Un médecin allemand spécialisé en soins palliatifs a été condamné à la prison à perpétuité, ce mercredi 8 juillet 2026 à Berlin, pour le meurtre de 15 patients lors de visites à domicile. Selon BMF - International, la juge Sylvia Busch a qualifié l’accusé de « tueur en série » au centre d’une affaire « inconcevable » et « hors du commun ».

Les faits reprochés à Johannes M., 41 ans, s’étendent sur près de trois ans, entre septembre 2021 et juillet 2024. Il a été reconnu coupable d’avoir administré à ses victimes des cocktails de sédatifs mortels, provoquant une paralysie des muscles respiratoires et un arrêt cardiaque en quelques minutes. Parmi les victimes figuraient 12 femmes et 3 hommes, âgés de 25 à 94 ans. La justice suspecte par ailleurs l’homme d’autres interventions mortelles, des enquêtes étant toujours en cours.

Ce qu'il faut retenir

  • Un médecin allemand en soins palliatifs condamné à la prison à vie pour 15 meurtres de patients à domicile.
  • Les victimes, âgées de 25 à 94 ans, ont été tuées entre septembre 2021 et juillet 2024 à Berlin.
  • L’accusé utilisait des cocktails de sédatifs et de relaxants musculaires pour provoquer un arrêt respiratoire.
  • La juge Sylvia Busch a évoqué une affaire « hors du commun » et suspecte d’autres meurtres.
  • L’accusé est interdit d’exercer la médecine à vie et fera l’objet d’une rétention de sûreté.
  • L’affaire rappelle le cas de Niels Högel, condamné en 2019 pour 85 meurtres en Basse-Saxe.

Une méthode macabre et préméditée

Les investigations ont révélé que Johannes M. administrait à ses patients un sédatif suivi d’un relaxant musculaire. Ces substances, combinées, entraînent une paralysie des muscles respiratoires, provoquant un arrêt respiratoire et la mort en quelques minutes. Pour dissimuler ses actes, l’accusé aurait mis le feu à au moins cinq appartements des victimes après les avoir tuées. Dans certains cas, il aurait tué deux personnes le même jour, dans des quartiers voisins de Berlin.

Selon les éléments du dossier, l’accusé aurait agi de manière délibérée et non par compassion. « Les actes de l’accusé n’ont rien à voir avec la médecine palliative ni avec l’euthanasie », a souligné la juge Busch. Elle a précisé que la plupart des victimes voulaient vivre, certaines pouvant encore espérer une longue vie. Seules deux personnes étaient en phase terminale au moment de leur décès. Parmi les victimes figuraient notamment une jeune femme de 25 ans, atteinte d’une tumeur de la thyroïde et encore autonome, ainsi qu’un homme de 70 ans atteint d’un cancer de la vésicule biliaire et du foie.

Une alerte tardive et une escalade criminelle

C’est fin juillet 2024 que la cheffe de Johannes M., au sein d’un service berlinois de soins à domicile, a alerté la police. Elle avait remarqué un nombre anormalement élevé de décès soudains parmi les patients de l’accusé, ainsi que des incendies dans les appartements au moment des décès. Cette suspicion a conduit à l’arrestation du médecin début août 2024, à son retour de vacances. Initialement accusé du meurtre de quatre patientes, la liste de ses victimes présumées s’est rapidement allongée : huit en novembre 2024, dix en février 2025, puis quinze en avril 2025.

Lors d’une conversation avec sa femme, Johannes M. aurait évoqué environ 70 interventions avec des sédatifs à dosage mortel. Il aurait affirmé avoir tué « toujours, depuis longtemps ». Ces déclarations ont été rapportées par la magistrate lors du procès. Parallèlement, les enquêtes se poursuivent pour déterminer l’étendue réelle de ses actes criminels.

Un profil et des motivations troubles

Johannes M. a étudié la médecine et obtenu son doctorat en février 2013, à l’âge de 28 ans. Selon plusieurs médias allemands, il aurait même rédigé une thèse sur les homicides dans le cadre de ses recherches. Lors du procès, la juge Busch a décrit un homme motivé par un sentiment d’omnipotence, choisissant délibérément le domaine des soins palliatifs pour tuer sans être inquiété. « Il n’a pas tué par compassion, ni pour épargner des souffrances à ses patients, ni par erreur d’interprétation de l’euthanasie », a-t-elle rappelé. En Allemagne, l’euthanasie active est illégale.

Le tribunal a également relevé que Johannes M. falsifiait les dossiers médicaux de ses victimes pour justifier ses actes. Par exemple, pour la patiente de 25 ans, il avait indiqué des symptômes graves et affirmé qu’elle avait refusé une hospitalisation, alors qu’elle était encore autonome. Dans le cas de l’homme de 70 ans, il avait menti au fils présent au domicile en prétendant administrer un simple médicament contre les nausées.

Et maintenant ?

L’affaire n’est pas close, car les enquêtes se poursuivent pour déterminer si Johannes M. est responsable d’autres décès. La justice allemande pourrait encore élargir le nombre de victimes présumées dans les mois à venir. Par ailleurs, cette affaire soulève des questions sur les contrôles au sein des services de soins palliatifs en Allemagne, ainsi que sur la vulnérabilité des patients dans ce contexte médical.

Cette condamnation intervient dans un contexte où l’Allemagne a déjà été marquée par des affaires similaires, comme celle de Niels Högel, un ex-infirmier condamné en 2019 pour le meurtre d’au moins 85 patients dans deux hôpitaux de Basse-Saxe. Ce dernier souffrait, selon les psychiatres, d’un « trouble narcissique sévère ». Ces affaires rappellent l’importance des mécanismes de surveillance et de contrôle dans les milieux médicaux, en particulier dans les structures où la mort est omniprésente.

La rétention de sûreté à laquelle Johannes M. est condamné vise précisément à empêcher une libération anticipée, compte tenu de la gravité de ses actes et du risque de récidive. Cette mesure illustre la volonté des autorités judiciaires de protéger la société contre des individus dont les motivations et les méthodes relèvent d’une dangerosité exceptionnelle.