Six employés d’un foyer mère-enfant ont été abattus ce lundi 29 juin à Stade, en Basse-Saxe, selon Euronews FR. Parmi les victimes figurent quatre femmes et deux hommes, tous travailleurs sociaux ou employés de l’établissement. Trois d’entre eux étaient venus spécialement de Hanovre pour une réunion dans ce centre social situé dans cette ville hanséatique d’environ 50 000 habitants.
Ce qu'il faut retenir
- Six morts : quatre femmes et deux hommes, tous employés ou travailleurs sociaux dans un foyer mère-enfant à Stade.
- Contexte familial : le suspect, un homme de 45 ans, aurait agi en raison d’un conflit concernant la garde de son enfant âgé de trois mois.
- Entretien prévu : le suspect devait participer à un « Hilfeplangespräch », une réunion d’évaluation des besoins de soutien familial dans le cadre de la protection de l’enfance.
- Modus operandi : le tireur aurait visé délibérément les employés jouant un rôle de médiateurs, tandis que la mère et l’enfant sont sortis indemnes de l’attaque.
- Arrestation : le suspect, déjà connu des autorités pour des menaces mais non classé comme violent, a été arrêté après une course-poursuite avec la police.
- Enquête en cours : les autorités n’ont pas encore délivré de mandat d’arrêt contre lui, les investigations se poursuivant pour établir les circonstances précises des faits.
Un conflit familial au cœur des motivations du suspect
Les premiers éléments de l’enquête, rapportés par Euronews FR, indiquent que le suspect, un ressortissant turc de 45 ans nommé Fatih Khan G., aurait commis ces actes en lien avec un conflit concernant la garde de son enfant. Selon les informations de la WDR, il devait participer à un « Hilfeplangespräch » – une procédure allemande d’évaluation collective des besoins de soutien familial dans le cadre de la protection de l’enfance. Cette réunion, prévue pour aborder la situation de sa fille âgée de trois mois, devait se tenir en présence d’un nombre accru de participants en raison du profil problématique du père.
Le bébé avait auparavant été retiré à sa famille. Sous certaines conditions, il avait été autorisé à rejoindre sa mère, mais pas à son domicile de Hanovre. L’enfant avait en effet été placé dans une structure d’aide à la jeunesse à Stade, où l’attaque a eu lieu. La mère de l’enfant, âgée de 34 ans, ainsi que le nourrisson sont restés indemnes, le tireur ayant visé délibérément les employés tentant de jouer les médiateurs.
Un profil déjà connu des autorités, mais non classé comme violent
Fatih Khan G., originaire de Garbsen près de Hanovre, est né en Allemagne et possède la double nationalité turque et allemande. Selon les recherches du Spiegel, il aurait secoué son enfant quelques semaines avant les faits, entraînant des blessures constatées par un médecin. La mère avait déjà été séparée de cet homme, placé en garde à vue et interrogé par la police après l’attaque. Le bébé a quant à lui été confié aux services de protection de la jeunesse.
Bien que déjà connu des autorités pour des faits de menaces, le suspect n’était pas classé comme violent dans les fichiers policiers, ont précisé les autorités lors d’une conférence de presse. D’après la WDR, il appartiendrait à un grand clan de Hanovre, mais la police et le ministère de l’Intérieur ont indiqué qu’aucun élément ne confirmait cette appartenance à ce stade de l’enquête.
Une course-poursuite et une arrestation après les faits
Après la fusillade, la police a stoppé un véhicule en fuite dans lequel se trouvaient le tireur présumé et une femme de 65 ans qui conduisait le véhicule. Cette dernière, qui entretient des liens étroits avec la famille du suspect, a été entendue par la police. La porte-parole du parquet n’a toutefois pas précisé si elle restait en garde à vue, l’enquête se poursuivant pour déterminer son rôle exact dans les événements.
Les lieux du crime, une maison en briques située dans un quartier résidentiel par ailleurs calme, ont été bouclés par la police sur environ 200 mètres. Les experts poursuivent activement les travaux de relevé d’indices sur place, tandis que les autorités multiplient les auditions et les analyses pour reconstituer le déroulement des faits.
Réactions politiques et émotion collective en Allemagne
L’attaque a suscité une vive émotion dans toute l’Allemagne. Le chancelier fédéral Friedrich Merz (CDU) a réagi sur X en déclarant : « La nouvelle en provenance de Stade nous ébranle jusqu’au plus profond de nous-mêmes. Beaucoup de ceux qui voulaient aider et protéger ont perdu la vie ou ont été blessés. »
Le ministre fédéral de l’Intérieur Alexander Dobrindt (CSU) a également exprimé sa peine, qualifiant cette attaque de « bouleversante » et soulignant qu’elle « laisse sans voix ». « Cela m’a profondément affecté, et mes prières vont aux victimes de la violence », a-t-il ajouté. Le président fédéral Frank-Walter Steinmeier a quant à lui remercié les secours et les médecins pour leur intervention.
Le ministre-président de Basse-Saxe, Olaf Lies (SPD), a qualifié cette attaque armée de « bouleversante » et affirmé que l’ensemble du gouvernement régional était profondément affecté. Il a appelé à ne pas tirer de conclusions hâtives et à laisser le temps aux enquêteurs. « C’est le moment du deuil, de la compassion et d’un travail d’enquête rigoureux, pas celui des spéculations et de l’inquiétude », a-t-il déclaré.
La ministre de l’Intérieur Daniela Behrens (SPD) a évoqué « une journée terrible pour Stade et pour toute la Basse-Saxe ». « Six personnes ont été arrachées à la vie de manière brutale », a-t-elle souligné, ajoutant que ce drame était « difficile à comprendre et presque impossible à exprimer ». Elle a adressé ses condoléances à tous les concernés et reconnu que cette attaque marquera durablement la ville.
Cette fusillade interroge une fois encore sur la gestion des conflits familiaux à haut risque et les dispositifs de prévention des violences en Allemagne. Les prochaines déclarations des autorités et les conclusions de l’enquête devraient apporter des éclairages cruciaux sur les failles éventuelles du système et les mesures à renforcer pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.
Un « Hilfeplangespräch » est une procédure centrale de la protection de l’enfance et de la jeunesse en Allemagne. Elle consiste en une réunion collective visant à évaluer les besoins de soutien d’un enfant ou d’une famille, et à déterminer les mesures à mettre en place pour assurer leur bien-être. Dans le cadre d’un conflit de garde, cette réunion permet notamment d’évaluer les besoins de la famille ou de préparer des décisions relatives au bien-être de l’enfant.