Alors que les températures restent élevées malgré un léger recul dimanche 28 juin, les autorités sanitaires dressent un premier bilan alarmant de l’épisode de canicule qui frappe la France. Selon Franceinfo - Santé, Santé publique France recense un excédent de 1 000 morts en trois jours par rapport à la normale saisonnière. Ce chiffre provisoire ne prend en compte que les décès survenus dans les établissements de santé, laissant de côté les morts à domicile et en Ehpad, dont les certificats seront enregistrés en début de semaine.
Ce qu'il faut retenir
- Un excédent de 1 000 décès en trois jours, selon Santé publique France, chiffre provisoire qui ne couvre que les établissements de santé.
- Les pompes funèbres enregistrent une hausse de 15 % des décès dans certaines enseignes parisiennes.
- La surmortalité touche particulièrement les plus de 65 ans, représentant 85 % des victimes.
- La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, exclut un bilan comparable à celui de 2003, avec ses 15 000 morts.
- Les critiques sur la gestion de la crise s’intensifient, notamment de la part du RN et de LFI.
Une surmortalité confirmée dans les établissements de santé
Dès mercredi 24 juin, les autorités sanitaires ont constaté une hausse des décès dans les hôpitaux et cliniques. Ce phénomène s’est confirmé avec l’épisode de chaleur extrême, qui a duré plusieurs jours. Selon Franceinfo - Santé, Santé publique France évoque un excédent de 1 000 décès pour la période du 24 au 27 juin, soit une augmentation significative par rapport aux moyennes saisonnières. Ce chiffre, provisoire, ne reflète qu’une partie de la réalité, car il exclut les décès à domicile et dans les Ehpad, dont les certificats de décès ne seront enregistrés que lundi 29 juin.
Les professionnels du funéraire confirment cette tendance. Tristan Falabrègue, gérant d’une enseigne de pompes funèbres dans le 13e arrondissement de Paris, a observé une hausse de 15 % des décès depuis 48 heures. « Depuis 24 à 48 heures, le nombre d’appels et d’interventions a nettement augmenté, autant pour notre entreprise que pour nos confrères », a-t-il expliqué à Franceinfo - Santé. Les établissements de santé et les services funéraires sont donc en première ligne face à cette vague de chaleur meurtrière.
Une surmortalité concentrée sur les plus de 65 ans
Les données disponibles indiquent que 85 % des victimes de cette surmortalité ont plus de 65 ans. Les personnes âgées, plus vulnérables à la chaleur, sont particulièrement touchées. Cette répartition n’est pas surprenante : les vagues de chaleur ont historiquement un impact plus fort sur les populations âgées, notamment celles vivant en Ehpad ou à domicile sans accès constant à des systèmes de refroidissement.
Gautier Caton, porte-parole de la Fédération nationale du funéraire, a souligné que ce bilan provisoire ne reflétait qu’une partie de la situation. « Le chiffre de 1 000 morts est pour le moment à prendre avec beaucoup de précautions, car seuls les décès survenus dans les gros établissements de santé sont enregistrés de manière électronique. Les décès à domicile et dans la plupart des Ehpad, qui font l’objet de certificats papier, ne seront enregistrés qu’en début de semaine », a-t-il précisé. Cette situation retarde la publication d’un bilan complet et précis.
Un bilan moins lourd qu’en 2003, mais des critiques politiques
Face à l’ampleur de la crise, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a tenté de rassurer en comparant la situation à celle de 2003, année marquée par une canicule historique ayant causé près de 15 000 morts. « En 2003, beaucoup de surmortalité venait des Ehpad. Ce qu’on voit d’après les premiers chiffres qui nous sont fournis par Santé publique France, c’est qu’on ne sera pas du tout dans la même ampleur de surmortalité qu’en 2003. Et heureusement », a-t-elle déclaré. Elle a également rappelé que des mesures d’adaptation avaient été engagées, même si le processus est encore en cours.
Cependant, cette crise prend une dimension politique. Le Rassemblement National (RN) et La France Insoumise (LFI) ont vivement critiqué la gestion gouvernementale de l’épisode caniculaire, dénonçant une impréparation des autorités. Ces critiques ne sont pas nouvelles : après chaque épisode de canicule, le gouvernement est interpellé sur l’adaptation des infrastructures, notamment dans les Ehpad et les hôpitaux. L’ancienne Première ministre Élisabeth Borne a répondu à ces accusations en affirmant que des efforts avaient été engagés, tout en reconnaissant que « les réactions sont à nouveau dans la posture ».
Des infrastructures encore inadaptées
Les hôpitaux, déjà sous tension en raison de la pandémie de Covid-19, subissent une nouvelle pression avec l’afflux de patients souffrant de coups de chaleur ou de déshydratation. Les bâtiments publics, notamment les écoles et les Ehpad, sont souvent pointés du doigt pour leur manque d’isolation et de systèmes de climatisation. Cette situation a ravivé le débat sur la nécessité d’investir dans des infrastructures mieux adaptées aux canicules, un phénomène qui devrait s’intensifier avec le changement climatique.
Les associations de défense des personnes âgées appellent à une réaction rapide. « Il faut que les pouvoirs publics prennent enfin au sérieux la question de l’adaptation des logements et des établissements pour personnes âgées », a réagi une porte-parole de l’association Les Petits Frères des Pauvres. « Les canicules à répétition ne peuvent plus être traitées comme des épisodes exceptionnels. »
La crise actuelle rappelle une fois de plus l’urgence d’agir face au réchauffement climatique, un enjeu qui dépasse le cadre de la santé publique pour s’inscrire dans une réflexion globale sur l’aménagement du territoire et la protection des populations vulnérables.
Le chiffre provisoire de 1 000 décès supplémentaires ne concerne que les établissements de santé, où les décès sont enregistrés électroniquement. Les décès à domicile et dans les Ehpad, qui représentent une part importante des victimes de canicule, ne sont pas encore comptabilisés, car leurs certificats papier doivent être déposés en mairie avant d’être enregistrés. Ce processus prend plusieurs jours, ce qui explique le retard dans la publication du bilan définitif.
Après 2003, plusieurs plans ont été mis en place, notamment le « Plan canicule », qui prévoit des mesures de prévention et d’alerte. Les Ehpad et les établissements pour personnes âgées ont été équipés de systèmes de refroidissement et de surveillance renforcée. Cependant, les associations et certains élus critiquent le manque d’investissements dans les infrastructures publiques, comme les écoles ou les bâtiments administratifs, qui restent mal isolés face aux fortes chaleurs.