Une équipe internationale de 23 chercheurs, majoritairement chinois, a révélé la présence de 32 espèces marines totalement inconnues à plus de 10 000 mètres de profondeur dans le Pacifique. Selon Futura Sciences, ces micro-organismes ont été identifiés lors d’une campagne d’exploration menée entre 2020 et 2024, dont les résultats ont été publiés dans la revue Science le 22 juin 2026. L’étude, menée à bord du submersible Fendouzhe — un engin capable de descendre jusqu’à 10 000 mètres —, a permis de cartographier sept zones hadales, dont les fosses des Mariannes et des Kermadec, parmi les plus profondes au monde.
Ce qu'il faut retenir
- 32 espèces inédites, dont la majorité n’avait jamais été répertoriée, réparties dans six groupes biologiques majeurs
- Des organismes millimétriques, comme des foraminifères et des bryozoaires, vivant dans un environnement extrême : pression écrasante, obscurité totale et températures proches du point de congélation
- La découverte de grains de pollen partiellement digérés dans ces organismes remet en cause l’hypothèse selon laquelle la vie abyssale ne dépendrait que de la chimiosynthèse
- Ces écosystèmes pourraient jouer un rôle clé dans la régulation du carbone océanique, un mécanisme encore méconnu
- Les chercheurs ont réalisé 98 plongées entre 2020 et 2024 pour explorer ces zones jusqu’alors considérées comme quasi stériles
Une exploration menée dans les abysses les plus profonds du globe
Entre 6 000 et 10 900 mètres sous la surface, là où la lumière ne parvient jamais et où la pression atteint plus de 1 000 fois celle de la surface, des colonies d’organismes inconnus ont été observées. Selon le professeur Peng Xiaotong, coauteur de l’étude et chercheur à l’Institut des sciences et de l’ingénierie des grands fonds marins, ces créatures vivent « littéralement accrochées à la roche ». Parmi les espèces identifiées figurent quatre micro-organismes particulièrement abondants dans la fosse de Kermadec, baptisés « plumes de roche » pour leur aspect filiforme ou tubulaire.
Les foraminifères agglutinés, qui construisent leur coquille à partir de particules sédimentaires, dominent ces écosystèmes rocheux. Deux nouvelles familles ont été nommées : les Plumettidae pour les foraminifères unicellulaires et les Pierrellidae pour les bryozoaires. Ces découvertes contredisent en partie les théories existantes, puisque les chercheurs y ont retrouvé des traces de matière organique d’origine superficielle — notamment des grains de pollen — suggérant que ces organismes se nourrissent de débris organiques transportés par les courants.
Un bouleversement des connaissances sur la vie abyssale
Jusqu’à présent, la communauté scientifique pensait que les écosystèmes hadaux tiraient leur énergie principalement de la chimiosynthèse, un processus où des bactéries utilisent des réactions chimiques pour produire de la matière organique sans lumière. Or, la présence de grains de pollen digérés dans les tissus de ces micro-organismes indique qu’ils sont en réalité hétérotrophes : ils consomment la matière organique provenant de la surface, piégée par les parois abruptes des fosses. « Cela change complètement notre compréhension des chaînes alimentaires abyssales », a souligné le professeur Xiaotong.
Cette découverte ouvre également des perspectives insoupçonnées sur le rôle de ces organismes dans les cycles biogéochimiques. Les chercheurs estiment que ces écosystèmes pourraient représenter un réservoir de carbone significatif, participant ainsi à la régulation du climat à l’échelle planétaire. Une hypothèse qui, si elle se confirme, pourrait avoir des implications majeures pour la modélisation des flux de carbone dans les océans.
Des écosystèmes plus répandus qu’imaginé ?
L’équipe de recherche a observé des communautés similaires dans plusieurs fosses du Pacifique, suggérant que ces écosystèmes rocheux pourraient être bien plus répandus qu’on ne le pensait. « Nous n’avons fait qu’effleurer la surface de ce qui existe dans les abysses », a déclaré un chercheur impliqué dans l’étude. Les fosses des Mariannes, avec son point le plus profond à 10 994 mètres (Challenger Deep), et des Kermadec, sont parmi les zones les plus étudiées, mais d’autres fosses pourraient abriter des formes de vie comparables.
Ces résultats renforcent l’idée que les grands fonds marins, longtemps considérés comme des déserts biologiques, abritent en réalité une biodiversité insoupçonnée. Ils soulèvent également des questions sur la résilience de ces écosystèmes face aux perturbations extérieures, notamment l’exploitation minière des fonds marins, dont les impacts restent mal évalués.
Ces découvertes rappellent, une fois de plus, que les océans restent l’un des derniers frontières inexplorées de la planète. Comme le conclut l’équipe dans son article : « Chaque plongée dans les abysses nous rappelle que la nature a encore beaucoup de secrets à nous révéler. »
Elles remettent en cause les théories existantes sur les sources d’énergie des écosystèmes abyssaux et révèlent un rôle potentiel dans la régulation du carbone océanique, un mécanisme clé pour comprendre les changements climatiques. De plus, elles élargissent notre connaissance de la biodiversité marine, encore largement méconnue à ces profondeurs.
Une mission d’exploration est programmée pour 2027, avec pour objectif d’étudier d’autres fosses océaniques, notamment en Asie et dans l’Atlantique. Les chercheurs souhaitent également évaluer l’impact de l’exploitation minière des fonds marins sur ces écosystèmes encore fragiles.