L’affaire de la mort de l’ancien ministre du Travail Robert Boulin, survenue en 1979, fait à nouveau parler d’elle près de quarante-cinq ans plus tard. Selon Libération, trois juges du pôle cold case de Nanterre ont été officiellement saisis, ce lundi 29 juin 2026, pour réexaminer les circonstances de son décès. Ce choix intervient alors que la famille de l’ancien résistant et membre de plusieurs gouvernements continue de contester la thèse officielle du suicide.

Robert Boulin, figure politique majeure sous les présidences de Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, s’était éteint le 30 octobre 1979 dans des circonstances troubles. Officiellement, il s’agissait d’un suicide par noyade dans un étang de la forêt de Rambouillet, à proximité de son domicile de Saint-Léger-en-Yvelines. Pourtant, dès les premiers jours, des zones d’ombre avaient émergé, alimentant les soupçons d’un éventuel assassinat. La famille Boulin, en particulier son épouse Gilberte et ses enfants, n’a jamais accepté cette version des faits. Pour elle, le décès de l’ancien ministre relève d’un meurtre politique, camouflé en suicide.

Ce qu'il faut retenir

  • Robert Boulin, ancien ministre du Travail et résistant, est mort en 1979 dans un étang de Rambouillet.
  • La thèse officielle évoque un suicide, mais sa famille la conteste formellement.
  • Trois juges du pôle cold case de Nanterre ont été saisis de l’affaire le 29 juin 2026.
  • L’ancien ministre a exercé sous de Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing.

Un dossier rouvert après des décennies de contestation

La saisine des trois magistrats du pôle cold case de Nanterre marque une étape concrète dans la réouverture de ce dossier classé sans suite en 1980. À l’époque, l’enquête avait rapidement conclu à un suicide, sans que les investigations ne permettent d’écarter formellement l’hypothèse d’un meurtre. Cette décision judiciaire intervient dans un contexte où la justice française montre une sensibilité accrue aux affaires historiques non résolues, notamment celles impliquant des personnalités politiques. D’après Libération, les juges saisis disposent désormais d’un mandat pour réexaminer les éléments matériels, les témoignages et les incohérences relevées au fil des années par les proches de Robert Boulin.

Parmi les éléments troublants figurent les conditions mêmes de la découverte du corps. Robert Boulin avait été retrouvé dans l’étang du Rocher du Bouchet, vêtu de vêtements de ville, sans signe apparent de lutte. Pourtant, des proches avaient signalé des tensions politiques récentes, liées à des dossiers sensibles auxquels l’ancien ministre était associé. Des rumeurs, jamais confirmées, évoquaient notamment des pressions liées à l’affaire des écoutes de l’Élysée sous la présidence de Giscard d’Estaing. Autant dire que l’enquête, si elle est relancée sérieusement, pourrait soulever des questions sur les pratiques politiques de l’époque.

La famille Boulin maintient sa demande de vérité

Depuis près de cinq décennies, la famille de Robert Boulin mène un combat acharné pour obtenir la réouverture de l’enquête. Dans un communiqué diffusé en 2023, ses enfants avaient réaffirmé leur conviction que leur père avait été victime d’un « assassinat maquillé en suicide ». Ils s’appuient sur des éléments troublants, comme l’absence de lettre d’adieu, la présence de boue dans les poumons du défunt — ce qui suggère une immersion post-mortem — ou encore les contradictions dans les témoignages des gendarmes intervenus sur place. Pour eux, la saisine des juges du pôle cold case est une « avancée significative », même si elle intervient tardivement.

« Nous attendons depuis quarante-cinq ans que la justice française reconnaisse que notre père a été tué pour des raisons politiques », a déclaré l’un de ses fils, Alain Boulin, lors d’une conférence de presse en 2025. La famille espère désormais que les nouvelles investigations permettront de lever les zones d’ombre persistantes. Elle a d’ailleurs transmis aux juges des éléments inédits, comme des archives familiales ou des témoignages recueillis auprès de proches. Ces documents pourraient, selon elle, étayer la thèse d’un complot visant à éliminer Robert Boulin en raison de ses positions sur des dossiers sensibles, notamment ceux liés à la corruption ou aux réseaux d’influence de l’époque.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir les trois juges du pôle cold case de Nanterre définir leur stratégie d’enquête. Ils pourraient, dans un premier temps, auditionner des témoins clés, réexaminer les expertises balistiques et toxicologiques réalisées en 1979, voire ordonner de nouvelles analyses scientifiques si les techniques d’investigation ont évolué. Une commission rogatoire pourrait également être diligentée pour interroger d’anciens hauts fonctionnaires ou responsables politiques encore en vie. Si des éléments nouveaux émergent, la justice pourrait alors décider de classer l’affaire sans suite… ou, à l’inverse, de la transmettre à un parquet spécialisé pour des poursuites éventuelles.

Cette réouverture intervient à un moment où la société française montre un regain d’intérêt pour les affaires judiciaires non résolues, portées par des documentaires, des livres et des podcasts. Elle soulève aussi des questions plus larges sur la capacité de la justice à trancher des dossiers vieux de plusieurs décennies, alors que les preuves s’effritent et que les témoignages se font plus rares. Bref, l’affaire Boulin pourrait bien devenir un symbole des limites — et des possibilités — de la justice transitionnelle en France.

Le pôle cold case de Nanterre est une unité judiciaire spécialisée dans la réouverture des affaires criminelles non élucidées. Créé en 2018, il est chargé d’examiner les dossiers classés sans suite, en s’appuyant sur de nouvelles techniques d’investigation et en collaborant avec des experts externes. Selon le ministère de la Justice, il a déjà permis de résoudre plusieurs affaires emblématiques depuis sa création.