Alors que près de 1 500 volcans sont considérés comme actifs à travers le monde, une étude récente rappelle que leur période de repos peut s’étendre bien au-delà de ce que l’on imagine. Selon Futura Sciences, des recherches publiées le 9 juin 2026 dans la revue Science Advances révèlent qu’un volcan grec, le Methana, serait resté endormi pendant près de 110 000 ans avant de reprendre une activité éruptive. Ce constat remet en cause la définition traditionnelle d’un volcan « éteint », généralement établie après 10 000 ans sans manifestation éruptive.

Ce qu'il faut retenir

  • Un volcan peut rester inactif pendant **plus de 100 000 ans** avant de se réveiller, comme l’a démontré l’exemple du Methana en Grèce.
  • La définition actuelle d’un volcan « éteint », basée sur une inactivité de **10 000 ans**, est aujourd’hui remise en question par les scientifiques.
  • Des mouvements de magma ont été détectés sous des volcans considérés comme éteints, comme le Ciomadul en Roumanie ou le Taftan en Iran.
  • Les réservoirs magmatiques continuent de se recharger en profondeur, même pendant les phases de calme en surface.

Des volcans endormis depuis des millénaires pourraient cacher une activité magmatique

La Terre compte environ **1 500 volcans actifs**, mais tous ne sont pas en éruption simultanément. Ces édifices géologiques alternent entre des phases d’activité, marquées par des coulées de lave ou des explosions, et des périodes de repos pouvant durer de quelques mois à plusieurs centaines de milliers d’années. Selon Futura Sciences, ces phases de calme correspondent en réalité à un processus de recharge des réservoirs magmatiques en profondeur. Tant que cette activité persiste, le volcan reste techniquement « actif », même si sa surface semble paisible.

Or, il est extrêmement difficile pour les scientifiques de déterminer si un volcan est définitivement éteint ou simplement endormi. « La recharge magmatique est un phénomène discret, souvent indétectable depuis la surface », explique l’article. Les signes avant-coureurs d’un réveil ne deviennent visibles qu’à la toute fin du processus, lorsque la pression dans les conduits volcaniques devient critique. Seuls les volcans surveillés, généralement ceux situés dans des zones à haut risque, permettent aux chercheurs de détecter ces signaux précurseurs.

Le Methana, un exemple édifiant de réveil après 110 000 ans d’inactivité

Une équipe de chercheurs a analysé des cristaux de zircon extraits des roches volcaniques du Methana, en Grèce, pour reconstituer son histoire éruptive. Leurs travaux, publiés dans Science Advances, révèlent que ce volcan a connu **31 éruptions en 700 000 ans**, entrecoupées d’une phase de calme exceptionnelle de **110 000 ans**. Si des volcanologues avaient étudié ce site il y a 200 000 ans, ils auraient probablement conclu, à tort, que le Methana était éteint. « Ce qui me paraît important, c’est de commencer à étudier d’autres volcans que nous considérons aujourd’hui comme éteints, car ils pourraient simplement traverser une phase de croissance », a déclaré Răzvan-Gabriel Popa, auteur principal de l’étude, dans Live Science.

Ce phénomène n’est pas isolé. En 2019, des chercheurs ont détecté des mouvements de magma sous le volcan Ciomadul, en Roumanie, dont la dernière éruption remontait à **30 000 ans**. Une situation similaire a été observée sous le mont Taftan, en Iran, où la dernière éruption remonte à **700 000 ans**, mais où une activité magmatique a été enregistrée. Autant dire que la frontière entre un volcan « éteint » et un volcan « endormi » est bien plus floue qu’on ne le pensait.

Une définition obsolète qui expose les populations à des risques imprévus

Jusqu’à présent, la communauté scientifique considérait qu’un volcan était éteint après **10 000 ans sans activité éruptive**. Une durée jugée raisonnable, mais que les nouvelles données remettent en cause. « 10 000 ans de silence ne suffisent pas à garantir la mort définitive d’un volcan », souligne l’article. Si cette limite reste un repère pratique pour les volcanologues, elle ne reflète pas la réalité géologique. Chaque volcan possède en effet un comportement unique, influencé par des facteurs tels que la composition du magma, la tectonique des plaques ou la présence de failles locales.

Or, classer un volcan comme éteint peut avoir des conséquences dramatiques. En 2010, l’éruption de l’Eyjafjallajökull en Islande, pourtant considéré comme modérément actif, a paralysé le trafic aérien européen pendant plusieurs semaines. Un scénario qui pourrait se reproduire avec des volcans aujourd’hui jugés inoffensifs. « Il est possible que certains se réveillent sous une forme particulièrement violente et potentiellement catastrophique », avertit Răzvan-Gabriel Popa. Bref, sous-estimer le risque posé par ces « Belle au bois dormant » géologiques pourrait s’avérer une erreur coûteuse.

Des solutions pour mieux anticiper les réveils volcaniques

Face à cette incertitude, les scientifiques appellent à une révision des critères permettant de distinguer un volcan éteint d’un volcan endormi. Plutôt que de se fier à une durée arbitraire, ils recommandent d’étudier l’histoire éruptive de chaque édifice pour identifier d’éventuels cycles de sommeil prolongé. Une tâche colossale, car il existe des milliers de volcans potentiellement actifs à travers le monde, dont seulement une minorité est équipée de systèmes de surveillance.

La seconde piste, plus réaliste, consiste à renforcer la surveillance des volcans situés dans des zones densément peuplées. Des initiatives comme le programme Volcano Disaster Assistance Program de l’USGS ou les réseaux sismologiques internationaux permettent déjà de détecter les moindres signes de réveil. Pourtant, ces dispositifs restent insuffisants dans de nombreuses régions, notamment en Afrique ou en Amérique du Sud, où les ressources sont limitées. « L’idéal serait de surveiller l’ensemble des volcans potentiellement actifs, mais cela relève encore de l’utopie », reconnaît l’article de Futura Sciences.

Et maintenant ?

Si la communauté scientifique s’accorde sur la nécessité de revoir la définition des volcans « éteints », aucun consensus n’a encore été trouvé pour établir une nouvelle norme. Les recherches se poursuivent, notamment sur le Methana et d’autres sites similaires, afin de mieux comprendre les mécanismes de réveil. Dans l’attente, les volcanologues insistent sur l’urgence de renforcer les réseaux de surveillance, en particulier dans les régions où des volcans endormis depuis des millénaires pourraient menacer des populations. Une priorité qui pourrait devenir encore plus pressante avec l’accélération du changement climatique, lequel modifie les contraintes exercées sur les réservoirs magmatiques.

Alors que le risque volcanique reste l’un des moins prévisibles parmi les catastrophes naturelles, cette étude rappelle que la prudence s’impose. Après tout, comme le souligne Futura Sciences, « un volcan endormi ne dort pas vraiment : il se prépare ».

Les volcans endormis ne présentent généralement aucun signe d’activité en surface, car leur réservoir magmatique se recharge lentement et en profondeur. Les mouvements de magma ne deviennent détectables que dans les dernières phases avant une éruption, lorsque la pression devient critique. De plus, la plupart des volcans ne sont pas équipés de capteurs, faute de moyens ou d’intérêt local.

En France, les volcans d’Auvergne (Massif central) sont les plus surveillés, bien que leur dernière éruption remonte à **6 000 ans**. Le volcan le plus actif reste l’Etna, en Sicile, mais la France métropolitaine compte également des volcans sous-marins dans les Antilles, comme la Soufrière de Guadeloupe, classée en vigilance jaune depuis 2021.