Une zone océanique située entre le sud du Groenland et le sud-ouest de l’Islande présente un phénomène remarquable : alors que la planète se réchauffe, cette région se refroidit depuis le début des années 1800. Ce « blob froid », comme le nomment les scientifiques, suscite l’inquiétude des chercheurs qui y voient un indicateur de l’affaiblissement du courant océanique AMOC, un acteur clé du climat européen. Selon Futura Sciences, une étude récente publiée le 28 mai 2026 dans Geophysical Research Letters révèle que ce refroidissement, observable à la fois dans l’air et dans l’eau, n’est pas dû à une simple perte de chaleur en surface, mais à des mécanismes plus profonds.

Ce qu'il faut retenir

  • Une zone océanique entre le Groenland et l’Islande se refroidit depuis 1800, contrairement à la tendance mondiale au réchauffement.
  • Ce phénomène, surnommé « blob froid », est lié à l’affaiblissement du courant AMOC, qui redistribue la chaleur vers l’Europe.
  • La salinité de cette zone est à son niveau le plus bas depuis 120 ans, signe d’un ralentissement du transport de sel par l’AMOC.
  • Les scientifiques estiment que l’AMOC est à son niveau le plus faible depuis un millénaire.
  • Un point de bascule pourrait être atteint vers 2050, entraînant un affaiblissement irréversible du courant dans les décennies suivantes.

Un refroidissement anormal dans un océan qui se réchauffe

Alors que 99 % des océans du globe enregistrent une hausse des températures, une exception persiste : une zone située entre le sud du Groenland et le sud-ouest de l’Islande. Depuis le début du XIXe siècle, cette région subit un refroidissement significatif, un phénomène rare et paradoxal. Ce « blob froid », comme l’appellent les chercheurs, s’étend sur des centaines de milliers de kilomètres carrés. Selon Futura Sciences, des travaux publiés le 28 mai 2026 dans la revue Geophysical Research Letters révèlent que ce refroidissement n’est pas uniquement superficiel. Il trouve son origine en profondeur, là où les courants marins jouent un rôle clé dans la redistribution de la chaleur.

L’AMOC, un courant vital pour le climat européen

Le courant océanique AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation), dont fait partie le Gulf Stream, est un acteur majeur du climat en Europe. Il transporte les eaux chaudes de l’Atlantique Sud vers les hautes latitudes de l’Atlantique Nord, où elles se refroidissent et libèrent leur chaleur, réchauffant ainsi l’Europe de l’Ouest, l’Islande et le sud du Groenland. Sans ce mécanisme, les hivers en Europe seraient bien plus rigoureux, comme ceux du Québec à la même latitude. Or, ce courant est aujourd’hui perturbé. La fonte des glaces en Antarctique et l’augmentation des précipitations en Atlantique Nord apportent une quantité croissante d’eau douce, moins dense que l’eau salée. Cette eau douce perturbe la circulation verticale des masses d’eau, ralentissant l’AMOC.

Les chercheurs rappellent que l’AMOC est aujourd’hui à son niveau le plus faible depuis au moins mille ans, d’après des données paléoclimatiques citées dans l’étude. Cette situation est corroborée par une baisse de la salinité dans la zone du « blob froid », un indicateur clé de l’affaiblissement du transport de sel par le courant. « La salinité dans cette zone est à son niveau le plus bas depuis 120 ans », souligne l’étude, qui s’appuie sur les travaux de Caesar et al. (2021, 2022).

Un point de bascule imminent ?

Les simulations climatiques, présentées dans l’étude, suggèrent qu’un point de non-retour pourrait être atteint d’ici le milieu du siècle. Autrement dit, l’AMOC pourrait s’affaiblir tellement qu’il deviendrait impossible de l’empêcher de s’effondrer complètement dans les décennies ou siècles suivants. « Bien qu’une grande incertitude subsiste quant à la proximité de la Terre avec ce point de basculement, les scénarios de réchauffement climatique indiquent qu’il sera franchi vers 2050 », précise l’étude. Cet affaiblissement ne signifiera pas un arrêt brutal du courant à cette date, mais une perte progressive de son intensité, rendant son effondrement inévitable à plus long terme.

Cette perspective inquiète particulièrement les pays d’Europe du Nord. Dès novembre 2025, le gouvernement islandais avait qualifié l’effondrement potentiel de l’AMOC de « problème de sécurité nationale ». La stabilité du climat arctique et du nord de l’Europe dépend en effet en grande partie de la bonne circulation de ce courant. Son affaiblissement pourrait entraîner des hivers plus froids et des perturbations météorologiques accrues.

Le rôle de l’Oscillation Nord-Atlantique

Si l’affaiblissement de l’AMOC est le principal responsable du « blob froid », les chercheurs n’excluent pas le rôle d’autres facteurs naturels. L’Oscillation Nord-Atlantique (NAO), une variation atmosphérique naturelle, influence également la température des eaux de l’Atlantique Nord. Ces variations atmosphériques, qui oscillent entre des phases positives et négatives, peuvent moduler temporairement les températures de surface. Cependant, l’étude souligne que le refroidissement observé est avant tout un « signe d’affaiblissement de l’AMOC », et non le résultat exclusif de la NAO.

Les scientifiques rappellent que ce phénomène n’est pas nouveau : des études précédentes avaient déjà mis en évidence un ralentissement de l’AMOC, notamment à partir de données satellitaires et de modèles climatiques. Cependant, les nouvelles recherches apportent des preuves supplémentaires que ce ralentissement s’accélère, avec des conséquences potentielles majeures pour le climat mondial.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront cruciales pour observer l’évolution de l’AMOC. Les chercheurs appellent à une surveillance accrue de la salinité et des températures dans l’Atlantique Nord, ainsi qu’à des modèles climatiques plus précis pour affiner les prévisions. Des décisions politiques pourraient également être prises pour limiter les effets de l’affaiblissement du courant, notamment en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Si un point de bascule est atteint vers 2050, les générations futures pourraient en subir les conséquences bien avant la fin du siècle.

En attendant, les scientifiques restent prudents. Si l’affaiblissement de l’AMOC est désormais un fait établi, son effondrement total n’est pas encore inévitable. Tout dépendra des politiques climatiques mises en place dans les années à venir et de la réponse du système océanique à ces changements.

L’AMOC transporte les eaux chaudes de l’Atlantique Sud vers le nord, où elles libèrent leur chaleur en se refroidissant. Ce mécanisme réchauffe l’Europe de l’Ouest, l’Islande et le sud du Groenland, rendant leurs hivers moins rigoureux que ceux du Québec, pourtant à la même latitude. Son affaiblissement entraînerait donc des hivers plus froids et des perturbations météorologiques en Europe.

Le « blob froid » désigne une zone océanique située entre le Groenland et l’Islande qui se refroidit depuis 1800, contrairement au reste de l’océan mondial. Ce phénomène est lié à l’affaiblissement de l’AMOC. Les scientifiques le considèrent comme un signe précurseur de l’effondrement du courant, avec des conséquences potentielles majeures pour le climat.