Il y a 350 000 ans, l’une des plus puissantes éruptions volcaniques jamais enregistrées a bouleversé le paysage de la Nouvelle-Zélande. Selon Futura Sciences, la superéruption du Whakamaru, dont les traces sont encore visibles aujourd’hui, aurait éjecté plus de 2 300 km³ de magma et de matériaux volcaniques, recouvrant une grande partie de l’Île du Nord sous plusieurs mètres de cendres. Une étude publiée le 1er juin 2026 dans la revue Journal of Volcanology and Geothermal Research lève le voile sur les mécanismes exceptionnels à l’origine de ce cataclysme, révélant notamment la mobilisation simultanée de cinq chambres magmatiques distinctes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une éruption parmi les plus puissantes de l’histoire géologique récente : plus de 2 300 km³ de matériaux expulsés, dont 1 000 km³ de magma, selon les estimations des chercheurs.
  • Cinq chambres magmatiques distinctes ont participé à l’éruption, un phénomène rare qui explique l’ampleur exceptionnelle de l’événement.
  • Une phase initiale phréatomagmatique violente, déclenchée par l’interaction entre le magma et un lac géant, suivie d’une activité éruptive plus classique.
  • La formation d’une caldeira de 40 km de large, dont les contours sont encore visibles dans le paysage actuel de l’Île du Nord.
  • 4,5 mètres de cendres ont recouvert les zones proches de l’épicentre, selon les dépôts analysés par les scientifiques.
  • Cette éruption s’inscrit dans une région volcanique active, la zone de Taupō, où la plaque Pacifique plonge sous la plaque Australienne, créant des conditions tectoniques uniques.

Une région volcanique sous haute surveillance

La zone volcanique de Taupō, située sur l’Île du Nord de la Nouvelle-Zélande, s’étend sur 350 km de long et 50 km de large. Selon Futura Sciences, elle abrite des édifices volcaniques émergés et immergés, dont le mont Taupō, dont l’éruption il y a 26 500 ans avait atteint l’indice d’explosivité maximal de 8, le plus élevé sur l’échelle VEI. Cette activité intense est liée à un contexte tectonique particulier : la subduction de la plaque Pacifique sous la plaque Australienne, couplée à une extension de la croûte dans la partie centrale de l’île.

Ce mécanisme engendre des tensions et des failles qui facilitent la remontée des magmas. Sur les deux derniers millions d’années, la région a connu quatre superéruptions majeures, dont celle de Whakamaru. « Cette éruption fait partie des plus puissantes connues à l’échelle globale », souligne l’étude, qui rappelle que les volumes de magma mobilisés dépassent largement ceux des éruptions historiques les plus redoutées.

Les mécanismes révélés par une étude géologique minutieuse

Pour reconstituer le déroulement de l’éruption, une équipe internationale de volcanologues a analysé des dépôts volcaniques sur trente sites répartis en Nouvelle-Zélande et dans le sud de l’océan Pacifique. La composition chimique des roches a permis de retracer le trajet du magma et d’identifier les différentes chambres magmatiques impliquées. Les résultats, publiés dans Journal of Volcanology and Geothermal Research, révèlent un scénario bien plus complexe que prévu.

L’éruption aurait débuté par une phase phréatomagmatique, où le magma entrant en contact avec un immense lac a provoqué une explosion d’une violence extrême. « L’interaction entre l’eau et le magma a amplifié la fragmentation du matériau volcanique », explique l’un des co-auteurs de l’étude, cité par Futura Sciences. Cette phase initiale a été suivie d’une activité plus classique, marquée par l’effondrement progressif du lac et le remplissage du bassin par les débris volcaniques.

L’originalité de cette éruption réside surtout dans le nombre de réservoirs magmatiques mobilisés. Les chercheurs ont identifié cinq chambres magmatiques séparées, dont les magmas ont été éjectés simultanément. « Cette simultanéité explique les volumes colossaux de cendres et de lave projetés », précise l’étude. Au total, ce sont 2 300 km³ de matériel volcanique qui ont été expulsés, un chiffre bien supérieur aux premières estimations qui tablaient sur 1 000 km³.

Un héritage géologique encore visible aujourd’hui

Les traces de la superéruption de Whakamaru sont encore visibles dans le paysage néo-zélandais. Sur la côte est de l’Île du Nord, les falaises de Waiotahe conservent d’importants dépôts de cendres, tandis que la caldeira formée par l’éruption, large de 40 km, structure aujourd’hui une grande partie de la région. Les chercheurs ont également retrouvé des dépôts de cette éruption sur l’île Chatham, située à plus de 800 km au large, confirmant l’ampleur régionale du phénomène.

Cette étude apporte un éclairage nouveau sur les superéruptions, ces événements catastrophiques capables de modifier le climat à l’échelle planétaire. « Comprendre comment autant de magma peut s’accumuler et être libéré en un temps très court est crucial pour évaluer les risques volcaniques », souligne Futura Sciences. Les mécanismes identifiés à Whakamaru pourraient en effet s’appliquer à d’autres zones volcaniques actives, comme le parc national de Yellowstone aux États-Unis ou le Toba en Indonésie.

Et maintenant ?

Si cette étude permet de mieux cerner les processus à l’œuvre lors des superéruptions, de nombreuses questions restent en suspens. Les chercheurs soulignent notamment la nécessité d’approfondir les recherches sur les signaux précurseurs de tels événements. « Il reste à déterminer si des indices géochimiques ou géophysiques pourraient permettre d’anticiper une superéruption », indique l’un des auteurs. Par ailleurs, les travaux futurs pourraient explorer d’autres sites à travers le monde pour vérifier si la mobilisation de plusieurs chambres magmatiques est un phénomène récurrent.

Cette découverte rappelle également l’importance de la surveillance volcanique dans les zones à haut risque. En Nouvelle-Zélande, le mont Taupō et ses voisins restent sous étroite surveillance, même si les superéruptions, heureusement, restent des événements extrêmement rares à l’échelle d’une vie humaine. « Chaque avancée dans la compréhension de ces mécanismes nous rapproche d’une meilleure évaluation des risques », conclut Futura Sciences.

Elle est exceptionnelle en raison de l’implication simultanée de cinq chambres magmatiques distinctes, ce qui a permis l’éjection de 2 300 km³ de matériel volcanique. La plupart des superéruptions ne mobilisent qu’un ou deux réservoirs magmatiques, ce qui limite généralement l’ampleur des rejets.

La zone de Taupō reste active, avec des risques d’éruptions locales plus modestes. Cependant, les superéruptions, comme celle de Whakamaru, sont des événements extrêmement rares à l’échelle de plusieurs millénaires. Les autorités néo-zélandaises surveillent en permanence l’activité sismique et volcanique pour prévenir tout risque.