Le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a confirmé ce lundi 7 juillet 2026 que Varsovie renonçait à livrer ses derniers avions de combat MiG-29 à Kiev, faute d’avoir obtenu en échange des technologies ukrainiennes dans le domaine des drones, comme le rapporte BFM Business. Cette décision illustre le refroidissement des relations entre les deux pays, marqué par des désaccords historiques et stratégiques.

Ce qu'il faut retenir

  • La Pologne annule la livraison de MiG-29 à l’Ukraine après l’échec d’un échange contre des drones ukrainiens, imputé à Kiev par Varsovie.
  • Le conflit porte sur le baptême d’une unité militaire ukrainienne au nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), accusée en Pologne d’avoir causé la mort de plus de 100 000 Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Varsovie a retiré à Volodymyr Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, en représailles à cette décision.
  • Malgré ces tensions, la Pologne reste un acteur clé du soutien militaire et humanitaire à l’Ukraine, tout en modernisant activement ses propres forces aériennes.
  • Varsovie dispose encore d’une douzaine de MiG-29 et avait proposé en décembre 2025 un échange contre des drones, proposition non concrétisée.

Un échange de matériel militaire bloqué par des tensions historiques

L’annonce de la Pologne intervient après l’échec des négociations visant à échanger ses derniers MiG-29 contre des technologies de drones ukrainiennes. Władysław Kosiniak-Kamysz a détaillé cette position sur la chaîne Polsat News : « J’avais proposé une approche très claire, et je pense aussi très correcte : les MiG contre des drones. Au départ, les Ukrainiens l’ont accepté, mais ne l’ont pas mis en œuvre. Donc il n’y aura pas de MiG pour l’Ukraine, puisqu’il n’y a pas de drones ni de capacités liées aux drones pour la Pologne. » Selon BFM Business, cet échec serait imputé par Varsovie à un manque de volonté de Kiev à honorer cet accord.

Ces négociations s’inscrivaient dans un contexte où la Pologne, après avoir fourni entre dix et quatorze MiG-29 à l’Ukraine dès le début de l’invasion russe en 2022, disposait encore d’une douzaine de ces appareils en juillet 2026. Varsovie avait indiqué en décembre 2025 sa volonté de procéder à cet échange, avant que les relations ne se dégradent.

L’UPA, un sujet de discorde remontant à la Seconde Guerre mondiale

Le point de rupture entre les deux pays remonte à fin mai 2026, lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky a décidé de baptiser une unité militaire au nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). Fondée en 1942, cette organisation nationaliste est tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100 000 Polonais, principalement dans la région de Volhynie et de Galicie orientale, lors d’un conflit intercommunautaire pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette décision a provoqué une réaction immédiate du côté polonais. Le président polonais, Karol Nawrocki, figure nationaliste, a annoncé début juillet 2026 le retrait à Zelensky de l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction honorifique du pays. Une mesure symbolique, mais qui illustre l’ampleur des tensions. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, avait pourtant appelé à l’apaisement, selon BFM Business.

Un soutien militaire ukrainien toujours actif, malgré les divergences

Malgré ces frictions, la Pologne continue de jouer un rôle central dans le soutien à l’Ukraine. Depuis 2022, Varsovie sert de plaque tournante pour une grande partie des livraisons d’aide militaire et humanitaire à Kiev. Cette position s’inscrit dans la continuité de l’alliance historique entre les deux pays, renforcée après l’invasion russe de 2022, alors que la Pologne était l’un des premiers pays à apporter un soutien massif à l’Ukraine.

Cependant, la Pologne a également modernisé son armée ces dernières années, remplaçant progressivement ses appareils soviétiques par des avions américains et sud-coréens. Entre autres, elle a acquis des F-16 et des FA-50, et attend désormais la livraison de 32 F-35 commandés aux États-Unis. Cette modernisation s’accompagne d’une stratégie de réduction de sa dépendance aux équipements d’origine russe, tout en maintenant un soutien actif à Kiev.

Un contexte géopolitique tendu et des enjeux stratégiques

Ces tensions entre la Pologne et l’Ukraine surviennent dans un contexte géopolitique déjà complexe. La Pologne, membre de l’OTAN et de l’Union européenne, est en première ligne face aux ambitions expansionnistes de la Russie. Son soutien à l’Ukraine s’inscrit dans cette logique de sécurité régionale, même si les désaccords historiques risquent de compliquer cette alliance.

Par ailleurs, la question des drones militaires prend une importance croissante dans ce conflit. L’Ukraine, qui a développé des capacités significatives dans ce domaine, est devenue un acteur clé de la guerre technologique contre la Russie. La Pologne, de son côté, cherche à renforcer ses propres capacités, d’où l’intérêt de l’échange proposé avec l’Ukraine. L’échec de ces négociations pourrait donc avoir des répercussions sur la stratégie de défense des deux pays.

Et maintenant ?

À court terme, la décision polonaise de ne pas livrer ses MiG-29 pourrait affaiblir temporairement les capacités aériennes de l’Ukraine, déjà fortement sollicitées depuis 2022. Du côté polonais, cette crise diplomatique pourrait inciter Varsovie à accélérer ses programmes d’acquisition d’appareils modernes, comme les F-35, dont les premières livraisons sont prévues dans les mois à venir. Reste à voir si Kiev parviendra à trouver des alternatives pour compenser le manque de MiG-29, ou si d’autres pays de l’OTAN décideront de renforcer leur soutien aérien à l’Ukraine.

Enfin, la question de l’UPA pourrait continuer de peser sur les relations polono-ukrainiennes, d’autant que les deux pays restent divisés sur l’interprétation de leur histoire commune. Une normalisation des relations dépendra en grande partie de la capacité des dirigeants des deux pays à trouver un terrain d’entente sur ces sujets sensibles.

En définitive, cette crise illustre les défis auxquels sont confrontés les alliés de l’Ukraine : concilier soutien militaire et cohésion historique, alors que les blessures du passé resurgissent au cœur des enjeux contemporains.

Varsovie conditionnait la livraison de ses derniers MiG-29 à l’obtention en échange de technologies ukrainiennes dans le domaine des drones. Après l’échec de ces négociations, attribuées par la Pologne à un manque d’engagement de Kiev, le ministre de la Défense polonais, Władysław Kosiniak-Kamysz, a confirmé que l’échange n’aurait pas lieu. « Il n’y aura pas de MiG pour l’Ukraine, puisqu’il n’y a pas de drones ni de capacités liées aux drones pour la Pologne », a-t-il déclaré.

L’UPA, organisation nationaliste ukrainienne active pendant la Seconde Guerre mondiale, est accusée en Pologne d’avoir causé la mort de plus de 100 000 Polonais dans des violences intercommunautaires. Son nom a été donné à une unité militaire ukrainienne en mai 2026, déclenchant une crise diplomatique. La Pologne a réagi en retirant à Volodymyr Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc, sa plus haute distinction, illustrant la sensibilité de ce sujet historique.