sciences. Cette avancée renforce l’importance de l’archéologie sous-marine, un domaine encore peu exploré en France.
L’équipe continue ses investigations pour affiner la datation de chaque élément du site et replacer ces structures dans leur contexte culturel et environnemental précis. Les prochaines campagnes de plongée devraient permettre de préciser l’usage exact de ce complexe et son lien avec les autres vestiges néolithiques de la région. Pour les passionnés de préhistoire maritime, suivre les publications de l’International Journal of Nautical Archaeology s’avère désormais indispensable pour ne pas manquer ces révisions majeures de notre passé.
Cette découverte bretonne rappelle une vérité simple : ce que la mer a caché pendant des millénaires, la science commence tout juste à nous le restituer. Une fenêtre ouverte sur un monde englouti que l’on croyait définitivement perdu.
La montée des eaux consécutive à la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 10 000 ans, a progressivement englouti le plateau sur lequel se trouvait ce complexe. À l’époque de sa construction, il y a 7 000 ans, le niveau de la mer était bien plus bas, et cette zone formait un paysage côtier habité.
Les archéologues prévoient de multiplier les campagnes de prospection LiDAR sur les fonds marins bretons, notamment autour des îles de Béniguet et de Molène. Des fouilles sous-marines pourraient également être organisées pour explorer d’autres structures similaires, encore non identifiées.