Le fondateur d’Amazon et de Blue Origin, Jeff Bezos, a réitéré le 17 juin 2026, lors du salon VivaTech à Paris, une proposition choc : déplacer les industries lourdes et polluantes vers l’espace pour permettre à la Terre de retrouver un état pré-industriel. Selon Futura Sciences, cette déclaration s’inscrit dans une vision de long terme, déjà esquissée par le milliardaire en 2021, mais qui suscite à nouveau débats et interrogations.
Ce qu'il faut retenir
- Jeff Bezos propose de transférer les industries polluantes vers l’espace pour « restaurer la Terre comme une planète-jardin » avant la révolution industrielle.
- Le milliardaire mise sur l’exploitation des astéroïdes et de la Lune pour extraire matières premières et énergie, un scénario inspiré des travaux du physicien Gerard O’Neill.
- Blue Origin, sa société spatiale, développe des technologies pour rendre ces projets réalisables d’ici plusieurs décennies.
- Bezos a déjà engagé 10 milliards de dollars via le Bezos Earth Fund pour lutter contre le réchauffement climatique, montrant un engagement concret sur le court terme.
- Les critiques pointent un techno-solutionnisme naïf, estimant que les solutions terrestres doivent primer à court terme.
Une proposition ancienne, mais relancée avec force en 2026
Lors de son intervention à VivaTech, Jeff Bezos a réaffirmé sa conviction : « Si le voyage spatial devient suffisamment fiable et bon marché, et si nous pouvons obtenir nos matières premières d’astéroïdes et d’objets proches de la Terre et de la Lune, alors cette planète-jardin pourra être rendue à son état d’avant la révolution industrielle », a-t-il déclaré. Selon Futura Sciences, cette idée n’est pas nouvelle pour le milliardaire, qui l’avait déjà exposée en 2021 après son premier vol suborbital avec Blue Origin.
Le fondateur d’Amazon ne cache pas son admiration pour le physicien Gerard O’Neill (1927-1992), pionnier des colonies spatiales. Bezos a d’ailleurs suivi ses cours à Princeton dans les années 1980 et cite régulièrement ses travaux, notamment son livre The High Frontier, publié en 1976. O’Neill y imaginait des habitats spatiaux capables d’accueillir des millions de personnes, tout en permettant à la Terre de se régénérer.
Des arguments scientifiques, mais un calendrier incertain
Les calculs d’O’Neill, comme ceux de ses étudiants, suggèrent que l’exploitation des ressources lunaires ou astéroïdales serait beaucoup moins énergivore que sur Terre. Par exemple, extraire de l’aluminium ou du titane depuis la Lune coûterait moins cher que depuis notre planète, en raison de la faible gravité. De même, l’énergie solaire y serait disponible en permanence, sans atmosphère pour l’atténuer. Ces idées, bien que théoriques, restent étudiées par la NASA et des entreprises privées comme Blue Origin.
Pourtant, les obstacles sont immenses. Selon Futura Sciences, Bezos lui-même reconnaît que ces projets prendront « des décennies ». Parmi les défis majeurs : la construction d’ascenseurs spatiaux pour redescendre les matériaux produits, la protection des colons contre les radiations cosmiques, et la faisabilité économique d’une telle migration industrielle.
Un engagement environnemental parallèle, mais critiqué
En mars 2020, Jeff Bezos a annoncé la création du Bezos Earth Fund, doté de 10 milliards de dollars sur dix ans, pour financer des solutions contre le changement climatique. Ce fonds soutient des projets de reforestation, d’énergie renouvelable et d’innovation verte. Pour autant, certains observateurs questionnent la cohérence entre cette démarche et sa vision spatiale.
« On peut critiquer Jeff Bezos sur divers sujets, mais il ne semble pas pour le moment donner les mêmes signes inquiétants qu’Elon Musk », note Futura Sciences. Le milliardaire n’est pas accusé de greenwashing, mais son plan spatial est parfois perçu comme un techno-solutionnisme naïf, minimisant l’urgence d’agir sur Terre. « Il nous faut agir tout de suite, ici et maintenant, en adoptant une décroissance la moins traumatisante possible », souligne la source.
Les héritiers d’O’Neill : une génération d’entrepreneurs spatiaux
Jeff Bezos n’est pas seul dans cette quête. D’autres figures, comme Elon Musk avec SpaceX ou Peter Thiel, partagent cette fascination pour la colonisation spatiale. Mais Bezos se distingue par son approche plus « low-key », sans les déclarations provocatrices de Musk. Son modèle s’inspire directement des travaux d’O’Neill, dont les colonies cylindriques ou en forme de tore pourraient, en théorie, accueillir des millions d’habitants.
Selon Futura Sciences, ces projets restent aujourd’hui du domaine de la science-fiction, mais les avancées technologiques (robotique, IA, propulsion) pourraient les rendre envisageables d’ici 2050-2100. « Les calculs de O’Neill montrent qu’une partie de l’humanité pourrait quitter la Terre à l’horizon 2100, tout en continuant à alimenter notre planète en énergie et en matériaux », explique le média.
Reste une question ouverte : faut-il miser sur l’espace pour sauver la Terre, ou risque-t-on de détourner des ressources cruciales pour des utopies lointaines ? Pour l’heure, Jeff Bezos continue de parier sur les deux tableaux.
Les critiques soulignent d’abord un manque de réalisme à court terme, les colonies spatiales n’étant pas envisageables avant plusieurs décennies. Ensuite, certains y voient un techno-solutionnisme, minimisant l’urgence d’agir sur Terre pour réduire la pollution et les émissions. Enfin, le coût écologique et énergétique des voyages spatiaux est souvent pointé du doigt, alors que les défis climatiques exigent des solutions immédiates.