Les professionnels de l’immobilier en France constatent un net ralentissement de la reprise amorcée fin 2024, comme l’attestent les dernières données du premier trimestre 2026. Selon BFM Immo, les transactions immobilières se maintiennent à un niveau stable, mais sans signe de rebond significatif, alors que les acteurs du secteur tablaient sur une année 2026 plus dynamique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le nombre de transactions immobilières en France s’élève à 952 000 ventes sur douze mois à fin mars 2026, un niveau stable mais sans progression par rapport à décembre 2025
  • En Île-de-France, le marché affiche une légère baisse de 3 % sur un an, notamment pour les appartements anciens
  • Les prix des logements anciens en province se sont stabilisés (+0,1 % sur un an) après quatre trimestres de hausse, tandis qu’en Île-de-France ils progressent encore de 0,6 %
  • Les notaires du Grand Paris anticipent un marché « durablement ralenti au moins jusqu’en 2027 » en raison des tensions géopolitiques et économiques
  • Les taux d’intérêt moyens pour un crédit sur 25 ans atteignent 3,48 % début juin 2026, en hausse de 17 points de base depuis août 2025
  • La construction neuve subit un double effet : hausse des coûts des matériaux et ralentissement des permis de construire en avril 2026

Un marché immobilier sous l’effet des tensions économiques

La conjoncture économique actuelle freine la dynamique de reprise du secteur immobilier, pourtant espérée après trois années de crise. Selon BFM Immo, « les perspectives positives initialement envisagées pour 2026 ont été largement affaiblies par les nouvelles tensions géopolitiques internationales et leurs conséquences économiques ». Les notaires du Grand Paris soulignent dans leur bilan que « dans ce contexte, les professionnels anticipent désormais un marché durablement ralenti au moins jusqu’à 2027 ».

Les ménages et investisseurs restent prudents face à un environnement marqué par le retour attendu de l’inflation et la possible remontée des taux d’intérêt. Bien que la Banque centrale européenne ait maintenu ses taux directeurs inchangés, les conditions d’accès au crédit se durcissent : certains dossiers peinent désormais à aboutir, et les taux pratiqués par les banques ont augmenté de 17 points de base entre août 2025 et avril 2026. L’Observatoire Crédit Logement estime la moyenne à 3,23 %, tandis que les courtiers évoquent un taux moyen de 3,48 % sur 25 ans début juin 2026.

Des transactions stables, mais un marché en panne de dynamisme

Pour la première fois depuis la reprise de fin 2024, le nombre de transactions immobilières en France s’est « stabilisé » à 952 000 ventes sur douze mois à fin mars 2026, selon l’indice notaires-Insee. Ce chiffre équivaut à celui de décembre 2025, après une année de progression qui avait permis de sortir du point bas enregistré en novembre 2024 avec 778 000 transactions cumulées sur un an. À titre de comparaison, la baisse avait atteint un pic de -23 % en février 2024 par rapport à l’année précédente.

Ce niveau de transactions représente environ 2,5 % du stock total de logements en France, un taux proche de celui des années 2000, mais bien inférieur au pic du troisième trimestre 2021 où les ventes atteignaient 3,3 % du stock. Les professionnels notent par ailleurs un « afflux de biens mis en vente » en anticipation d’un éventuel blocage du marché, alors même que la demande reste fragile.

Des disparités marquées entre Île-de-France et province

En Île-de-France, le marché immobilier affiche une légère baisse de 3 % sur un an, principalement portée par un recul des ventes d’appartements anciens. À l’inverse, les maisons en grande couronne enregistrent une hausse des transactions. Ce ralentissement se répercute sur les prix, dont la progression est désormais freinée en début d’année. Les notaires observent notamment une stabilisation des prix des logements anciens en province (+0,1 % sur un an) après quatre trimestres consécutifs de hausse.

En Île-de-France, la situation est plus contrastée : les prix ont continué d’augmenter pour le troisième trimestre consécutif (+0,6 %), mais avec d’importantes disparités. Les appartements enregistrent une progression de +1 %, tandis que les maisons voient leurs prix reculer de -0,4 %. Les notaires y voient le signe d’une « normalisation des prix, et non d’un retour à la hausse ». À Paris, le prix moyen des appartements anciens s’établit toujours à 9 600 euros le mètre carré au premier trimestre 2026, un niveau qui devrait rester stable jusqu’en juin 2026 selon leurs estimations.

La construction neuve également en difficulté

Le secteur de la construction neuve n’est pas épargné par le ralentissement. D’un côté, les coûts des matériaux continuent de peser sur les budgets des promoteurs, de l’autre, les autorisations et permis de construire délivrés ont fortement ralenti en avril 2026. Cette baisse intervient après plusieurs mois de forte hausse, laissant présager un ajustement de l’offre à venir. Les professionnels s’interrogent sur la capacité du marché à absorber cette nouvelle donne, alors que la demande reste hésitante.

Et maintenant ?

Les acteurs du marché immobilier tablent sur une période de « normalisation » plutôt que de reprise franche d’ici 2027. Les prochaines échéances à surveiller incluent les décisions de la Banque centrale européenne sur ses taux directeurs, ainsi que l’évolution des tensions géopolitiques, deux facteurs qui pourraient influer sur la confiance des ménages et des investisseurs. La capacité du secteur à absorber le stock de biens mis en vente sans effondrement des prix constituera également un test clé pour les mois à venir.

Reste à voir si les politiques publiques, notamment en matière de financement du logement, parviendront à inverser cette tendance morose. Dans l’attente, les professionnels appellent à la prudence, soulignant que « le marché pourrait rester sous tension tant que les conditions économiques ne se seront pas clarifiées ».

Les taux pratiqués par les banques pour les crédits immobiliers ne dépendent pas uniquement des taux directeurs de la BCE. Ils intègrent aussi les coûts de refinancement des établissements bancaires, leur marge de risque et les anticipations des marchés. Depuis août 2025, les taux moyens pour un prêt sur 25 ans sont passés de 3,31 % à 3,48 % début juin 2026, reflétant une tension sur les conditions de financement malgré la stabilité de la BCE.