Selon Futura Sciences, une étude récente publiée dans la revue Environment International par l’Institut de diagnostic environnemental et d’études sur l’eau (IDAEA-CSIC) et l’Université de Florence met en lumière un risque sanitaire méconnu lié à la conservation du poisson dans des emballages en plastique. Menée dans des conditions réelles d’utilisation domestique, cette recherche révèle que les additifs chimiques présents dans les plastiques migrent vers l’aliment, même à basse température. Les résultats soulignent des dépassements de seuils de sécurité pour certains composés, notamment le bisphénol A (BPA), et un risque accru pour les enfants.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude publiée dans Environment International montre que les emballages plastiques libèrent des additifs chimiques dans le poisson, même après conservation au réfrigérateur ou au congélateur.
  • Les chercheurs ont analysé la migration de quatre familles de substances (phtalates, esters organophosphorés, bisphénols, plastifiants de substitution) sur du saumon, du thon et du merlu, conservés dans différents types d’emballages.
  • Jusqu’à 98 % de migration pour certains plastifiants lipophiles dans les poissons gras comme le saumon.
  • Les barquettes compostables à base de cellulose présentent un risque supérieur à celui des plastiques conventionnels.
  • Les concentrations en BPA dans le poisson dépassent parfois les nouvelles limites fixées par l’EFSA en 2023, jugées 20 000 fois plus strictes qu’auparavant.
  • Les enfants sont dix fois plus exposés que les adultes en raison de leur poids corporel plus faible.

Des plastiques « inertes » en apparence, mais pas en réalité

Les emballages en plastique, souvent perçus comme des barrières protectrices, contiennent en réalité plus de 12 000 substances chimiques ajoutées aux polymères pour leur conférer des propriétés spécifiques : souplesse, durabilité ou résistance. Parmi elles, des plastifiants comme les phtalates, des bisphénols ou encore des retardateurs de flamme. Ces composés, rappelle l’étude, ne sont pas inertes et peuvent migrer vers les aliments via trois voies principales : la pollution environnementale, la transformation des produits, ou leur conservation dans des emballages inadaptés.

Jusqu’à présent, les recherches sur les contaminants alimentaires se concentraient sur le produit avant sa commercialisation, sans tenir compte des processus de conservation ou de cuisson. Cette étude, menée dans des conditions réelles de réfrigération et de congélation à domicile, comble une lacune majeure en analysant le transfert de ces substances vers le poisson, l’un des aliments les plus consommés en Espagne.

Le froid ne stoppe pas la migration des substances chimiques

Les résultats de l’étude révèlent que le temps de contact et la température jouent un rôle clé dans la migration des additifs. Si le froid ralentit généralement les réactions chimiques, il n’empêche pas totalement le transfert. Par exemple, le dihexylphtalate (DHEXP) n’a montré une migration significative que dans les échantillons congelés, confirmant que plus la durée de stockage est longue, plus le risque de contamination augmente.

La nature du poisson influence également l’ampleur de cette migration. Dans les poissons gras comme le saumon, les plastifiants lipophiles (se dissolvant dans les graisses) atteignent des taux de transfert de 95 à 98 %. À l’inverse, dans le merlu, poisson maigre à forte teneur en eau, ce sont les bisphénols, plus solubles dans l’eau, qui migrent en plus grande quantité. Ces différences soulignent la complexité du phénomène et la nécessité d’adapter les emballages à chaque type de produit.

Les alternatives compostables : un risque sous-estimé

Face à la pollution plastique, les emballages compostables à base de cellulose étaient présentés comme une solution durable. Pourtant, l’étude révèle qu’ils peuvent contenir des taux plus élevés de plastifiants, entraînant une migration supérieure à celle observée avec les plastiques conventionnels. Les niveaux de risque les plus élevés ont été détectés dans du merlu congelé conservé dans ces barquettes alternatives. Un paradoxe qui interroge sur l’innocuité des matériaux dits « écologiques ».

Les chercheurs rappellent que ces substances, souvent des perturbateurs endocriniens, agissent à faible dose sur le long terme. Elles peuvent favoriser l’infertilité, le diabète, des maladies cardiovasculaires ou certains cancers. Leur toxicité n’est pas immédiate, mais cumulative, liée à une exposition répétée à de petites doses.

Les enfants, première population à risque

L’évaluation de l’exposition par ingestion, combinant les données de migration avec les habitudes de consommation en Espagne, révèle que les bébés et les enfants sont dix fois plus exposés que les adultes. Leur poids corporel réduit et leur consommation proportionnellement plus élevée de poisson amplifient les effets de ces contaminants. Le bisphénol A, dont les concentrations dépassent parfois les seuils fixés par l’EFSA, est particulièrement préoccupant.

Les auteurs de l’étude soulignent que la plupart des composés analysés ne présentent pas de risque aigu, à l’exception du BPA. En 2023, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a drastiquement réduit les limites d’exposition sans danger pour ce composé, en raison de son potentiel toxique. Pourtant, les résultats de cette étude montrent que ces nouvelles normes sont parfois dépassées dans des conditions réelles de conservation.

Et maintenant ?

Cette étude intervient dans un contexte réglementaire en évolution. L’Espagne a interdit en 2022 l’utilisation des phtalates et du BPA dans les emballages, mais les résultats de 2025 révèlent que ces substances sont toujours présentes dans des emballages commercialisés. L’Union européenne a adopté en 2024 un règlement limitant le BPA dans les emballages alimentaires, applicable depuis janvier 2025 avec une période de transition de 36 mois. La mise en place de contrôles stricts et l’évaluation des substituts chimiques restent des priorités pour les autorités sanitaires.

Pour les consommateurs, les auteurs recommandent de réduire le temps de contact entre le poisson et le plastique, d’éviter de réchauffer les aliments dans des récipients en plastique, et de privilégier les contenants en verre. Cependant, la solution durable passera nécessairement par une refonte des réglementations et des pratiques industrielles.

Un enjeu de santé publique qui dépasse les frontières

Si cette étude se concentre sur l’Espagne et des espèces locales, ses conclusions s’appliquent à l’ensemble des pays où le poisson est un aliment de base. La contamination par les emballages plastiques n’est qu’un maillon d’une chaîne plus large : pollution marine, transformation industrielle et conservation domestique. Face à l’urgence sanitaire, les auteurs appellent à une approche globale, combinant réglementation, innovation et sensibilisation des consommateurs.

Les prochaines étapes pourraient inclure des campagnes de contrôle renforcées sur les emballages commercialisés et une révision des normes européennes pour intégrer les données de migration en conditions réelles. Reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour protéger les populations les plus vulnérables, notamment les enfants.

En attendant, les consommateurs peuvent limiter leur exposition en adaptant leurs pratiques de conservation, sans pour autant renoncer à un aliment essentiel à une alimentation équilibrée.

Selon l’étude, les barquettes compostables à base de cellulose et les plastiques contenant des phtalates ou du bisphénol A (BPA) sont ceux qui libèrent le plus d’additifs chimiques. Les poissons gras comme le saumon sont particulièrement touchés par la migration des plastifiants lipophiles, tandis que les poissons maigres comme le merlu voient davantage migrer les bisphénols.