Une équipe de chercheurs français et européens a présenté, ce 8 juin 2026, les résultats préliminaires d’une étude visant à transformer les déchets plastiques en source d’énergie, selon Franceinfo - Sciences. L’objectif ? Proposer une solution alternative à l’incinération ou au stockage, tout en réduisant l’impact environnemental de ces matériaux.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet pilote mené par des scientifiques français et européens montre que le plastique peut être converti en énergie grâce à un procédé innovant.
- Les tests en laboratoire indiquent une efficacité énergétique de 75 % pour certains types de polymères.
- Les chercheurs soulignent que cette méthode pourrait diviser par deux les émissions de CO₂ par rapport à l’incinération classique.
- Le projet est soutenu par l’Union européenne, dans le cadre de son plan « Zéro plastique » d’ici 2030.
Un procédé innovant, encore à l’essai
Les scientifiques impliqués dans ce projet, coordonnés par le CNRS et l’Université de Lyon, ont mis au point une technologie basée sur la pyrolyse catalytique. Ce procédé consiste à chauffer les déchets plastiques en absence d’oxygène, ce qui permet de les décomposer en gaz et en huile, utilisables ensuite comme carburants ou sources d’énergie.
Les premiers essais, réalisés sur des échantillons de polyéthylène (PE) et de polystyrène (PS), ont donné des résultats encourageants. « Nous avons atteint un rendement énergétique de 75 % pour le PE, ce qui est bien supérieur aux méthodes traditionnelles », a déclaré le Pr. Jean-Marc Lévêque, responsable du laboratoire lyonnais. « Le défi maintenant est de passer à l’échelle industrielle » a-t-il ajouté.
Un enjeu environnemental majeur
Chaque année, la France produit environ 3,5 millions de tonnes de déchets plastiques, dont seulement 45 % sont recyclés, selon les chiffres de l’ADEME. Le reste est incinéré ou enfoui, générant des émissions de CO₂ et des résidus toxiques. Avec ce nouveau procédé, les chercheurs estiment qu’il serait possible de réduire de moitié les émissions liées à la gestion de ces déchets.
« Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est une piste sérieuse pour limiter l’impact environnemental », a précisé le Pr. Lévêque. « Nous travaillons également sur la capture du CO₂ produit lors du processus, afin d’atteindre une neutralité carbone » a-t-il précisé. Pour l’instant, les tests restent limités à des volumes de quelques kilogrammes, mais une phase d’essai à plus grande échelle est prévue pour 2027.
Un soutien européen, mais des défis persistants
Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme Horizon Europe, qui alloue 2,5 millions d’euros à la recherche sur le recyclage des plastiques. L’Union européenne, qui vise la neutralité carbone d’ici 2050, voit dans cette technologie une solution complémentaire aux efforts de réduction et de réutilisation.
Cependant, plusieurs obstacles restent à surmonter. D’abord, le coût de l’installation : « Une unité de pyrolyse catalytique coûte aujourd’hui entre 5 et 10 millions d’euros, ce qui la rend inaccessible pour beaucoup de collectivités », explique le chercheur. Ensuite, la qualité des produits finaux : « L’huile obtenue n’est pas encore assez pure pour être utilisée directement dans les moteurs, il faut encore la raffiner » a-t-il ajouté.
Côté réglementation, la France et l’UE devront trancher sur l’intégration de cette technologie dans leur stratégie de gestion des déchets. « Tout dépendra des résultats des essais grandeur nature et des arbitrages budgétaires », estime un expert proche du dossier.
Non. Les premiers tests ont porté sur le polyéthylène (PE) et le polystyrène (PS), mais d’autres polymères comme le PVC posent encore problème en raison de leur composition chimique. Les chercheurs étudient des solutions pour les inclure dans le processus.
Le recyclage mécanique (broyage et refonte) ne fonctionne que pour certains plastiques, souvent de qualité inférieure après traitement. La pyrolyse, elle, permet de valoriser une plus grande variété de déchets, même souillés, et produit des gaz ou des huiles utilisables comme carburants.