Selon BFM Immo, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) souligne dans une étude publiée le 2 juin 2026 que la répartition du parc social en France reste déséquilibrée. Plus de la moitié des logements sociaux pourraient être relocalisés dans des zones moins pourvues, afin d’atteindre une répartition plus uniforme et favoriser la mixité sociale.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2020, 45 % des logements sociaux étaient concentrés dans des quartiers où leur présence dépasse le seuil minimal de relocalisation pour équilibrer la répartition territoriale.
  • Dans les quartiers les plus aisés, 13 % des résidences principales sont des logements sociaux, contre 35 % dans les quartiers les plus modestes.
  • Les locataires du parc social dans les quartiers aisés ont un niveau de vie 15 % plus élevé que ceux des quartiers les plus défavorisés.
  • Près d’un tiers des 5,4 millions de logements sociaux ont été construits entre 1960 et 1975, posant des défis en matière d’isolation et de mixité.
  • Un troisième programme national de renouvellement urbain (Anru) est prévu pour la période 2030-2040, avec une liste de 150 quartiers prioritaires à identifier d’ici l’automne 2026.

L’étude de l’Insee, menée entre 2006 et 2025 sur 34 unités urbaines françaises de plus de 200 000 habitants, révèle que le parc social reste très concentré dans certains quartiers, malgré les progrès enregistrés depuis les années 2000 et l’adoption de la loi Solidarité et renouvellement urbain. Cette loi a permis la réalisation de deux programmes de réhabilitation urbaine, mais les inégalités persistent tant dans la répartition géographique que dans la composition des locataires.

Selon l’auteur de l’étude, Jean-Bernard Salomond, le logement social joue un rôle clé dans la mixité sociale, notamment dans les quartiers aisés où il est présent. Sans ces logements, la ségrégation résidentielle serait 11 % plus élevée, mais elle s’est en réalité accentuée depuis 2004 dans la plupart des grandes villes. Cette concentration affecte également l’accès à l’emploi et à l’éducation pour les habitants des quartiers défavorisés.

Parmi les principaux constats, l’Insee souligne que 45 % des logements sociaux étaient en 2020 concentrés dans des zones où leur part dépasse le seuil minimal de relocalisation. Ce taux a diminué de 9 points depuis 2006, mais reste particulièrement élevé dans certaines métropoles. À Paris, Marseille, Le Havre, Toulon et Aix-Marseille, ce taux dépasse 50 %, tandis qu’il est bien inférieur à Toulouse (36 %), Douai-Lens (36 %) ou Valenciennes (34 %).

Un autre enjeu majeur réside dans les inégalités au sein même du parc social. Les locataires des quartiers modestes sont en moyenne plus pauvres que ceux des quartiers aisés. Les 10 % des ménages les plus modestes du parc social disposent d’un revenu inférieur à 9 610 euros par an, tandis que les 10 % les moins modestes ont un niveau de vie supérieur à 25 880 euros par an — soit un écart de 2,7 fois. Les ménages accédant à un logement social dans un quartier aisé ont un niveau de vie supérieur de 15 % à ceux entrant dans le parc des quartiers défavorisés.

Plusieurs facteurs expliquent cette répartition inégale. D’abord, les logements sociaux les moins chers, souvent situés en quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), sont davantage occupés par des ménages modestes. Ensuite, les commissions d’attribution peuvent orienter les demandes vers des ménages moins défavorisés ou des professions spécifiques, notamment dans les quartiers aisés où les logements intermédiaires (PLUS, PLS) sont plus nombreux. Enfin, les ménages les moins modestes du parc social déménagent plus fréquemment, ce qui accentue la polarisation du parc.

« Une répartition homogène des locataires au sein du parc social en fonction de leur niveau de vie réduirait la ségrégation résidentielle de 14 % en moyenne. » — Jean-Bernard Salomond, auteur de l’étude de l’Insee

L’étude intervient alors que le gouvernement prépare le lancement d’un troisième programme national de renouvellement urbain (Anru), après ceux de 2003 et 2014. Ce nouvel Anru, dont la mise en œuvre est prévue entre 2030 et 2040, s’inscrit dans le projet de loi sur le logement qui devrait être présenté en première lecture à l’été 2026.

Lors d’une intervention fin avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a précisé que ce programme, baptisé « Anru 360 », intégrera une approche globale des enjeux urbains et sociaux. Il devra notamment traiter des problèmes de narcotrafic, de rénovation énergétique du parc social et de requalification des espaces publics. D’ici l’automne 2026, une liste de 150 quartiers prioritaires — qu’ils soient QPV, villes moyennes ou territoires ultramarins — sera établie en concertation avec les bailleurs sociaux et Action Logement.

Et maintenant ?

Le gouvernement mise sur ce troisième Anru pour corriger les déséquilibres persistants dans la répartition du parc social. Les prochaines étapes consisteront à identifier les quartiers concernés et à mobiliser les financements nécessaires. Reste à voir si cette nouvelle approche permettra d’atteindre une mixité sociale durable ou si les inégalités structurelles, notamment en matière de revenus et d’accès à l’emploi, perdureront.

Cette étude de l’Insee met en lumière les défis structurels du logement social en France, un sujet au cœur des politiques publiques depuis plusieurs décennies. Alors que la crise du logement s’aggrave dans les grandes métropoles, la question de la mixité sociale et de l’équilibre territorial reste un chantier prioritaire pour les années à venir.

Un QPV est un quartier caractérisé par des difficultés socio-économiques importantes, identifié par l’État pour bénéficier de politiques publiques renforcées en matière de logement, d’emploi et de services publics. Ces quartiers font l’objet de dispositifs spécifiques, comme les programmes de rénovation urbaine.

L’Anru 3 vise à traiter les inégalités sociales et urbaines à l’échelle nationale, en ciblant notamment la rénovation énergétique du parc social, la lutte contre les trafics, et la diversification de l’offre de logements. Il s’agit aussi de réduire la ségrégation spatiale et de favoriser une meilleure répartition des populations.