Selon Futura Sciences, des chercheurs viennent de mettre au jour la plus ancienne trace d’infection par Yersinia pestis dans quatre cimetières néolithiques situés autour du lac Baikal, en Sibérie. Cette découverte, publiée dans la revue Nature, repousse de cinq siècles l’histoire connue de la peste et suggère qu’elle a pu provoquer des épidémies bien plus meurtrières qu’on ne le pensait au Néolithique.

Ce qu’il faut retenir

  • Des chercheurs ont identifié la plus ancienne infection à Yersinia pestis, datant de 5 500 ans, dans des sépultures de chasseurs-cueilleurs près du lac Baikal, en Sibérie.
  • Sur les 48 individus analysés, 18 étaient porteurs de la bactérie au moment de leur mort, dont de nombreux enfants, suggérant une létalité élevée.
  • La souche identifiée possédait un superantigène unique, susceptible de déclencher des réactions immunitaires extrêmes, aggravant la mortalité.
  • Les décès sont survenus sur un intervalle de temps très court, corroborant l’hypothèse d’une épidémie fulgurante.
  • La transmission aurait pu s’effectuer via des marmottes, selon les auteurs de l’étude.

Une souche bactérienne plus ancienne que les grandes pandémies médiévales

Longtemps associée aux fléaux du Moyen Âge, la peste n’a pas attendu cette époque pour frapper les populations humaines. Selon Futura Sciences, des études antérieures avaient déjà révélé la présence de Yersinia pestis dans des ossements datés d’environ 5 000 ans, découverts au Danemark et en Suède. Ces découvertes avaient confirmé que la bactérie circulait déjà au Néolithique, mais sans permettre d’évaluer précisément sa létalité ou son mode de propagation.

La nouvelle étude, menée par une équipe internationale de chercheurs, change la donne. En analysant l’ADN de 48 individus inhumés dans quatre sites néolithiques autour du lac Baikal, les scientifiques ont identifié 18 porteurs de Yersinia pestis — soit 40 % de l’échantillon. Parmi ces victimes figuraient de nombreux enfants, un indice fort en faveur d’une maladie particulièrement virulente à l’époque.

Des tombes familiales et des décès groupés : les signes d’une épidémie

Les datations au radiocarbone ont révélé que les décès étaient concentrés sur une période très courte, un élément clé pour confirmer l’hypothèse d’une épidémie. Plusieurs tombes contenaient en outre des membres d’une même famille — frères et sœurs, parents et enfants — infectés simultanément. « En combinant l’ADN de la bactérie, les liens de parenté entre les victimes, les données archéologiques et les datations au radiocarbone, nous avons pu reconstituer avec une précision inédite le déroulement de ces épidémies préhistoriques », a déclaré Ruairidh Macleod, auteur principal de l’étude et chercheur à l’université d’Oxford.

Ces observations contrastent avec les soupçons émis jusqu’alors selon lesquels les premières souches de peste, dépourvues des gènes permettant une transmission rapide par les puces, auraient eu un impact moins sévère que les pandémies médiévales. Les résultats de l’étude suggèrent au contraire que cette souche ancienne était hautement létale, notamment pour les populations les plus vulnérables.

Un superantigène inconnu, responsable d’une réaction immunitaire dévastatrice

L’analyse génétique de la souche a révélé une caractéristique inattendue : la présence d’un superantigène, une molécule capable de provoquer une réponse immunitaire extrême. Ce superantigène n’a jamais été observé dans les souches historiques de Yersinia pestis, ce qui pourrait expliquer la gravité exceptionnelle de cette épidémie. « Les superantigènes sont associés à des complications inflammatoires sévères, ce qui aurait pu aggraver la létalité de la maladie », a expliqué Macleod.

Cette découverte ouvre de nouvelles pistes pour comprendre comment certaines maladies anciennes ont pu décimer des populations entières, bien avant l’ère des grandes civilisations. Elle suggère également que la peste était déjà capable de provoquer des épidémies meurtrières plusieurs millénaires avant les pandémies documentées de l’histoire écrite.

Une transmission via les marmottes ? Les hypothèses des chercheurs

Si la propagation de la peste au Moyen Âge était principalement assurée par les puces des rats, les chercheurs estiment que la souche de Sibérie a pu se transmettre par d’autres vecteurs. Selon les données archéologiques et les analyses génétiques, les chasseurs-cueilleurs du lac Baikal auraient été infectés par contact avec des marmottes. Ces rongeurs, encore aujourd’hui porteurs de souches de peste en Asie centrale, auraient pu transmettre la bactérie directement aux humains.

Cette hypothèse s’appuie sur la répartition géographique des sites étudiés et sur des traces archéologiques suggérant une interaction fréquente entre les populations locales et ces animaux. « Certaines données archéologiques laissent penser que les communautés de chasseurs-cueilleurs étudiées ici auraient quant à elles été infectées via un contact proche avec des marmottes », précisent les auteurs de l’étude. Cette piste pourrait également expliquer la rapidité de la propagation au sein des groupes humains.

Et maintenant ?

Cette découverte soulève de nouvelles questions sur le rôle des épidémies dans l’histoire des populations préhistoriques. Si les chercheurs ont pu reconstituer le scénario de cette épidémie, d’autres études seront nécessaires pour déterminer si des souches similaires ont frappé d’autres régions du globe à la même époque. Par ailleurs, l’analyse des génomes de Yersinia pestis pourrait révéler d’autres mécanismes de virulence encore inconnus, offrant un éclairage inédit sur l’évolution des maladies infectieuses.

Pour l’heure, cette étude marque une étape majeure dans la compréhension des origines de la peste. Elle rappelle que les épidémies ne sont pas une exclusivité des périodes historiques, mais remontent à bien plus loin dans le temps. Comme le souligne Futura Sciences, cette découverte « montre que la peste était déjà capable de provoquer des épidémies meurtrières plusieurs millénaires avant l’apparition des grandes civilisations et bien avant les pandémies qui ont marqué l’histoire écrite ».

La souche identifiée possédait un superantigène unique, une molécule capable de déclencher une réaction immunitaire extrême. Cette caractéristique, jamais observée dans les souches historiques, a probablement aggravé la létalité de la maladie, notamment chez les enfants, qui représentaient une part importante des victimes.